LES DIVERSES PATHOGÉNIES DE L'ALBUMINURIE CYCLIQUE
La description succincte que nous avons donnée nous à rappelé qu'on avait accusé l'influence de l'alimentation, Il est en effet certain que bien souvent la sérine (1) apparait après le repas du milieu du jour : il en est ainsi de nos deux observations I et IT. Toutefois on ne peut s'empêcher de remarquer que le diner du soir ne semble avoir aucune action. Pour l’obs. [, en particulier, on à eu grand soin de composer deux fois de suite ce repas d'aliments absolument semblables à ceux qui avaient constitué celui du milieu du jour ; à quelques grammes près, l'enfant a ingéré les mêmes quantités, et néanmoins l’albumine n’a pas sensiblement augmeuté. Il existe pourtant quelques observations, comme celles de Teissier, qui montrent que ce repas du soir est également capable de favoriser la sortie de l’albumine. — De telles constatations prouvent que, dans cette question, comme dans beaucoup d’autres, il est difficile, pour ne pas
(1) Dans ces albuminuries, l’albumine qui apparait est le plus souvent de la sérine.
es
dire impossible, de dégager une unique formule comprenant tous les faits ; s’il n’existe pas autant de types que de malades, il semble évident qu'au point de vue de la marche de cette albuminurie, au point de vue de l’'émonction, les observations doivent être groupées en plusieurs catégories. D'ailleurs, si on rencontre des cas caractérisés par un seul maximum se produisant le plus souvent dans l'après-midi, il est possible d'enregistrer un second maximum qui Correspond à neuf ou dix heures du matin. Or à ce moment les sujets n’ont encore pris aucune alimentation importante.
L'histoire des malades que nous avons pu suivre établit aussi que le rôle de la station, de la fatigue, des exercices physiques, ne saurait être admis comme fournissant toujours une explication absolument satisfaisante. Il est bien évident que le passage de l'attitude horizontale à la verticale favorise dans quelque mesure cette albuminurie ; mais d’un autre côté, si cette raison était suffisante, il parait manifeste que cette albumine devrait aller en augmentant jusqu'à la fin de la journée, puisque les patients ne cessent pas d'aller et de venir en attendant l'heure de se mettre au lit.
D'autre part, quand on enregistre les deux maxima signalés dans les observations VI et VIII, la première survient vers 9 où 10 heures du matin, à un instant où ces fatigues physiques sont à peine commencées. Cependant, pas plus que pour les repas, on ne saurait méconnaître que, dans une limite difficile à préciser, ce facteur, tout comme celui de l'alimentation, intervient dans la genèse des troubles que nous étudions ; il est même possible de changer la courbe d'élimination, de déplacer d’une façon variable
les maxima, en maintenant les malades au lit. Voici une observation du docteur Gillet à ce sujet :
« Chez un malade, l'albumine apparaissait seulement
vers 4 heures. On le coucha un peu avant, vers 3 h. 1/4ou 3h. 1/2 pendant plusieurs jours. L'expérience réussit à merveille ; plus d'albuminurie, jusqu'au jour où celle-ci se montra en avance de deux heures et surprit la vigilance. — On avanca l'heure du repas, on fit faire une sieste après le déjeuner : même succès, mais au bout d’un certain temps, même déplacement de l'heure. I1 y a là un chassé-croisé qui déjoue nos prévisions. » (Annales de polyctique, docteur Gillet, fév. 1900.) Nous avons vu nous-même que l'urine de Cor., obs. I, ne contenait que des traces insignifiantes d’albumine à 3 heures de l’après-midi, lorsque cet enfant avait intentionnellement gardé le lit. Par deux fois on l’a fait lever au milieu de l'après-midi, et l’albumine ne s'est montrée que plus tard; de même en changeant le moment du principal repas, on change également la courbe d'élimination. Nous avons également mis au repos absolu notre malade D... de l’obs. VI, et nous avons constaté une diminution notable dans le taux de la sérine. — On voit donc par ces faits comparés à ceux de Gillet, que des modifications apportées dans le genre de vie des malades, tant à l’égard'des heures de repas qu'à celle du lever, sont capables de troubler de différentes manières l’évolution du phénomène morbide.
Quelques auteurs (Talamon et Lécorché), invoquent une néphrite peu marquée, parcellaire, une sorte de faiblesse du glomérule. Il nous parait très difficile d'établir la réalité de cette conception, d'autant plus que fréquemment, comme dans les obs. I et IT, on ne trouve pas de cylindres
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caractéristiques, et les malades ne présentent nettement aucun phénomène indiscutable de brightisme. |
Teissier à incriminé le foie. — Il est en effet indéniable que des maladies de cet organe exercent une influence sur l'élimination des éléments protéiques ; Bouchard en particulier a indiqué les relations qui rattachent certaines albumineries à des hypertrophies hépatiques ; de plus, chacun sait que les altérations de ce viscère figurent parmi les causes de la peptonurie.
Du reste la physiologie comporte des enseignements analogues. — CI. Bernard injectait de l’albumine de l'œuf dans la veine jugulaire d’un lapin, et la retrouvait dans l'urine; il a refait l'expérience en choisissant la veine porte comme voie d'entrée, ct n’a plus constaté la présence de cet élément dans la sécrétion rénale. De son côté, en opérant avec la caséine, Bouchard à remarqué que l’injection daps la jugulaire est suivie de l’excrétion par l'émonctoire urinaire de cette caséine et d’une certaine proportion de sérine; en revanche, si on fait pénétrer ce produit par Je réseau portal, on parvient encore à déceler quelques traces de cette sérine, mais la caséine fait totalement défaut.
La glande biliaire semble donc retenir des principes protéiques, soit pour les métamorphoser, pour transformer, par exemple, cette caséine en sérine, soit dans un tout autre but; il est possible que dans quelques cas, plus spécialement chez les tuberculeux, cette influence entre en jeu. (obs. VI).
Chez ces malades, en effet, les altérations de cette glande, principalement sa dégénérescence graisseuse, sont assez communes ; peut-être qu'au moment où ce viscère doit
fournir son summum d'activité, c'est-à-dire à la période de digestion, la partie demeurée saine ne suffit plus à accomplir la fonction mise en évidence par la pathologie, plus particulièrement par la physiologie. — Toutefois, rien n'autorise à admettre cette explication pour les faits de Cor... et Cem... (obs. I et Il). Chez ces jeunes filles, nous n'avons noté aucun trouble digestif, nous n'avons décelé ni ictère, ni glycosurie, ni anazoturie, ni urobilinurie; d’un autre côté, les dimensions de l'organe ont paru normales : dès lors, invoquer un pareil mécanisme revient à formuler une pure hypothèse.
En somme, des différentes pathogénies développées par une série d'auteurs pour faire comprendre les intermittences de l’albuminurie cyclique, aucun ne nous à semblé à l'abri de tout reproche ; l’un ou l’autre, suivant les circonstances, est capable de renfermer une fraction de vérité, mais il n’en est pas un seul qui s'applique intégralement à tous les faits enregistrés.