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Variations sur la musique d'église

Un nouveau chapitre s'ajoute à l'histoire du Bréviaire et de l'Antiphonaire. Par \a bulle Dirino afflatu, en date du i" novembre uji i, Pie X promulgue une nouvelle disposition dans l'ordre du psautier hebdomadaire, et, en même temps, édicté toute une suite de règles pratiques qui modifient les « rubriques » actuellement en usage. Le but de cette réforme — car c'en est une, et fort importante — est double : faciliter au clergé l'observation du précepte de l'office quotidien en débarrassant cet ottice de longueurs et de surcharges; mais en même temps, en le ramenant le plus près possible des traditions antiques.

Il y a donc là, déjà, tout un plan immense ; le passé, en effet, n'est plus ; certaines évolutions ont modifié les conditions de la vie ; cependant, c'est de tout le passé qu'est fait le présent, et par là même l'avenir. Un « rajeunissement » des traditions humaines ne saurait ainsi être fécond, qu'en ramenant ces traditions mêmes à leur source, en les allégeant de tout ce qui, au cours des âges, a contribué à les alourdir, en maintenant, par contre, les développements légitimes parmi lesquels elles ont évolué. La réalisation d'un tel plan demande donc un tact infini. Pie X, cependant, l'a tenté, et, entre les solutions possibles, s'est arrêté à celle qui aura bientôt force de loi.

La collection des cent cinquante psaumes recueillis ou composés, dans les siècles qui précédèrent l'ère chrétienne, pour l'usage du Temple de Jérusalem, a toujours été considérée, au point de vue littéraire, comme le plus vaste et le plus beau monument de la lyrique religieuse, et, au point de vue ascétique, comme le plus sublime aliment de la piété. Aussi, eut-on toujours dans l'estime la plus profonde le recueil des psaumes ; toute évolution religieuse, dans la tradition juive ou chrétienne, fut toujours accomplie le psautier en mains.

Le psautier, en effet, par cela qu'il est à la base de l'office divin, en dehors du côté spéculatif, est toujours d'un intérêt pratique immédiat. Dans l'ancienne Loi, comme dans la S3'nagogue moderne, ce qu'on appela plus tard chez nous les « heures canoniales » est déjà réglé, quant aux principaux offices, par l'emploi de psaumes biendéterminés ; le reste du recueil est laissé au libre usage des lévites, pour les autres parties du service divin, ou au choix de ceux qui désirent en faire l'aliment de leur piété. La primitive Église chrétienne, continuatrice et héritière de l'ancienne Sj'nagogue, en adopta les usages : l'invitatoire, les vigiles, les laudes matutinales, furent, dans leurs grandes lignes et un grand nombre de détails, fixés ainsi dès l'origine '. Les premiers solitaires avaient accoutumé de faire du psautier entier, des cinq livres des psaumes, la nourriture quotidienne de leurs exercices religieux. Mais, comme le fait remarquer saint Benoit dans sa Règle, il ne peut s'agir laque d'une exception : on ne saurait l'imposer à tout homme. Il suffit que celui qui a fait profession dans la « schola du service divin » parcoure en une semaine le cjxle du psautier. Lors donc de l'organisation complète de la prière chrétienne, à partir du iv" siècle, si les solitaires usaient du psautier quotidien, on régla les « heures » du jour et de la nuit sur la base du psautier hebdomadaire.

Toutefois, pendant longtemps,;! part les points d'observance commune, la manière d'attribuer le reste du psautier aux divers offices de la semaine fut laissée à la discrétion de chaque église. On eut donc diverses variétés. A l'office de nuit, par exemple, l'ordre monastique a douze psaumes à chacun des deux premiers nocturnes, et des cantiques de l'Écriture au troisième ; aux vêpres, quatre psaumes. Dans le rite romain séculier, aux dimanches et aux fêtes, il y eut, dès au moins la période qui s'étend entre le v° et le vin* siècle, trois nocturnes, de trois antiennes chacun, et cinq psaumes à vêpres. En Gaule, divers monastères chantaient un nombre variable de psaumes suivant la saison, comme sept en septembre, huit en octobre, neuf en novembre, etc. -. Tout cela basé toujours sur l'observation du psautier hebdomadaire, sauf à Milan, où le psautier fournit deux semaines.

Mais, peu à peu, le dessein de donner plus de place à la célébration des anniversaires des mart3-rs, fêtés uniquement d'abord dans leur église propre, vint adjoindre un élément nouveau à l'usage ancien. A côté des psaumes fixés pour chaque jour de la semaine, il y eut ceux de l'office en l'honneur du saint du jour ; on eut ainsi des ofûcts doubles ■'. D'oij surcharge; d'où bientôt conflit : qui l'emporterait, en effet, del'office quotidien, dans lequel les accents du psautier complet reviennent chaque semaine, ou de l'office sanctoral, où les mêmes psaumes sont indéfiniment répétés ? Si nous joignons à cela les diverses adjonctions de la piété, vers la fin du moyen âge, psaumes pénitentiaux, psaumes

1. On me permettra de renvoyer ici à mes Origines du ch^int romain, où j'ai traité la question dans tout son détail.

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