CHAPITRE X
Puisque dans certains cas il est facile de modifier la personnalité à volonté, il est rationnel de penser qu'on pourra tirer quelque profit de ces études. Ce n'est donc pas un simple intérêt de curiosité qui s'y attache, elles ont un côté pratique évident. Quoi de plus important que de changer un état de conscience? Les sujets sont malheureux des lacunes qui surviennent dans leur mémoire après une crise ; il serait possible, croyons-nous, de faire revivre les souvenirs engourdis. D'autres applications encore imprévues peuvent en découler.
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Chez V... (Louis), il a été possible d'utiliser les notions que Ton avait acquises sur les changements de personnalité. Pendant que nous avions ce sujet entre les mains, nous n'avons pu nous occuper de ce point de pratique; mais MM. Mabille et Ramadier ont réussi à en tirer quelques déductions importantes.
Il est toujours facile, V... étant en état de grande crise, après avoir comprimé la zone hystérogène, de déterminer, lorsqu'elle est sensible, une ébauche d'attaque que l'on arrête aussitôt par la pression du testicule. Immédiatement alors, on peut faire passer V... à rétat de somnambulisme par la pression des yeux, Touverture des paupières et la friction du vertex.
A ce degré, la suggestion permet de le ramener à sa personnalité normale, et de faire disparaître comme par enchantement la grande crise et la majeure partie des malaises.
Il est arrivé bien des fois, depuis que ces faits ont été constatés, d'enrayer le| grandes attaques de ce malade et de mettre fin à ses déroulements de person-
nalité. Il suffisait de savoir que lorsque V... passe en revue son existence, telle paralysie motrice correspond à tel état de personnalité avec ou sans conservation de la zone hystérogène abdominale gauche; d'où l'indication d'intervenir en temps utile pour ramener la personnalité normale.
Ces auteurs croient aussi avoir démontré combien est intime le lien qui unit les crises nerveuses aux variations de la personnalité, car jamais ils n'ont vu, chez V..., la personnalité se transformer sans crises ou modifications nerveuses préalables.
M. Luys* vient de publier une observation de paraplégie hystérique guérie par suggestion, en faisant intervenir la substitution de personnalité.
Une malade, la nommée Gabrielle C..., entrée dans les derniers mois de 1 886 à la Charité pour se faire traiter d'accidents de congestion pulmonaire^ fut prise d'attaques hystéro-épileptiques violentes à la
1 Luys, Les Emotions cbe:^ les sujets en état d'hypnotisme, p. 74. Paris, 1S87.
suite desquelles elle eut les deux jambes contracturées d'abord, puis ensuite immobilisées par une impotence complète. L'idée de M. Luys était de reconstituer tout d abord Tétat général du sujet très affaibli par un séjour prolongé au lit, et, au bout d'un temps variable, d'avoir recours aux pratiques de Thypnotisme pour suggérer au moment opportun l'idée de marcher. Ce fut M. Foveau, élève du service à la Charité, qui eut mission de commencer le traitement de l'hypnotisme thérapeutique.
La malade fut mise en état d'hypnotisme et les appoints de la locomotion ayant récupéré les conditions physiques de leur fontionnnement, on lui donna la suggestion de marcher ; c'est ce qu'elle fit. La malade se croyait être une autre personne et en cette qualité, et avec ce procédé détourné, on est ainsi arrivé d'une manière satisfaisante au but que Ton se proposait.
Voici, du reste, rédigés jour par jour, de la main même de M. Foveau, quelques détails de l'observation clinique qui sont relatifs à ce nouveau procédé de suggestion très heureusement mis en œuvre. On a continué à faire marcher la malade en période de somnambulisme en la soutenant peu à peu et en constatant qu'elle se perfectionnait quotidiennement dans la marche. Mais la période de réveil étant arri-
, l'effort s'épuisait et la malade demeurait impoe de nouveau. Les choses étant en cet état, on suggéra (étant dans la période de somnambule) l'idée à conserver au réveil, qu'elle n'était ; Gabrielle, que sa personnalité était changée, lu'elle était Yvonne, sa voisine, fille très alerte. :e suggestion thérapeutique eut un plein succès. delle conserva, en effet, à l'état de veille, l'imiion qui lui avait été envoyée. Elle crut, durant :e la journée, être Yvonne et jouait son rôle en science; elle se mit à marcher comme si elle eût ipéré toutes ses allures naturelles. Ce n'est que le lemain qu'elle se réveilla naturellement, énervée, it-elle, avec un sentiment de malaise général et sensation pénible d'être dans la peau d'une autre. iette opération de la substitution de la personnaet de guérison transitoire fut renouvelée avec le ne succès trois jours de suite; la malade passant :e la journée sous le nom d'Yvonne à circuler Vh. salle, s'endormait régulièrement le soir pour éveiller le lendement avec le même sentiment de ;ue insolite. On la laissa deux jours au repos, ; rien lui faire pour ne pas lui donner une fausse ;tion, et le troisième jour, une fois en somnamsme, on lui donna la suggestion qu'au réveil elle t être guérie et qu'elle marcherait naturellement.
C'est efifectivement ce qui eut lieu. A partir du jour où elle récupéra ainsi la faculté de mouvoir ses membres par les procédés naturels, elle continua à aller de mieux en mieux, et les allures de sa marche qui étaient hésitantes, saccadées, devinrent régulières et bien coordonnées.
M. Lévêque * cite une étrange histoire qui prouve que la grossesse, Taccouchement et l'allaitement peuvent faire disparaître la mémoire.
Une jeune femme, mariée à un homme qu'elle aimait passionnément, fut prise, en couches, d'une longue syncope, à la suite de laquelle elle avait perdu là mémoire du temps qui s'était écoulé depuis son mariage inclusivement. Elle se rappelait très exactement le reste de sa vie jusque-là.
Elle repoussa avec effroi, dans les premiers instants, son mari et son enfant qu'on lui présentait. Depuis, elle n'a jamais pu recouvrer la mémoire de cette
i Lévéque, Maladies di la mémoire (Revue philosophique).
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période de sa vie ni des événements qui Tont accompagnée. Ses parents et ses amis sont parvenus par raison et par l'autorité de leur témoignage, à lui persuader qu'elle est mariée et qu'elle a un fils. Elle les croit, parce qu'elle aime mieux penser qu'elle a perdu le souvenir d'une année que de les croire tous des imposteurs; mais sa conviction, sa conscience intime n'y sont pour rien. Elle voit là son mari et son enfant sans pouvoir s'imaginer par quelle magie elle a acquis l'un et donné le jour à l'autre.
Cette femme doit, en effet, se trouver dans un singulier état d'esprit et d'âme. Le joli conte à faire avec cette aventure. Voyez-vous cette jeune épouse et cette jeune mère, qui n'a aucun souvenir, aucune preuve de l'une et de l'autre! Elle aime toujours l'homme qui vit auprès d'elle et qui se dit son mari; mais, tout en s'abandonnant à ce sentiment, dont elle ne peut se défendre, elle ne peut plus s'empêcher de penser qu'il se joue d'elle et qu'il l'a odieusement trompée...
L'idée lui vient qu'il a supposé cet enfant pour resserrer un lien qu'il s'est dispensé de nouer par les moyens ordinaires et légitimes. Elle soupçonne ses parents d'être les complices du suborneur, ils l'assurent qu'elle est mariée ; elle est résignée à les croire, à paraître les croire plutôt, mais elle n'a pas la cons-
cience du mariage, elle se dit qu'on la tient dans une situation irrégylière, qu'on la fait victime passive d'une grande injustice et quelquefois elle a des révoltes soudaines et chaudes. Cest le mari qui alors doit recevoir les atteintes cuisafltes de cette colère longtemps attisée. Dans leur longue énumération des accidents qui peuvent arriver par le mariage, Rabelais, Molière et leurs émules n'avaient pas pensé à celui-là.
La cause du malheur de cette jeune femme est un mal mystérieux, Vamnésie, qui nous ôte le sentiment des lieux et des temps. Nous ne reconnaissons plus les images des événements anciens, qui, pour nous, ne se localisent plus dans le passé. L'amnésie afflige souvent d'illustres vieillesses. Linné, dans ses dernières années, se plaisait fort à lire ses propres oeuvres ; à mesure qu'il avançait dans cette lecture, il oubliait qu'il en était l'auteur et s'écriait : « Que c'est beau ! que je voudrais avoir écrit cela I » D'assez bonne heure, Beethoven montra une disposition à oublier qui s'étendait à tout, même à ses compositions. Dès qu'il se livrait à un nouveau travail, c'était avec une telle ardeur que le reste s'effaçait de sa mémoire, et celui-ci, une fois achevé, s'évanouissait dans le passé. Aujourd'hui que nous connaissons les moyens de aire revivre les souvenirs, ne serait-il pas possible de
Bourru et Burot, Var. de la personn. 20
remédier à des états si embarrassants ? Nous croyons aussi que certains malades qui après une crise avaient ^^ ^ perdu le souvenir de leur vie antérieure auraient pu
être tirés d'embarras avec une grande facilité. Il est vrai qu'il faut des faits positifs, mais il n'y a qu'à tenter
!•: - l'expérience et nous ne doutons pas du succès.
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M. Mesnet a cité récemment un cas d'accouchement dans rétat du somnambulisme provoqué; ce fait a fourni une nouvelle et très remarquable preuve de la scission de la mémoire dans la comparaison de ses deux états de veille et de sommeil-MJne jeune femme de vingt-deux ans, très hypnotisable, est suggestionnée. Elle cesse immédiatement de souffrir et arrive jusqu'à la dernière heure de son accouchement, à la dilatation complète du col, sans un gémissement, sans cesser un instant d'être en rapport avec le médecin, disant qu'elle sent venir les contractions, mais qu'elle ne souffre pas,., qu'elle se trouve bien dans cet état! A
< Mesnet. Bulletin de V Académie de médecine ^ séance du 13 juillet 1887.
partir de la dernière heure, pendant la période d'expulsion, M. Mesnet n'a plus d'action sur elle, et, dès lors, les souffrances ont paru, d'après son attitude, ses cris, ses gestes, ses impatiences, aussi violentes que chez une parturiente à l'état de veille, bien que le sommeil n'ait point été interrompu et que les douleurs apparentes qu'elle manifestait ne l'aient point éveillée.
Tout était terminé depuis une demi-heure quand on réveilla la malade. Ce fut V affaissement de son ventre qui lui donna le premier. èroeil de son accouchement. Bien qu'elle eût paru ressentir vivement les dernières douleurs de la période à! tx^\}\%\oxi, aucun souvenir de cette dernière phase n'existait à son rheil, mais la reviviscence de la mémoire a pu être provoquée; en l'endormant de nouveau, elle a pu raconter toutes les péripéties de son accouchement, disant qu'elle avait cessé de souffrir dès qu'on l'avait endormie, mais que pendant la dernière heure elle avait beaucoup souffert. . En résumé, V accouchement s i\:Â\. fait complètement à son insu y puisque réveillée elle n'en avait aucune connaissance,
M. Dumontpallieraobtenu un résultat semblable*.
« Les considérations psychologiques, ajoute M. Mesnet, nous donnent un témoignage nouveau et irré-
* Kevut de l'hypnotisme, mars 1887.
cusable de la variabilité des troubles de la mémoire dans la série des phénomènes hypnotiques et nous conduisent à cette déduction logique fort importante en médecine légale, que ce dédoublement de la mémoire pourrait devenir, dans telles circonstances particulières, l'occasion facile de substitution d'enfant au moment de l'accouchement. - »
La question de responsabilité légale peut donc être agitée à propos de ces changements de la personnalité. On serait peut-être bien embarrassé pour décider du degré de responsabilité, si une personne comme Félida ou comme la dame américaine de Mac-Nish, vivant pendant de longues périodes de temps en condition seconde, avait commis ou commettait un acte punissable pendant cette condition qui n'est pas sa personnalité réelle, mais qui est cependant sa vie ordinaire.
La psychologie ne peut ainsi que profiter de ces études. M. Dichas S dans un intéressant travail sur la mémoire dans l'état hypnotique, fait ressortir la complexité des phénomènes psycho-physiologiques qui précèdent ou accompagnent les actes de mémoire. 11 montre que les impressions les plus intenses, les plus
i Dichas, Etude de la mémoire dans ses rapports avec le sommeil bypno^ tique, Bordeaux, 1887.
répétées, finissent par se fixer définitivement à Tétat de souvenir ou de réflexions, les autres disparaissent et ne se reproduisent plus. L'attention volontaire est impuissante à les rappeler ; elles semblent complètement effacées. 11 se demande si cette disparition est absolue en réalité. Les expériences que nous avons citées prouvent bien que. la reviviscence de toute impression est possible.
Du reste, M. Dichas pense aussi que toute acquisisition de la mémoire est irrévocablement enregistrée. 11 base son opinion sur le retour inattendu de certains souvenii*s depuis longtemps perdus et sur les curieux exemples d'hypermnésie rétroactive observés dans certains cas pathologiques.
Le fait suivant est démonstratif : « Nous avons connu, dit Rouillard*, une dame morte il y a quelques années à un âge avancé, et qui se plaisait souvent à raconter le fait suivant, qui lui était arrivé à elle-même. Agée d'environ six ans, elle avait été prise, dans la Vendée, avec sa mère, femme d'un gentilhomme vendéen, portant un des plus grands noms de France. Après diverses péripéties, elles avaient été toutes deux menées à Téchafaud, dans une charrette, la dixième et la dernière de la file.
i Rouillard, Thèse de Paris, 1885.
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L'exécution avait lieu sur une grande place d'une ville du centre.
« Pendant qu'elles attendaient dans la charrette leur tour de supplice, un homme, un prêtre déguisé réussit à couper les liens, et faisant glisser la femme et l'enfant entre les barreaux de la charrette, les sauve au milieu de la foule absorbée par le spectacle de la guillotine. Cachées pendant quelques jours dans un grenier, elles regagnèrent ensuite la Vendée, où deux mois après la mère de M"* X fut, tuée d'une balle, en combattant. M"* X ignorait dans quelle ville s'était passé le drame. Mariée à vingt ans, à un officier du génie, elle vint, vers l'âge de trente-cinq ans, à Orléans, avec son mari appelé à un poste nouveau. Le lendemain de son arrivée dans cette ville, étant sortie pour quelques emplettes, elle déboucha sur la place du Martroy. Le souvenir de son enfance surgit aussitôt ; elle reconnut la place où elle avait été conduite à l'échafaud; elle revit la charrette, sa mère priant, la foule, et au fond la fatale machine dressée. Cette vision subite fut si terrible qu'elle perdit connaissance et tomba à terre. Elle ne voulut pas du reste rester un instant de plus à Orléans et n'y retourna jamais de sa vie. » . Une foule d'observations analogues existent dans la science. Elles prouvent bien que tout ce qui a frappé l'imagination est à jamais, acquis. Il n'en est
pas moins vrai que ces souvenirs latents sont en dehors du champ actuel et utilisé de la mémoire ; c'est cette absence qui constitue Voubli. L'oubli n'a pas toujours la régularité d'une fonction normale ; il est sujet à des troubles, à des désordres; de là, certaines maladies de la mémoire ; ce sont parfois des amnésies partielles et parfois des bypermnésies, c'està-dire une exaltation anormale de la mémoire.
Nous terminerons en racontant un fait récent de notre pratique qui prouve l'intérêt inhérent à cts études.
M"** X, depuis une quinzaine d'années, avait éprouvé de profonds bouleversements; dans la lutte morale qu'elle avait dû subir, elle avait été brisée et, à la suite de pénibles crises nerveuses, elle s'était trouvée déséquilibrée. Elle avait traversé des périodes de paralysie, de contracture et d'engourdissement cérébral avec vives douleurs à la tête. Il y a deux ans environ, à la suite d'une circonstance heureuse, elle récupéra toutes ses forces et retrouva son équilibre. Elle paraissait guérie lorsqu'un accident vint remettre tout en question et alors apparut de nouveau cet
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état cérébral singulier caractérisé par une torpeur indescriptible et une impressionnabilité excessive à tous les ébranlements sensoriels ou moraux.
Après maint essai thérapeutique infructueux, Tun de nous proposa d'essayer de l'hypnotisme. Très désireuse de tenter de ce moyen nouveau pour elle, M"** X accueillit cette proposition avec enthousiasme et inscrivit sur son carnet cette phrase où se révélaient toutes ses espérances : « L'hypnotisme va donc réaliser ce qu'une circonstance heureuse a déjà produit. » Elle faisait allusion à cette circonstance que nous rappelions tout à l'heure. Le résultat du premier sommeil fut merveilleux. Depuis longtemps, la malade n'avait pu marcher ni faire quoi que ce fût, en raison de l'engourdissement tout particulier de son cerveau. C'était en réalité une léthargique avec une certaine notion, bien imparfaite, de ce qui l'entourait. Après la première séance d'hypnotisme, elle ressuscite, elle n'est plus paralysée et la tête devient libre. Pendant huit jours, elle peut marcher, sortir. Malheureusement ce premier résultat ne put être entretenu ni renouvelé par des séances successives d'hypnotisme, aussi l'engourdissement revint-il progressivement. Un peu plus tard, elle vint se mettre entièrement entre les mains de son médecin. Tout d'abord les résultats obtenus furent encourageants, sans être
pourtant aussi complets qu'à la première intervention. Il survint des rechutes dont il fallut retirer la malade; et après plusieurs mois, la guérison marchait lentement. Les suggestions étaient trop banales : « Vous « n'êtes plus paralysée. — Vous marcherez. — Vous « n'aurez plus ^ de douleur à la tête, etc. »
En présence de ces résultats précaires, on essaya bien de faire revenir M*"' X à une époque antérieure de sa vie ou elle aurait été bien portante^ mais le point de repère faisait défaut. Un jour enfin, elle se mit à raconter sa vie et à révéler cette circonstance heureuse qui, deux ans auparavant, l'avait remise en équilibre. Possédant alors ce point de repère précis, on lui dit en somnambulisme : « Vous vous retrou- « verez exactement dans l'état où vous étiez à tel « moment de votre vie, il y a deux ans, quand vous « reveniez de tel endroit... que vous étiez heureuse « et bien équilibrée. »
Cette suggestion eut un très bon effet, et l'état se trouva très notablement amélioré.
Sans aucun doute, nous ne trouvons pas ici les deux états nettement distincts de Félida, mais il existe pourtant deux manières d'être toutes différentes et alternatives, encore qu'elles soient assez enchevêtrées Tune dans l'autre. Dans Tune M"' X est engourdie, indifférente, demeurant, elle très active, des journées en-
tières absolument inoccupée, sans conscience du temps qui s'écoule, des événements petits ou grands; c'est une sorte de vie somnambulique. Dans la seconde manière, M"*' X a conscience de tout, ressent et exprime ses impressions avec une grande vivacité. Survient une secousse, une nouvelle imprévue, un bruit soudain/ elle retombe dans l'autre état.
C'est en la faisant retourner à' une époque de la vie où ce double état n'existait pas, en la remettant dans un état de conscience étranger à cette vie somnambulique, qu'on a pu la modifier avantageusement.
Voilà, si nous ne nous trompons, une application nette de la connaissance des états de personnalité.
Nous estimons que cts troubles sont la conséquence d'une inégale répartition de la force nerveuse entre les organes. Cette force tour à tour abandonne les centres de l'intelligence ou ceux du mouvement, amenant l'engourdissement intellectuel ou la paralysie apparente. Le problème thérapeutique consiste à ramener la juste distribution de l'énergie nerveuse. La notion exacte des variations de la personnalité nous paraît pouvoir être d'un grand secours dans des cas analogues.