DÉROULEMENT SPONTANÉ OU PROVOQUÉ D'ÉTATS SUCCESSIFS DE PERSONNALITÉ
Les personnalités qui viennent d'être décrites sont les seules qui aient été bien étudiées pendant le séjour de ce malade à l'hôpital de Rochefort. Elles sont suffisantes, sans doute, pour faire comprendre les diverses phases de la vie de ce sujet si remarquable et pour faire admettre la loi énoncée.
D'autres études ont été faites après son départ de Rochefort, tant à l'asile de Lafond qu'à la Salpêtrière. Ces études complémentaires sont des plus importantes et nous allons maintenant en donner le récit.
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Les nouvelles transformations provoquées ou spontanées ont été analogues aux précédentes, en ce sens qu'elles se sont toujours produites dans un parallélisme constant entre Tétat physique et Tétat de conscience.
Unjour^ on avait fait la suggestion à V... de se coucher à 8 heures du soir et de dormir jusqu'à 5 heures du matin, sans rien voir, rien . entendre^ rien sentir. M. Mabille a observé, entre autres phénomènes remarquables, le déroulement de plusieurs états de personnalité. Le sujet se transférait lui-même, il arrivait à un état physique spécial, parfois connu, d'autres fois tout nouveau. Comme le malade ne parlait pas et ne pouvait entendre, il a été impossible de s'assurer si l'état de conscience était concordant. Dans le cours d'expériences de diverse nature on a pu constater des états nouveaux.
Une autre fois, on présente un flacon de bromure
d'or, dans le but d'obtenir un effet physiologique, et
on est surpris d'obtenir des états successifs de personnalité. Après avoir déterminé une sensation assez
d'états successifs de personnalité 87
légère de picotement et de brûlure, le bromure d'or produisit le transfert s'accusant par Taccélération de la respiration. V... se réveille à Chartres; il a cinq ans et habite avec sa mère. Il traîne la jambe droite. La parole est enfantine, assez correcte et facile.
Au bout de quelques minutes, sans nouvelle excitation, un transfert spontané s'annonce. V... se réveille à Lève; il a six ans et demi; il est œntracturé du côté gauche, la jambe en extension, le bras en demi-flexion et les doigts fortement fléchis. La force dynamométrique du côté droit est de 6 kilogrammes. Puis il se réveille à Luysan où il se trouve depuis trois mois. Il a sept ans, il bégaye et l'articulation des mots est difficile, car il existe une contracture de la face du côté droit. En même temps, on remarque une contracture de la jambe en extension. Sa mère le bat, il a faim et demande du pain, d'une voix plaintive et enfantine. Au bout de quelques minutes, nouveau transfert et réveil à Chartres où il est traité par M. Salmon depuis huit mois. Il a huit ans. Il existe une contracture du bras gauche en flexion et une contracture de la jambe droite en extension ; en même temps Ja mâchoire et la lèvre inférieure sont rentrées en dedans. Après un nouveau transfert, il présente une contracture des jambes en demi-flexion, les pointes des pieds rapprochées en dedans. Il a treize ans.
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Ôè DÉROULEMENT SPONTANE OU PROVOauÉ
11 se trouve à Saint-Urbain depuis deux ans; il y a six mois qu'il ne travaille pas ; il est tombé malade en sortant d'un bain (fig. lo). Avant Saint- Urbain, il était chez M. Bonijean, près d*Evreux, où il a eu mal aux deux jambes, mais pendant très peu de temps. 11 ne sait pas où il est né, ni d'où il venait ; mais un de ses camarades lui a dit qu'il habitait avec sa mère à Chartres. Sa voix est enfantine. Avant d'être malade, il travaillait à la vigne; mais il n'a jamais « eu peur d'un serpent » ; l'évocation de la vipère n'amène pas de crise. C'est donc bien un état antérieur à l'accident de la vipère. Deux ou trois autres transferts se produisent avec une attitude différente sans qu'on ait nettement établi un état de conscience; enfin, retour à son état primitif. Il est tout étonné à son réveil de se trouver là où il est, car pendant ce déroulement on l'avait transporté d'un lieu dans un autre.
C'est donc un exemple bien net de déroulement spontané de plusieurs états de personnalité, la plupart inconnus et qui pourraient être ajoutés aux états décrits au chapitre précédent ; toutefois le point de départ ou plutôt l'excitant primitif avait été le bromure d'or.