CÉLÈBRE HYMNE RELIGIEUX
Exécuté par l'Orchestre du « TITANIC » au moment du naufrage.
Exécuté à Paris, par la Société Philarmonique de Leeds au Palais du Trocadéro.
Exécuté à la Métropole Notre-Dame de Paris Très large p
Plus près de toi, mon Dieu, Plus près de toi.
Xear- er >ny God. to Thee, Near- er to Tliee ! E'cn, etc.
Selon toute apparence, je possédais enfin V authentique mélodie, et je l'aurais cru, si, dans le même temps, dans r£'to/t' (revue de l'enseignement du diocèse de Paris), notre éminent confrère Michel Brenet n'eût publié ceci :
PLUS PRES DE TOI MON DIEU
Nea- rer my God, to Thee, Nea- rer
Il y avait franchement de quoi être dérouté : c'était la quatrième version du fameux cantique !
Cependant, fidèle à sa critique, l'auteur de l'entrefilet qui accompagnait ce chant donnait sa source : il avait emprunté paroles et musique à Hynms ancient and viodern for use in tlie service of the church ; c'est un recueil de chants religieux anglais populaires, publié parW.-H. Monk.
Un simple rapprochement avec « la musique anglaise » plus haut signalée montrait que l'on avait affaire à la même mélodie.
Mais, les Annales politiques et littéraires, de leur côté, publiaient, elles aussi, au mois de mai, la Traduction et musique du cantique anglais chanté par les passagers du Titanic, au moment oii le bateau coulait. Cette Revue l'avait d'ailleurs emprunté au Figaro du 27 avril: voici le début de ce chant :
Mon Dieu, plus près de toi, plus près de
Cinquième version ! !
Dès lors, devant ces airs différents et les variantes de l'adaptation française, une enquête s'imposait : laquelle, dans ces mélodies, représente, avec le plus de vraisemblance, celle que chantaient encore les victimes du Titanic lorsque le navire sombra ?
Il nous fut facile d'élucider, tout d'abord, l'origine des paroles françaises les plus répandues :
Plus haut, plus haut ! cest le cri de ma foi :
Elles font partie d'une série de cantiques à l'usage des églises calvinistes françaises, publiée par R. Saillens il y a une cinquantaine d'années, et traduisant un choix de cantiques anglais. De fait, les paroles de Saillens, qui sont fort belles, suivent, plutôt largement, celles de r« hymn » anglais. Ce furent les paroles que prit, il y a bien longtemps, le R. P. Ligonnet, les trouvant expressives, pour en faire le sujet d'une des compositions insérées dans le recueil de ses œuvres, chez Mathieu, éditeur à Paris (aujourd'hui propriété d'E. Coutarel). La mélodie du R. Ligonnet, ci-dessus n" i, qui revoit actuellement le jour, était, malgré sa valeur, peu connue : ce n'est pas elle que chantèrent les matelots et voyageurs anglais et américains dans le naufrage du Titanic.
L'autre mélodie, n" 2, est celle publiée par R. Saillens, et insérée dans les livres protestants français. Elle est, d'après le Recueil adopté par le Synode général officieux (Paris et Nancy, 1895)', d'origine anglaise, et empruntée au recueil So;z^s andSolos. De fait, on voit très clairement, par la coupe même des vers et de la musique, que celle-ci a été composée pour l'original anglais. L'arrêt, à la fin de la deuxième mesure, sur la blanche, coupe le sens en deux, tandis que la poésie anglaise, nettement coupée, dit :
Near-er my God, to Thee, Near -er to Thee.
Et, lorsque au cinquième vers, les paroles originales Still allmysong shall be sont répétées par un bis, sur un motif mélodique d'un degré plus élevé, on remarque plus encore que cette mélodie fut bien faite pour cela. L'adaptation française, au contraire, sous la répétition du texte anglais, donne un seul vers, très malheureusement coupé :
Still ail my song shall be, Still ail my song shall be.
Je veux en- cor qitemon (sic) â- me s'é- le- ve.
I. Publié par la « Commission du Chant sacré » nommée à la suite du Synode général officieux réuni à Marseille en 1881.
Cette seconde mélodie appartient donc bien au Nearer my God. Mais, si eHe a été faite jt?02/r ce cantique, elle n'en est pas la mélodie, la mélodie connue, populaire.
Serait-ce le n° 3," médiocre et plat cantique que son .titre prétend avoir été exécuté par les chanteurs de Leeds, au fameux concert du Trocadéro, avant le Requiem de Berlioz ?
Pas plus. Il suffit de lire la publication dont j'ai reproduit le titre, afin d'être convaincu que la mélodie, anglaise peut-être, n'a point été faite même pour les paroles du Nearer 7nj- God, qui y sont déplorablement adaptées.
La mélodie publiée par le Figaro et les Annales ne m'inspire guère plus de confiance, bien que les informations que j'ai recueillies m'aient convaincu que cette version n° 6 est réellement populaire dans certains milieux religieux anglais. Elle a passé le détroit en i88i, avec le Recueil de cantiques populaires publié à l'usage des missions méthodistes par le Révérend Saint-Hiiaire.
Il nous reste donc un seul thème qui, celui-là. soit le plus authentique, et qui soit vraiment le thème le plus populaire du fameux cantique.
Musique et paroles (qui concordent avec la version publiée par Michel Brenet et la « musique anglaise » plus haut signalée), à quelques variantes près, d'ailleurs assez insignifiantes, dans les paroles, nous sont données, avec le nom de leurs auteurs, dans l'intéressant hymnaire anglican, The english Hjmnal n'iih tunes, publié à Oxford en iQo6. Nous savons ainsi que l'auteur des paroles est Sarah F. Adams (1805-1S48), et celui de la musique J.-B. Dykes (i 823- 1876). L'hymne originale ne contient que trois strophes ; une quatrième est ajoutée par les autres publications : je la reproduis de même.
La musique de Dj^kes, mélodie et harmonie, est d'une platitude déplorable on comprend fort bien que d'autres compositeurs aient tenté d'y remédier', encore que, vraiment, ils n'y aient guère réussi. A titre de documentation, voici cette pièce. Est-ce, cette fois, la vraie version authentique?
{Tràs large ^ = 56)
Near- er, my God, loThee, Near- cr to Thee ; E'en Ihoug it
I. Comme Souihgate et Hopkins, dans les éditions modernes des Psaumes de 1' « église presbytérienne ». Ne pas confondre cet E. J. Hopkins, qui vécut de 1818 à 1901, avec ses homonymes du xviif siècle.
Though, like the vvanderer, The Sun gone down,
Darkness be over me My rest a stone :
Yet in my dreams I' d be
Nearer, my God, to Thee, Nearer to Thee !
There let the way appear Stepsunto Heaven;
AU that Thou send'st to me, In mercy given ;
Angels to beckon me
Nearer, my God, to Thee, Nearer to Thee I
Then, with my waking thoughts Bright with Thy praise
Out of my stony griefs Bethel I' II raise ;
So by my woes to be
Nearer, my God, to Thee,
Nearer to Thee ! Amen.
Est-ce bien la musique qu'ont chantée les naufragés?
Car sur ce même sujet, un aimable correspondant, M. J. de Zielinski, directeur du Conservatoire de Los Angeles, en Californie, me signala que « si le Titanic avait été un bateau américain, nul doute qu'on y aurait certainement chanté la musique de Lowell Mason (i 792-1872) », populaire aux États-Unis :
Lowell Mason fut, au cours du xix= siècle, le principal initiateur du développement de l'enseignement du chant dans les écoles publiques et dans les églises protestantes des Etats-Unis.
Je n'ai pas, dans cette étude, parlé de toutes les mélodies qui me sont parvenues ; mais j'ai connu, — sans en savoir l'auteur ni la forme ori-
ginale, — la précédente, grâce à une « transcription » dont on va juger; je supprime l'introduction, afin que l'on savoure mieux les deux mesures du début (chant à l'unisson, avec accompagnement de « piano ou harmonium ») :
Sempre ben canto la mano sinistra (sic !!)
Le reste est dans le même goût : j'en fais grâce aux lecteurs. C'est la quinzième version du fameux cantique, et elle m'arrive d'une maison d'édition de... Constantinople !
Un mot enfin des trois traductions françaises publiées à ce sujet : aucune n'est exacte. Dans le désir de faire chanter, tant bien que mal, des paroles françaises sur les mélodies anglaises, les auteurs de ces traductions ont plutôt fait de larges, très larges adaptations. Mais un point commun les réunit toutes trois : faites évidemment par des protestants « libéraux », aucune ne traduit le passage de la strophe 3, où l'original dit : « Que les Anges me conduisent ». Cela a semblé trop catholique, et on l'a supprimé. Ainsi ont été publiées ces paroles « authentiques ». Sans commentaire.
Pour 3' remédier dans une certaine mesure, nous donnons ici une traduction, qui n'a pas de prétention à être chantée, mais qui, au moins, a l'avantage de reproduire rigoureusement le sens des paroles.
I. Plus près, mon Dieu, de Toi, — Plus près de Toi; — Même si sur la croix — Tu m'élèves, — Toujours mon chant sera : — Plus près, mon Dieu, de Toi, — Plus près de Toi 1
II. Quand, tel le voyageur — S'enfuit le soleil ; — Que la nuit m'environne; — Qu'une pierre [pour tout repos] me reste ; — Malgré tout dans mes songes — je serai — Plus près, mon Dieu, de Toi, — Plus près de Toi I
III. Montre-moi le chemin — Qui conduit au Ciel ; — Tout ce que tu m'enverras, — Sera donné par ta grâce; — Que tes Anges m'appellent — Plus près, mon Dieu, de Toi, — Plus près de Toi !
IV. Alors, dans l'éveil de mes pensées, — Éclatent tes louanges ; — De mes pénibles douleurs — Un autel je veux élever, — Pour être dans mes souffrances, — Plus près, mon Dieu, de Toi, — Plus près de Toi 1
Les variations du texte musical, ou, pour mieux dire, des nombreux textes aussi peu « authentiques » les uns que les autres, ainsi que les sources douteuses des versions françaises, ont été la cause que des
Évèques de France ont, à juste titre, interdit le chant de ce Plus près de toi dans leurs églises.
Cependant, comme on a pu en juger, l'original est très orthodoxe, et on le chante, dans les pays de langue anglaise, chez les catholiques comme chez les dissidents. C'est ce qui a porté M. Jousse à en écrire une excellente traduction, chantée à la cathédrale de Séez, et publiée par M. de La Tombelle dans le numéro de septembre-octobre 1912 de la Tribune de Saint-Gervais.
Mais la version de M. Jousse a été écrite pour la mélodie et l'harmonie de J.-B. Dykes. Or, cette question de la mélodie chantée par les naufragés du Tï7an/c a suscité toute une enquête, analogue à la mienne, en Angleterre et aux États-Unis. Là, il était plus facile d'aboutir : on a demandé aux survivants de répéter le chant qu'ils avaient exécuté. Et ce ne fut pas la mélodie du Rév. Dykes qu'on chanta pendant le naufrage, mais bien celle de sir Arthur Sullivan ( 1 842-1 900), composée antérieurement, paraît-il, à celle de Dykes, et que ce choral et les autres airs n'ont pu détrôner dans l'usage habituel de certaines églises d'Angleterre, malgré les manuels notés qui donnent ces diverses mélodies. On pourra consulter, là-dessus, le numéro du Briiish Bandsman de juillet 1912.
Ce point d'histoire musicale est donc acquis : les naufragés du Titanic chantèrent le Nearer, my God [doni la traduction française de M. Jousse est une version fidèle) sur la musique d'A. Sullivan, laquelle, — c'est dommage pour le lyrisme, — est peut-être la plus plate de toutes. La voici à titre documentaire.
cross that rais- eth me, Still ail my song shall be — Near-er, my
God, to Thee, Nea- rer to The,
Une prose inédite contre les Normands pour la fête de la Toussaint
Les vieux chroniqueurs racontent la scène émouvante dans laquelle Charles, le grand empereur, aperçut, au loin sur les Hots, les barques aux formes mouvementées, aux voiles bizarres, de ces pirates de la mer, par où la gens Normannica allait faire irruption sur nos rivages. Seule, la présence de l'empereur, si vieux, si fatigué fùt-il, les retenait : celuici pressentait que, disparu, les Normannen n'hésiteraient plus à se jeter sur son empire. Et le vieux Charles pleurait : ses larmes allaient se perdre en sa barbe fiorie.
Vraie ou légendaire, l'anecdote est caractéristique : peu d'années après la mort de Charlemagne, les barbares du Nord tentent leurs premières incursions; en moins d'un demi-siècle, que de ravages ils ont faits ! On sait comment l'histoire de ces pièces liturgiques que nous nommons « proses » y est intéressée : sans l'exil d'un moine de Jumièges, fuyant, avec son antiphonaire, devant l'invasion, jamais probablement Notker de Saint-Gall, vers 860, n'aurait eu l'idée de développer le genre de ces « vers sur les séquences ' » que son confrère neustrien apportait avec lui.
A combien de reprises les hommes du Nord ne portent-ils pas le fer et le feu sur les bords de la Manche, sur les rives de la Seine d'où ils rayonnent dans l'intérieur du pays, pillant et revenant quand les fruits du pillage sont consommés, quand les peuples ont eu le temps de réparer les dégâts horribles, d'amasser à nouveau un petit pécule ! De là ce cri bien connu, inséré dans la seconde partie des litanies des saints: Afurore Nofinaunorum, libéra nos, Domine, et le
Gentetn auferte perjldam CredentiiDU de jinibus,
comme le continua de chanter l'Église, avec l'auteur franc de l'hymne Christe Redemplor, en la nouvelle fête de la Toussaint. Mais à côté de ces prières classiques, pour ainsi dire, la muse popu-
1. Soit dit en passant, si ces « vers » en « prose » peuvent parfaitement s'accommoder d'un certain tempérament, de certaines « diminutions » dans le rythme du chant grégorien, leur origine, leur usage, leur progrès, sont peut-être le démenti le plus éclatant qu'on puisse opposer aux partisans du mensuralisme, et surtout du « neume-pied » dans la mélopée grégorienne. Prenons la phrase suivante, d'après
laire ou cléricale dut trouver d'autres accents, maintenant perdus pour la plupart, afin de supplier le Créateur, par l'intercession de ses saints, d'éloigner le péril.
Le célèbre manuscrit latin 17.436 de la Bibliothèque Nationale de Paris, du ix* siècle, l'un des plus anciens de l'Antiphonaire grégorien, connu sous le nom de Cliarles le Chauve, contient précisément, d'une seconde main, il est vrai, dans les feuillets restés blancs, une pièce de ce genre. A l'heure actuelle, les lacunes qu'a subies le manuscrit depuis le
l'inventeur même de cette dernière théorie (Cf. Graduel Vatican, commun d'un confesseur) :
stus ger- mi- na-
Comment, nous le demandons, si on avait chanté de la sorte, comment les poètes et les musiciens de ce temps-là eussent-ils eu l'idée d'adapter à ces mélodies variées une syllabe par note, ce qui est l'essence des tropes et plus encore des proses? Essayez de chanter, ou de faire exécuter par un groupe, le trope classique du verset précédent, transcrit suivant cette méthode :
la- lis et le- gis E- van- ge- li- cae re- fui- sit pie- nis- si-me, etc.
Ouf !I Or, ce qui est déjà bien étonnant avec un simple trope, devient encore plus extravagant avec une séquence.
Et le Laiida Sion, dont le type mélodique est beaucoup plus ancien que la prose
moment où, au xviii'^ siècle, il reçut la reliure aux armes royales, laissent seulement lire, au feuillet 24, la seconde moitié de cette prière :
Summa pia gratia, conservando corpora et cuslodita. De gente fera Normannica nos libéra, etc.
Mais ce que le manuscrit ne contient plus actuellement, les transcriptions, fréquemment fautives, hélas ! faites par les Bénédictins de Saint-Maur dans leur édition des œuvres de saint Grégoire, t. VI, p. 727, le font connaître ^. Or, comme ce qui subsiste des paroles, dans le manuscrit, est noté, mais noté en simples notes in campo aperto, notre curiosité fut vivement éveillée. Quelle pouvait être la mélodie sur laquelle on chantait cette invocation contre l'invasion des Normands î
Il n'était tout d'abord pas très difficile, par la critique du texte, et par celle de la musique qui subsiste, de voir qu'on avait affaire à une prose. Mais, où retrouver cette prose en notation claire et au complet ? La disposition, en effet, du texte publié seul, à la fin du xvu' siècle, par les Mauristes est la suivante. A la suite des additions spéciales à ce maliuscrit, ils ont imprimé ce que j'ai longtemps considéré comme un fragment de prose à la Vierge :
Gaude eia unica columba specio'^a.
Sponsa superno régi consociata. Beata seniper Dci genitrix pia virgo Maria.
Puis, après un blanc, notre pièce, accompagnée d'une note : a Praeclara dies nobis inslat, etc.
La note dont l'indice a (qui n'est pas à sa place) est la marque, placée au bas de la page, dit que des petites notes sont disposées au-dessus du texte, pour le chant. Donc, négligeant la prière à la Vierge, je cherchai longtemps et patiemment, dans les prosaires français du x* et du XI' siècle, la pièce qui correspondît à ce Praeclara dies. De guerre lasse, je me rabattis sur le verset Ga«^t' eia, qui, peut-être, pouvait fournir une piste, et, dans le Repertoriiim hymnologicum du chanoine Ul. Chevalier, je tombai effectivement sur une prose commençant de même, mais se trouvant uniquement dans les missels de Reims imprimés depuis la fin du xv' siècle, et en l'honneur de saint Nicaise. Cependant,
même : que deviendrait-il ? Il est, en effet, écrit sur VAllehiia de la Sainte-Croix, qui devient, dans la théorie en question ;
giium, d'où il faudrail chanter : Lauda Si-on Sal-va- lo- rem ! I. Cf. Patrologie Latine, t. LXXVIII, coi. 721.
si Reims n'est pas très éloigné de Gompiègne, d'où provient notre manuscrit, la dévotion à saint Nicaise, dans des missels de 1491 à 1604, paraissait bien distante de l'invasion des Normands ! A tout hasard, je suivis la piste, grâce à l'obligeance du dévoué et érudit M. Henri Jadart, et de l'artiste dévoué qu'est mon élève et ami, M. l'abbé Thinot, l'un Conservateur de la Bibliothèque de Reims, le second, maître de chapelle de la cathédrale ^.
Or, la prose donnée par les missels rémois, — non notés, — en l'honneur de saint Nicaise, l'évêque martyr des Vandales, était bien la même, à quelques variantes près, que celle dont le texte avait été publié par les Mauristes, celle ajoutée à l'antiphonaire de Gompiègne.
Restait à en retrouver la notation, et à voir si elle concordait avec les notulae du vieux codex. J'avais remarqué, par la disposition déjà quelque peu diastéinalique de ces notes, que la mélodie (dont toute la première moitié manquait) devait suivre un mouvement mélodique ou un mode analogue soit à V Ecce pulclu-a de la Toussaint -, soit à V Epiphaniam plus récent '■'■. Par malheur, si M. Jadart avait retrouvé, dès le xiu' siècle au moins, la mention du Gaudc eia pour la fête de saint Nicaise \ les riches manuscrits de Reims, à la même fête, ne donnaient point la prose ou en donnaient une autre ! Ou, quand ils la donnaient à cette fête, elle n'était point notée ! Gonclusion, elle était donc tout de même connue à Reims, mais devait se trouver ailleurs que pour la fête de saint Nicaise.
En effet, par des recherches dont le détail serait trop fastidieux pour mes lecteurs, j'arrivais à retrouver enfin, au complet, paroles et musique du GaMiie e/a dans un unique manuscrit, le beau graduel de la cathédrale, 227 du catalogue rédige par M. Demaisons (ancien G. 122), du xn^ siècle, dont le prosaire a été complété ou recopié au siècle suivant, La prose après laquelle je courais depuis si longtemps s'y trouve, dans le commun des saints, qui va du folio 2Ù() au folio 290. G'est bien le n° 0.767 du Répertoire d'U. Ghevalier, et la prière de l'Antiphonaire de Gompiègne; dans ce manuscrit, ce n'est plus en l'honneur de saint Nicaise et avec les variantes des missels ultérieurs, qu'elle nous est offerte, mais pour les martyrs, et avec le même texte que dans le manuscrit antique.
Je m'excuse d'avoir ainsi raconté les principaux dé tailsde ma recherche : ils m ont paru assez piquants pour la curiosité des lecteurs.
Voici maintenant le texte et la mélodie de cette vieille prose, où l'on prie Dieu contre l'invasion des Normands.
1. Je suis heureux, en cette occasion, de leur exprimer ma gratitude pour la peiné qu'ils ont bien voulu prendre afin de m'aider dans ces recherches.