HISTORIQUE
Nul ne saurait s'engager dans un travail comme le nôtre sans avoir connaissance des travaux successifs qui ont mis définitivement au point l’étude des réactions psycho-motrices proprement dites.
Bien avant la guerre, elles avaient été étudiées par G.-0. BERGER (1886), WaLLEr (1895), Haas (1905), puis par PIERON, Victor HENRY, LARGUIER DES BANCELS.
En 1908, Lany, comprenant l'intérêt pratique qu'elle pouvait présenter, établit une méthode d’examen qui devait permettre de sélectionner les candidats conducteurs de tramway.
Pendant la guerre, Jean Camus et H. NEPPER, perfectionnant cette méthode, l’appliquèrent à la sélection des pilotes aviateurs, cependant que GEMEEL, GRADENIGO et HERLITZKA en Italie, STRATTON et FLACK en Angleterre, orientaient leurs recherches dans le même ordre d'idée. ;
Dès 1918, nous trouvons avec la thèse de M. le Professeur Léon BINET une mise au point remarquable des rapports existant entre l'intensité des réactions émotives et la durée des réactions psychomotrices (Léon BinET: « Recherches sur le tremblement », Thèse Paris, 1918).
J. BEYNE et P. BÉHAGUE, peu de temps après, en de nombreuses communications, présentent une critique des méthodes antérieures, établissent un nouvel appareil de mesure, définissent de façon nette la technique d’expérimentation et l'interprétation qu'on devait donner aux résultats.
Une période assez longue s'écoula avant que parut la thèse de C. GonNEr, dont le sujet : « Réactions psycho-motrices et Fatigue » (Thèse Paris, 1929), traitait un autre aspect de la question.
Ces dernières années, quelques auteurs étrangers, au premier rang desquels nous citerons l'Américain Ross. Mac FaRLAND, ont publié des études extrêmement intéressantes sur la psycho-physiologie de haute altitude. L'un d’eux, parmi les plus éminents, le Docteur HARTMANN, vient de trouver la mort au Nanga-Parbat. Tous les membres de l'Expédition française se sont inclinés devant sa mémoire et celle de ses sept compagnons, membres de l'Expédition allemande en Himalaya, ensevelis ensemble par une avalanche le 14 juin 1937.
Réactions psycho-motrices Instrumentation Technique
Au cours des pages qui vont suivre, laissant de côté l'étude des réactions elles-mêmes, nous nous attachons à préciser les modifications qu’elles subissent en fonction de l'altitude de la pression barométrique et de la tension de l'oxygène dans Pair inspiré.
Il nous paraît toutefois nécessaire de donner une définition des réactions telle que l’ont mise au point les travaux antérieurs et les chiffres obtenus. Pour les auteurs qui ont établi cette définition sans utiliser la méthode graphique, le temps de réaction est celui qui s’écoule entre l’instant précis où le sujet perçoit une excitation d'ordre auditif, visuel ou tactile, et l'instant où il répond à cette excitation par un mouvement.
Mais, comme le dit GONNET :
« Etant, de plus, somme de deux facteurs, l'un « psychique (durée de la perception), l'autre neuro- « moteur (durée du mouvement), la notion générale « du temps de réaction se décomposera en deux ca- « tégories secondaires : 1° Réactions psychomotrices
« simples ; 2° Réactions de choix. »
y es
Les réactions psychomotrices simples permettent de mesurer la vitesse neuromusculaire pure — ou du moins s'efforcent de le faire —— et, dans ce cas, le temps de réaction ne figure que la somme du temps nécessaire à la perception d’une excitation sensorielle simple auquel s'ajoute le temps nécessaire à l'exécution d’un mouvement simple, qui constitue la réponse.
Les réactions « de choix » ou « de discrimination » permettent la mesure d’un élément nouveau. En effet, à l’acte psychique simple vient s’en ajouter un plus complexe ; au temps nécessaire à la perception de lexcitation sensorielle s’ajoutera le temps nécessaire au contrôle, à l’homologation du fait que cette excitation est hien celle à laquelle il faut répondre, d'autre part, dans la réponse, le temps nécessaire à l'exécution du mouvement se double du temps nécessaire au choix du mouvement précis qui doit répondre à lexcitation perçue.
Aïnsi, une réaction psychomotrice simple exprimera le temps nécessaire à la perception, plus le temps nécessaire à la réponse, alors qu’une réaction de choix exprimera : le temps nécessaire à la perception, plus le temps de son homologation auquel s'ajoutent le temps nécessaire au choix du mouvement de réponse, plus le temps nécessaire à l’exécution de ce mouvement.
Pour illustrer cette différence, nous supposerons un appareil dans lequel lexcitation sensorielle est fournie par lallumage d’une lampe, et la réponse
par la pression sur un bouton. Le temps écoulé entre l'allumage de la lampe et l'extinction par le sujet, mesurable grâce à un chronomètre déclenché et arrêté automatiquement par ce mécanisme, donnera la durée de réaction simple.
Supposons maintenant qu’au lieu d’une seule lampe, il y en ait trois : une blanche, une bleue et une rouge ; qu'au lieu d’un seul bouton de réponse on en ait trois de couleurs différentes, vert, noir et jaune ; en priant le sujet de ne répondre à l’allumage d’une certaine lampe qu’à l’aide d’un bouton désigné comme devant lui correspondre, la lecture du chronomètre donnera la durée du temps de réaction de choix.
On conçoit d’ailleurs qu’il est possible de rendre Pexpérience encore plus compliquée en variant les données (excitation-réponse).
Voici maintenant quels sont les principaux chiffres obtenus pour les temps de réaction simple :
Réactions Réactions Réactions auditives tactiles visuelles
A EP BETTLIT CEE RARE 14,7 15,00 19,6 Maublanc et Ratié . .... 14,5 14,00 19,00 Guillain et Ambard ... 14,15 13,14 17,20 AC nue 14,00 20) SEAL TA TS RMS Re 13,15 — 17,20
PAP IÉPOMR sl ee rrve re 17,20 21,9 21,9
so
Nous empruntons ces chiffres au tableau publié par MM. J. BEYNE et P. BÉHAGUE (Gazette des Hôpitaux, 8 juin 1922).
En ce qui concerne les réactions dites de choix, il nous est impossible de fournir des chiffres — ceux qui sont donnés par les différents auteurs n’ont en effet qu’une valeur documentaire. Ils ne permettent pas de comparaisons entre eux n’ayant pas été tenus avec les mêmes appareils. En tout état de cause, ils ne peuvent nous servir, car le dispositif et la méthode que nous avons utilisés ne l’ont été jusqu'ici que par nous — et comme nous le montrerons plus loin, nos résultats ne peuvent avoir qu’une valeur pu-
rement relative.
Instrumentation et technique
Lorsque nous avons dû choisir notre appareil de mesure, nous avons recherché avant tout un appareil transportable, robuste, facile à manipuler. Il ne pouvait être un instant question de songer à emporter sur les pistes à dos de poney ou d'homme, un appareil dont le poids eût entraîné des frais de transport considérables.
Les ressources extrêmement limitées dont disposait l’'Expédition contraignaient chacun d’entre nous à réduire ses propres bagages personnels ou scientifiques. On ne pouvait accorder trois porteurs pour un appareil enregistreur compliqué, alors que spontanément, nous nous privions tous d'appareils de té-
CDR.
léphonie sans fil qui nous eussent permis d’avoir des nouvelles du monde extérieur et de communiquer avec lui.
En admettant même que nous ayons pu emmener avec nous un enregistreur graphique, il nous eût été parfaitement impossible de le protéger et de créer une sorte de laboratoire sur un glacier, campant dans la neige en plein vent. C’est pourquoi, cherchant un instrument peu encombrant mais suffisamment précis pour nous donner toutes les garanties nécessaires dans le travail que nous allions entreprendre, nous avons fixé notre choix sur le chronomètre électrique du Professeur d’Arsonval.
Nous rappellerons brièvement la description de cet appareil :
Un mouvement d’horlogerie très précis, équilibré par un régulateur à force centrifuge, actionne une aiguille à la vitesse de un tour par seconde. Le pivot de cette aiguille est soumis à l’action d’un électro-aimant de telle sorte que l'aiguille reste immobile tant que le courant passe, au contraire, elle suit le mouvement d’horlogerie chaque fois que le courant est interrompu. Le cadran étant divisé en 100 parties égales, on peut s’assurer le temps à 1/100 et même à 1/200 de seconde près.
Le signal étant donné par un petit marteau et la réponse par une presselle que le sujet tient à la main, le marteau donnne le signal en même temps qu’il in-
rope
terrompt le courant, c’est-à-dire qu’il permet à Paiguille de se mettre en marche. La presselle au contraire établit le courant et par la suite arrête l’ai-
guille au moment où le sujet ferme la main.
Il en résulte que pour prendre un temps de réaction ou temps psychique, le sujet et l'opérateur étant dans les conditions requises en général pour ne pas
faire d'erreur, on opère de la façon suivante :
Le mouvement d’horlogerie est mis en marche et lon note la position de l’aiguille sur le cadran, supposons qu’elle soit au chiffre 15. L'opérateur donne le signal avec le marteau et le sujet indique qu’il a perçu l'excitation en fermant la presselle qu’il tient à la main. Noter la nouvelle position de l'aiguille, supposons qu’elle soit au chiffre 31,5. Le temps psychique est donc de 31,55 — 15 = 16,5 centièmes de se-
conde.
Il est bon de répéter l’opération un certain nombre de fois afin d'établir une moyenne entre les différents temps trouvés sur le même sujet.
Lorsqu'on désire mesurer une série de temps, afin de calculer une moyenne, il suffit de noter la position initiale de l’aiguille et ses positions successives sur le cadran (dans aucun cas, il ne faut remettre l'aiguille au zéro). On dresse alors un tableau analogue à celui que nous donnons ci-dessous à titre d'exemple :
Temps psychiques obtenus par
Lecture des positions différence de deux successives de l'aiguille lectures successives Re ue < SU ANR PRES ART SENS EN NE ER 16,5 SAS ET A OT er A IE 12 RE TR e ne DU de Mt 22 oo Ce 12,5 Lu 10 an roc 15 ee died. do 13 DR RS ME TE ET NP EE 12 NE A TE Gin 14 105,0
Le nombre des temps mesurés étant de 8, le temps psychique moyen est de 105/8 = 13/125 centièmes de seconde.
Pour la mesure des réactions visuelles et afin d’étudier également les réactions de discrimination, M. le Docteur GARRELON, qui avait d’ailleurs choisi pour nous le chronomètre de d’Arsonval, fit réaliser un dispositif spécial. Le marteau était supprimé et remplacé par une planchette sur laquelle étaient fixées trois lampes de couleurs différentes commandées par des plots distincts, séparés par des plots « morts » intermédiaires. Cet ensemble se trouvait relié au chronomètre et à la pile. L’allumage d’une lampe déclenchaïit le chronomètre que le sujet arrêtait à l’aide de la presselle comme dans les expériences de me-
sure des réactions auditives ou tactiles.
Comme il était possible à lopérateur de provoquer à son gré l’allumage de l’une ou lPautre des trois lampes, il pouvait également mesurer des réactions simples en allumant toujours la lampe blanche, ou des réactions de choix en indiquant au sujet de ne répondre que lorsque s’allumerait telle lampe désignée à l’avance.
Dans ce cas, les réponses données lorsque s’allumait par exemple la lampe blanche lorsque Fon demandait une réponse à la rouge étaient comptées comme erreur.
Cet ensemble — en y comprenant la caisse vitrée protégeant le chronomètre lui-même — les piles ordinaires (dites piles de ménage) de rechange, tout emballé et prêt à voyager, ne pesait pas plus de cinq kilogs.
La technique utilisée était également simple :
Pour les réactions auditives, nous placions le sujet le dos tourné à l’appareil, à une distance d’un mètre environ ; l’excitation était fournie par le bruit que produisait le marteau venant frapper le tiroir du chronomètre qui constituait pour nous une caisse de résonnance très pratique.
Pour la mesure des réactions tactiles, le sujet assis de biais présentant la face dorsale de sa main gauche appuyée confortablement sur la table, la main droite tenant la presselle. L’excitation était produite par le marteau venant toucher la face dorsale de la main au niveau de la partie moyenne du deuxième espace intermétacarpien.