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I. Emplacement ou tribune, réservé à la chapelle musicale

LES VŒUX DU CONGRES PARISIEN De Chant Liturgique et de Musique sacrée de 1911

(Extrait du volume des Comptes rendus du Congrès).

Séance du vicrcrcdi 14 Juin igi r, à g Jwures du soir.

A cette dernière séance un grand nombre de membres du comité d'honneur et presque tous les congressistes sont présents : aussi cette réunion fort nombreuse, et qui se prolongea fort avant dans la nuit, fut-elle particulièrement animée par les échanges de vues, propositions, discussions qui l'ont remplie. Plusieurs grégorianistes avaient envoyé des vœux ou réflexions qui souvent se rencontraient avec les idées exposées par quelqu'un des congressistes ; lecture fut donnée de leurs lettres par MM. Gastoué et E. Borrel.

M. l'abbé Brun communique aux congressistes en ces termes la lettre de Mgr l'Evèque de Clermont :

Mesdamks, Messieurs,

Mgr Belmont, évêque de Clermont, qui fut un des premiers Évêques de France à faire appliquer dans son diocèse le Mottt proprio de Sa Sainteté Pie X sur la musique sacrée, me fait l'honneur de m 'adresser, à propos du Congrès parisien, une lettre dont je suis heureux de citer quelques passages, persuadé que les grégorianisants recevront avec joie cet encouragement venant d'un des membres de l'Épiscopat français les plus favorables à l'art musical chrétien.

« Il servirait de peu à l'Eglise, écrit Sa Grandeur, que les secrets de son chant aux meilleures époques fussent retrouvés, s'ils devaient rester l'apanage exclusif d'une élite ; il faut, avant tout, que ce chant redevienne la prière publique de l'Église, et que, à cet effet, les prêtres, dès le séminaire et l'école, y soient initiés et en comprennent bien la beauté et la méthode. C'est surtout de ce côté que je voudrais voir le Congrès diriger ses efforts et ses résolutions.

« Je voudrais aussi voir de plus en plus affirmer le principe de l'unification dans

la prononciation du latin, dans le sens le plus conforme à la tradition romaine, relativement aux voyelles suivies des lettres m, n, de manière à supprimer les sons nasaux, à la lettre u prononcée ou, etc.. ; enfin et surtout, par la restitution, aux syllabes, de la valeur que leur assignent leur quantité et leur place dans les mots. Je voudrais que désormais toutes les éditions classiques indiquassent, de même que les livres liturgiques, la syllabe accentuée, et que, à la faveur de ces moyens, la prononciation du latin fût uniformisée dans l'Église, dès le commencement des études de ses clercs. »

« C'est surtout sur ces quelques points que nos efforts doivent porter si nous voulons régénérer, en l'unifiant, le chant sacré. Que Dieu nous aide à le faire prévaloir ! »

f Pierre Marie,

Évcque de Clermont.

La lettre de Mgr Belmont est écoutée avec un vif intérêt ; tous les congressistes s'accordent sur cette question de la bonne prononciation latine.

M. CouiLLAULï émet alors le vœu suivant, admis à l'unanimité :

Le Congrès,

Considérant :

Que la prononciation française du latin avec son accentuation et ses sons déplorables est incompatible avec la restauration intégrale des Mélodies grégoriennes, prescrite par le Souverain Pontife ;

Que l'adoption de la prononciation romaine est une conséquence logique de l'unité de rite et de l'unité de chant,

Emet le vœu :

Que la prononciation romaine du latin soit introduite officiellement par NN. SS. les Évêques dans tous les diocèses de France, particulièrement dans les petits et grands séminaires.

M. l'abbé L.\urent, maître de chapelle de la Cathédrale d'Orléans, demande que tous les rapports et travaux présentés au Congrès soient publiés dans le compte rendu, et fait voter des remerciements aux maîtres de chapelle de Saint-Eustache, de Saint-François-Xavier, de Sainte-Clotilde et de Notre-Dame, qui ont organisé les exécutions musicales du Congrès. [Adopté.)

M. BoRREL lit deux notes envoyées par M. Michel Brenet : D'abord une motion en faveur d'une publication des monuments de la musique religieuse en France au xvi' siècle. Quelques congressistes demandent même qu'on ajoute quelques œuvres du xvii* siècle; voici cette note, adoptée à l'unanimité :

Pour nos vieux maîtres français.

Mesdames, Messieurs,

Ce n'est pas un mémoire que nous soumettons à votre bienveillante attention, c'est un vœu, en faveur duquel nous sollicitons vos suffrages, avec le grand désir, avec le ferme espoir, que grâce à votre approbation il ne restera pas platonique.

Ce vœu, qui concerne les œuvres de musique sacrée catholique de nos vieux maîtres français, regarde tout ensemble l'art religieux et l'art national. Il a donc double raison de vous intéresser, et sa réalisation serait un complément équitable et nécessaire de ce beau mouvement de rénovation grégorienne et palestrinienne qui s'est partout affirmé depuis une trentaine d'années, et qui s'affirme aujourd'hui une fois de plus, avec une force et un éclat irrésistibles, par le fait même de la réunion de ce Congrès.

Nous n'avons pas à rappeler le rôle glorieux qu'ont rempli, dans ce mouvement de foi et de science, les Bénédictins français : la reconnaissance du monde catholique et du monde savant est acquise à leurs admirables travaux, qui ont rendu possible la réforme du chant liturgique et la rédaction de l'édition Vaticane.

Dans le domaine de la musique polyphonique vocale, dont la volonté du Souverain Pontife associe l'usage à celui du chant grégorien, de grands efforts ont été de toutes parts accomplis, pour la reconstitution d'un répertoire : mais, par une abstention singulière, dont la faute, sans doute, nous est imputable, les œuvres de nos anciens maîtres français n'ont tenu, et ne tiennent jusqu'ici, presque aucune place dans ce répertoire, non plus même que dans les études destinées à le compléter.

En effet, tandis que se sont multipliées soit sous la forme littérale et crudité, soit sous la forme transposée et pratique, les éditions complètes et en recueils, de messes et de motets des maîtres flamands, allemands, anglais, espagnols, voire polonais et surtout de ceux de l'école romaine ou de l'école vénitienne, rien ou presque rien n'est venu rappeler la place considérable qu'avaient tenue les compositeurs français dans la floraison merveilleuse de l'art catholique du W' siècle et du xvif.

Certes, nous n'oublions pas qu'en face des éditions complètes de Palestrina, de Lassus, de Vittoria, de Schùtz, en face des Denkm'dler allemands ou autrichiens, et de la collection espagnole de Pedrell, la France, par l'initiative et le courageux labeur d'un seul savant, peut s'enorgueillir de posséder les volumes des Maîtres musiciens de /j Renaissance française, de M. Henry Expert. Mais cette collection, que nul plus que nous n'estime et n'admire, est, sauf deux livraisons sur vingt, tout entière consacrée au répertoire profane de la chanson et à celui du psautier huguenot. Un seul, ou deux côtés de notre production nationale, dans l'une de ses périodes les plus fécondes, s'y trouvent donc représentés ; et sans doute, le coté chanson est de ceux où, de tous temps, a excellé l'esprit français.

Nos vieux contrepointistes y étaient incomparables. Mais pas plus alors qu'aujourd'hui ne manquaient, sur la terre de France, la foi et le langage qui l'exprime.

Dans ces splendides ou charmantes églises, qui sont l'orgueil artistique de nos cités et que des voix éloquentes défendent aujourd'hui au nom de toutes nos traditions religieuses et nationales, retentissait jadis une musique appropriée. Du milieu des documents qui s'offrent à le prouver, permettez-nous de détacher et de vous lire quelques lignes, empruntées au récit du voyage que fit, en i5i7-i5i8, le cardinal Louis d'Aragon, et que rédigea l'un de ses secrétaires, italien comme lui :

« Il n'y a pas en France, dit ce voyageur, une église un peu grande, où, toute l'année, l'on ne puisse entendre de belle musique figurée, et où ne se chante au moins une messe par jour. Chacune de ces églises possède un groupe de six ou de huit jeunes garçons, tout vêtus de rouge comme nos chanoines italiens, et que l'on instruit à chanter et à servir au chœur... »

L'époque dont il s'agit est celle que les historiens de la musique caractérisent par le nom de Josquin Deprés, et qui précède d'un demi-siècle l'apparition de Pakstrina. Or, non seulement pendant cette période qui correspond au règne de François I"'', mais pendant le wi" siècle tout entier, les églises et les chapelles de France eurent constamment pour chanteurs, pour organistes, pour compositeurs, des musiciens nationaux, dont les œuvres, loin de rester confinées dans leur pays d'origine, se répandaient au loin, en imprimés ou en copies. On les retrouve aujourd'hui, disséminéeî, dépareillées, dans les archives, dans les bibliothèques où se conservent les épaves de l'ancien art religieux : et sans doute les trésors qui sommeillent dans ces archives ou ces bibliothèques de France, d'Allemagne, d'Italie, voire d'Espagne ou

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de Suède, ont été déjà suffisamment inventoriés pour que l'on sache le nom, le nombre des œuvres de maîtres français échappées à la destruction.

Ce n'est pas faute d'éléments, mais faute seulement de travaux préparatoires, faute d'éditions eu partition, que nos vieux musiciens catholiques français restent exclus du répertoire des maîtrises, et ignorés des historiens de la musique. Ouvrons, par exemple, la petite Histoire de la musique religieuse du D' Weinmann, publiée à Ratisbonne, en plusieurs langues, destinée à l'enseignement populaire des Caecilienvereine allemands : nous y lisons tout un chapitre sur les musiciens de l'école anglaise, mais pas une page qui soit spéciale aux compositeurs français ; quelquesuns d'entre eux sont nommés, en passant, parmi les néerlandais. Le livre, beaucoup plus important, de M. Hugo Leichtentritt sur l'histoire du motet, qui a paru en 1 908, consacre à peine à nos maîtres du xvi^ et du xvue siècle un peu plus de dix pages, sur quatre cent trente et une. Mais il apparaît clairement que l'auteur eût souhaité pouvoir mieux faire, car il se plaint de la rareté des documents biographiques, qui rend difficile la séparation, par nationalités, des français et des néerlandais, et de la rareté surtout des éditions modernes en partition, qui empêche d'aborder aisément l'étude de leurs œuvres. Plus tard, dit-il, il se pourra fort bien que l'on soit amené à accorder beaucoup plus de place aux compositeurs français, dans l'histoire du motet, — et, par conséquent, de toute la musique religieuse catholique.

C'est à nous de faire. Messieurs, que ce plus tard soit demain. C'est à nous que revient la tâche, disons : le devoir, de rappeler à la vie les œuvres de nos vieux rpaîtres, et de montrer ce qu'ils ont fait pour le service de l'Église et pour l'honneur de l'art national.

Et, puisque nous sommes réunis pour aviser en commun aux moyens de favoriser l'étude, le perfectionnement, la diffusion du chant et de la vraie musique sacrée, permettez-nous de vous demander de vouloir bien sanctionner le vœu que nous osons formuler, d'une publication des Monuments de la musique religieuse en France au .VP'/e siècle.

Pour l'enseignement du chant dans les écoles.

Nous sommes l'interprète d'un grand nombre de musiciens catholiques, et nous sommes, en tous cas, l'écho de ceux qu'avait réunis, voici peu d'années, le Congrès des Sables d'Olonne, en présentant à vos suffrages un vœu au sujet de l'enseignement du chant dans les écoles.

Nul ne contestera l'importance d'une telle question. Nous pourrions faire un étalage facile d'érudition historique, en vous rappelant le soin que le clergé prenait de l'enseignement musical dans les petites écoles, pendant le moyen âge ; en vous faisant souvenir, aussi, qu'à aucune époque les ennemis de l'Église n'ont eu garde de s'en désintéresser : Calvin et Luther, reconnaissant dans la musique un pouvoir incroyable d'action sur les âmes, et les « défenseurs » de l'école la'ique, multipliant les efforts pour faire progresser leurs élèves dans l'art qui « commence où finit la parole », qui la vivifie, la transfigure, et la grave à jamais dans la mémoire et dans le cœur.

Ces choses, vous les savez tous, et c'est pourquoi, avec nous, vous regardez sans aucun doute le chant comme un accessoire essentiel (ces deux mots doivent ici s'accorder) de l'enseignement primaire.

Sans aucun doute aussi, vous souhaitez que la nécessité morale de cet enseignement en fasse au plus tôt étendre et régler la diffusion dans l'école libre.

Étendre, par la création de classe de chant, partout où il n'en existe pas encore ; et par l'adjonction obligatoire du c/îaHt g'^e^orie» au chant proprement dit, et au solfège.

Régler, par l'établissement de cours normau.v ou de conférences, et d'examens, destinés à former un personnel enseignant véritablement capable ; et par l'institution d'un service spécial d'inspection diocésaine, chargé de soutenir et de stimuler les

bonnes volontés, de surveiller la qualité des leçons et celle du répertoire, et de rehausser, en un mot, chez les maîtres et chez les élèves, l'idée qu'ils se font de la musique, et la façon dont ils la cultivent.

Michel Brenet.

La lecture de cette note soulève des observations de divers congressistes ; tout le monde est d'accord sur son opportunité, d'ailleurs : M. GoussEAU nous apprend qu'à partir de cette année, la partie musicale est obligatoire dans le programme des études des écoles libres du diocèse de Paris. M. l'abbé Mignon insiste pour qu'à côté de la musique on fasse une place au chant liturgique. M. Pierre Martin souhaite qu'on soigne autant que possible la voix enfantine pour ne pas la briser. M. Gastoué propose de communiquer ces vœux à des personnalités compétentes de l'enseignement diocésain primaire et secondaire. M. Letocart demande qu'on augmente le temps prévu au programme pour l'étude de la musique dans les écoles.

M. GoussEAU propose ensuite que l'on fasse des vœux et conclusions du Congrès, un tirage à part qui puisse être facilement et largement répandu, pour le plus grand bien de la cause. Toutes ces motions sont adoptées à l'unanimité.

M. le maître de chapelle de Saint-Nicolas-du-Ghardonnet ajoute alors deux autres vœux :

i» A propos du système de notation de certains chants latins populaires.

Que si les éditeurs reproduisent, en appendice, séparé ou non, de leurs livres d'offices, certains chants populaires tels VAdeste, VO filii, et aussi quelques proses, toutes choses qui seront demandées par beaucoup, ce soit, rigoureusement, en notation musicale (fût-elle même non mesurée), afin de différencier ces chants, dès à première vue, du chant grégorien.

M. Dardaillon, organiste de la cathédrale de Meaux, empêché d'assister au Congrès, a envoyé une lettre où la même pensée est exprimée.

M. Gastoui£ dit que divers éditeurs, tels que MM. Poussielgue, Lethielleux, la Société d'éditions du chant grégorien, ont déjà, pour leurs publications, suivi le même principe. Les congressistes souhaitent qu'il soit appliqué par les autres éditeurs. Le vœu de M. Gousseau est adopté à l'unanimité.

20 Contre l'abus du sport.

L'usage du sport dans les œuvres paroissiales scolaires et postscolaires ayant manifestement, en maintes paroisses, éloigné les enfants de la maîtrise et les jeunes gens de l'assistance à certaines cérémonies religieuses populaires, comme, par exemple, les processions dominicales, les membres du Congrès, ne se plaçant qu'au point de vue musical, en dehors d'autres considérations religieuses qu'il serait facile d'invoquer, rappellent : d'une part, l'heureuse nécessité des voix d'enfants dans les maîtrises, d'autre part l'utilité et la beauté du chant populaire, et émettent le

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vœu, auprès de Nosseigneurs les Évèques, que, dans toute œuvre paroissiale, le sport soit officiellement réglementé en tenant compte des légitimes exigences des belles et fréquentes cérémonies du culte paroissial.

Tout le monde applaudit à la motion présentée par M. Gousseau, qu'après un échange de vues fort intéressant, M. l'abbé Tissier complète par le vœu suivant :

Le Congrès, considérant :

1° Que la musique en général et la musique sacrée en particulier jouissent d'un pouvoir éducateur indiscutable ;

2» Que la restauration de la religion catholique en France repose tout entière sur l'organisation paroissiale,

Émet le double voeu :

1» Que les patronages et catéchismes paroissiaux entrent résolument dans le mouvement de rénovation liturgique en introduisant dans leurs règlements l'enseignement du chant liturgique ;

2° Que les patronages participent à la liturgie paroissiale en faisant des offices paroissiaux leurs offices de règle.

Adopté à l'unanimité.

Plusieurs orateurs se rencontrent pour souhaiter une organisation sérieuse du chant dans tous les séminaires, grands et petits.

Un directeur de chant d'un grand séminaire de l'Ouest, empêché de venir au Congrès, présente ainsi ses impressions et le résultat de son expérience personnelle sur cette question :

A Monsieur Gastoué, Directeur du Congrès,

Permettez-moi d'émettre un vœu que j'estime d'une importance capitale. C'est que les membres du Congrès usent de toute leur influence pour empêcher qu'on ne nomme de simples séminaristes aux fonctions de maître de chapelle dans les grands séminaires. Or, je suis assuré que cela se fait en plusieurs diocèses. Comment voulez-vous qu'on ne blâme pas de pareils abus ? Je pourrais même vous citer des exemples révoltants ; tels de ces maîtres (?) de chapelle faisant exécuter par de seules voix d'hommes des morceaux à voix inégales etchoisissant pour leur programme des morceaux de beuglant I Voilà la formation que les séminaristes ont dans certains diocèses. Étonnez-vous, après cela, qu'on en entende de toute sorte dans les offices de paroisse.

Et la réflexion que je vous livre a d'autant plus de poids que je parle ici d'expérience personnelle, ayant été moi-même appelé à occuper le poste de maître de chapelle alors que j'étais simple séminariste, sans aucune formation musicale, n'ayant, pour justifier (?) ce choix, que la volonté de m'instruire et aussi le dégoût des fadaises musicales qui composaient alors le programme du séminaire.

Il vous souvient dans quelle nullité je me trouvais au point de vue musical, lorsque je suis allé prendre auprès de vous des leçons qui m'ont tant profité et dont je vous garde grande reconnaissance. J'en avais du moins conscience, et, voulant être au courant de la tâche qui m'avait été imposée, je me mis avec acharnement au travail, et c'est grâce à cela que j'ai pu arriver à quelque chose, mais non sans y avoir laissé une partie de ma santé. Je ne le regrette pas, puisque c'est pour la cause de la musique religieuse.

M. le Chanoine Chaminade, de Périgueux, dont on connaît la compétence en cette matière, envoie une lettre sur ce sujet ; lecture en est donnée par M. Borrei, :

La réforme du chant dans les séminaires.

On n'obtiendra de résultat vraiment pratique qu'en introduisant la réforme du chant dans les séminaires.

Le Molli proprio de igoS « ordonne aux Évèques : i" de faire cultiver avec soin et amour le chant grégorien dans les séminaires et établissements ecclésiastiques; 20 de favoriser, parmi les clercs, la fondation d'une Sclioh, en vue de l'exécution de la polyphonie sacrée et de la bonne musique liturgique ; 3° de faire apprendre aux clercs les principes et les règles de la musique sacrée, afin qu'ils ne quittent pas le séminaire dépourvus de toutes ces notions nécessaires aussi à la pleine culture ecclésiastique ».

11 est évident pour tout homme de bon sens que la réforme doit venir surtout du jeune clergé. Nous dirons même qu'elle doit naître, grandir et s'épanouir dans les séminaires. Le prêtre ne peut donner à ses paroissiens une éducation musicale qu'il n'a pas reçue lui même.

L'enseignement musical de nos établissements religieux a besoin d'être refondu.

Tout jeune prêtre, sortant du séminaire, devrait être apte à accompagner convenablement le chant grégorien, les cantiques et la musique de moyenne difficulté. Nous croyons qu'on peut obtenir ce résultat sans nuire aux études plus sérieuses auxquelles les prêires sont tenus par état de se consacrer. En d'autres pays, — dans l'archidiocèse de Malines, par exemple, — l'expérience a démontré que celte opinion n'a rien de chimérique.

Très loin de nous la hardiesse de vouloir trancher cette question éminemment délicate : à l'Autorité légitime seule, incombent le droit et le devoir de prendre les mesures qu'elle jugera nécessaire.

Mais il nous sera bien permis de résumer ici les vœux émis dans les divers Congrès de chant grégorien tenus à Rodez, Bordeaux, Reims, Arras, Strasbourg et aux Sablesd'Olonne :

1. Rétablir le chant sacré au rang des études classiques et théologiques.

2. Établir des compositions en plain-chant et en musique sacrée sur le même pied que les compositions en thèmes, versions, mathématiques, etc. Ce sont des matières ecclésiastiques non moins utiles que les autres. Ces compositions compteraient pour l'excellence à l'égal des autres. De plus, pour exciter l'émulation, on publierait dans la Semaine liturgique les noms de ceux qui auraient obtenu les premières places.

3. Obéissant à la voix de maints Conciles provinciaux, rétablir les examens bisannuels et ajouter les notes à celles des autres matières ecclésiastiques : ce ne serait que justice.

4. Avoir un programme précis et gradué, selon les cours, sous la direction d'un maître compétent. Il serait indispensable que les leçons fussent aussi nombreuses et aussi longues que celles des cours dits secondaires.

5. Fonder, dans les deux séminaires, une Sclwla qui exécuterait artistement les parties propres des offices, les morceaux polyphoniques, etc., et servirait ainsi de modèle à toute la communauté : choisir de préférence des morceaux peu compliqués, mais irréprochables.

6. Dans les classes et les exercices publics, exiger très sévèrement la bonne accentuation et la vraie prononciation romaine.

7. Recevoir et faire lire au réfectoire deux bonnes revues, l'une pour le plainchant et l'autre pour la musique sacrée, par exemple la Revue du chant grégorien de Grenoble et la Tribune de Saint-Geryais.

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8. Confier aux mains des élèves, pendant les temps libres, le plus grand nombre possible d'instruments à clavier, sous la direction et le contrôle d'un maître éclairé, qui éliminerait impitoyablement les méthodes défectueuses, les morceaux de mauvais goût, etc.

9. Fonder une société cécilienne qui étendrait peu à peu ses ramifications dans tous les diocèses.

10. Durant les retraites ecclésiastiques, établir une Schola qui exécuterait des morceaux choisis de plain-chant et de musique liturgique, et servirait ainsi d'exemple aux prêtres de la retraite.

11. De temps en temps, envoyer à la 5c /(o/a parisienne quelques élèves bien doués, pour y apprendre l'art du chant grégorien et de la musique sacrée.

Eugène Chaminade,

Chanoine honoraire,

Ancien maître de chapelle de Saint-Front.

M. PiRio rapporte, à ce propos, que les séminaristes de Vannes n'ont pas moins de 5o instruments à clavier à leur disposition !

M. Vandewalle, Directeur au grand séminaire de Cambrai, intéresse vivement l'auditoire, en montrant comment la plupart de ces desiderata sont devenus à Cambrai des réalités. Les vrais Congrès, là-bas, sont les retraites ecclésiastiques, les auditions de musique liturgique y sont de tout premier ordre. M. Vandewalle répète la sympathie particulière de S. G.Mgr Delamairk, coadjuteur de Cambrai, pour le Congrès et ses travaux.

M. l'abbé Gremillet préconise une réglementation plus sévère delà musique instrumentale, spécialement des fanfares, soit dans les collèges et patronages, soit surtout (qui le supposerait ?) dans certains petits séminaires ! Que l'amour du clinquant et du bruit n'élimine pas, avec le chant religieux, l'esprit de prière.

M. l'abbé Mignon fait remarquer que le Congrès de Reims, en 18114, avait déjà formulé des conclusions sur le même objet. On ne leur donna pas malheureusement un appui suffisant.

M. Raugel ajoute que le Motp proprio a aussi traité la question et propose de réimprimer le « Gode juridique de la musique sacrée » dans le compte rendu du Congrès ; cette proposition est adoptée à une forte rnajorité.

M. PiRio demande que l'on introduise dans les conférences décanales la lecture du M o tu proprio ^\xx la musique sacrée. Ce vœu est instamment recommandé à NN. SS. les Evéques.

M. Villetard demande l'institution de Congrès réguliers diocésains qui seraient préparés par des congrès cantonaux et d'arrondissement, eux-mêmes préparés par des journées liturgiques interparoissiales. Il y serait plus facile d'organiser dans la suite d'admirables congrès régionaux. M. Villetard alors propose la motion suivante :

Le Congros émet le vœu que NN. SS. les Évêques veuillent bien favoriser, partout où ce sera possible, la réunion de congrès diocésains de chant grégorien et de musique religieuse ; et pour préparer ces congrès, encourager de tout leur pouvoir l'initiative de ceux qui seraient en mesure d'organiser des journées liturgique interparoissiales.

Adopté.

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M. l'abbé Nolais, maître de chapelle de l'Ecole Saint-Paul de Cherbourg, a fait par lettre la même proposition.

M. l'abbé Sabouret, dans une lettre fort judicieuse, invite le Congrès à déplorer la mauvaise habitude de s'attarder partout aux messes de Du Mont, alors que l'Edition vaticane offre des trésors dont l'utilisation aurait bientôt le succès artistique et religieux qu'ils méritent :

Vous savez qu'on a introduit les messes de Du Mont dans un certain nombre de livres liturgiques.

C'est tout à fait regrettable. Il résulte de là que dans un grand nombre de paroisses, on ne chante plus les chants communs des diverses messes pour les divers temps de l'année ou pour certaines fêtes.

On ne chante plus la belle messe du temps pascal, la belle messe des fêtes du Saint-Sacrement et de la Sainte Vierge, les Kyrie, Sanctus et Agmis du Carême, etc.

Le Congrès fera bien de déplorer le mauvais usage qui s'est établi en tant d'églises de ne pas chanter autre chose que les messes de Du Mont et de laisser de côté les autres messes qui renferment tant de beautés.

Si on chantait ces messes liturgiques, les offices seraient beaucoup plus intéressants.

On pourrait donc émettre le Vivii qu'on chante pour la messe dominicale les diverses messes indiquées dans les livres liturgiques et qu'on ne se borne pas à chanter les messes de Du Mont.

Adopté.

M. iMuGNiER DE Beauchamp envoiL' une communication au sujet des messes « d'œuvres », dont les conclusions sont pareillement adoptées.

Les personnes qui y dirigent des chants, et sont souvent des dames ou des religieuses, choisissent des cantiques inconnus, qu'elles font exécuter par des jeunes filles à leur service. — Or, ces cantiques ne disent rien et comme paroles et comme musique : les paroles prêtent souvent à double sens. On ne chante jamais, ou rarement, le Credo — ce qui se fait cependant dans les paroisses.

Ne pourrait-on pas à ces messes basses imposer d'abord le chant du Credo '.' quoi de plus imposant quand il est chanté par la masse des fidèles ?

Ne pourrait-on pas réglementer le choix des cantiques ?

Dans certaines chapelles, les jours de fêtes ou quand des circonstances particulières le demandent, on chante la grand'messe, quelquefois en musique. Or, il arrive qu'à l'offertoire ces mêmes cantiques sont chantés, à 2 ou 3 voix, fatiguant ainsi l'auditoire et ne disant rien ; on les chante en français, le Saint-Sacrement étant même exposé !

Ne pourrait-on pas imposer des morceaux latins ? Le choix ne manque pas et l'office aurait un caractère plus grandiose.

■ M. BouTROux demande que les éditeurs fassent de grandes feuilles ou tableaux, destinés à remplacer les in-folio des lutrins, là où ils sont en usane.

- lo; -

Vœu relatif à l'impression de tableaux de chant destinés à la lecture

collective.

La magnifique restauration du chant grégorien qui a été accomplie dans ces der-

i nière années a entraîné une conséquence matérielle qui se trouve être défavorable

à la bonne exécution du chant liturgique : c'est l'abandon des anciens antiphonaires

ou graduels in-folio qui se posaient sur un lutrin, et où tous les chantres lisaient

simultanément.

Ces livres, nécessairement rejetés, n'ont pu être remplacés par des livres semblables extérieurement, pour le format et les dimensions de caractères ou des notes, puisque l'on n'avait pas d'éditions définitives. On a donc pris l'habitude de mettre entre les mains de chaque personne qui chante un petit livre qu'elle lit à part. Il y a bien un directeur du chant qui indique rythme et nuances par de savants mouvements; mais, au lieu de le regarder, chaque exécutant a les yeux fixés sur son livre, et chante comme s'il n'y avait aucune direction : quand le maître indique une tliésis on chante tranquillement une arsis ; les attaques, au lieu d'être simultanées, sont successives ; les chanteurs suivent, non passibus acquis, celui d'entre eux qui a le plus d'assurance : si l'on s'arrête trop longtemps à une pause, le directeur peut encore hâter l'attaque ; mais il n'a aucun pouvoir pour empêcher d'attaquer trop tôt.

Cette description, bien entendu, ne s'applique pas aux chœurs bien formés ; mais ceux-ci ne sont pas les plus nombreux.

En somme, la lecture individuelle supprime presque complètement l'influence de celui qui dirige les chœurs composés de chanteurs médiocres ; tandis que si les mêmes chanteurs lisaient tous ensemble sur le même papier, les mouvements du directeur, placés dans le champ de la vision de tous les yeux dirigés vers ce papier, seraient bien aperçus et contribueraient efficacement à obtenir un rythme correct et de l'unité dans l'exécution.

Les livres portatifs, les petite feuilles volantes, qui ont, je crois, et il faut s'en féliciter, un succès croissant auprès du public, sont excellents pour le chant des fidèles, et ne sauraient être trop encouragés pour cette application ; mais pour le chant du chœur, il en est tout autrement.

Cependant il est encore impossible de remplacer les gros livres d'autrefois par des livres de même format, conformes à l'édition Vaticane, et il est bien probable qu'aujourd'hui qu'on en est déshabitué, des livres si volumineux et si lourds paraîtraient bien incommodes.

Mais ce qu'il serait facile de faire dès maintenant, pour l'usage spécial des chœurs de chant, ce sont des tableaux détachés, contenant chacun une seule ou deux pièces, tout entières sur une seule face, imprimées en notes et caractères assez gros pour pouvoir être lus par tout le chœur à la fois. Ces tableaux seraient collés sur une feuille de carton mince de manière à être suffisamment rigides. On les poserait sur un pupitre mobile. Pour huit à dix petits garçons rangés en arc de cercle, un tableau pourrait avoir 36 centimètres de haut sur 46 de large.

Ces tableaux seraient collectionnés et classés dans des cartons ad hoc. Ils joueraient à peu près le même rôle que les « petites feuilles grégoriennes », à cette différence près qu'ils seraient destinés à la lecture collective et non à la lecture individuelle.

On y imprimerait les chants destinés au chœur : chants du Kyriale, proses, antiennes à la Sainte Vierge, hymnes, chants des saluts, etc.. On ne devrait jamais avoir à changer de tableau pendant l'exécution d'une pièce.

Avant chaque office, le maître de chœur réunirait tous les tableaux nécessaires et les placerait dans l'ordre voulu sur le pupitre. On éviterait ainsi les pertes de temps et les risques d'erreurs qui résultent ordinairement des recherches faites dans les livres au moment de l'exécution.

Il semble inutile d'insister pour montrer que cette organisation matérielle permettrait d'obtenir, avec des chanteurs donnés, le maximum d'homogénéité et de correction dans le chant qu'on en puisse attendre.

Je propose donc au Congrès d'émettre le vœu que les maisons d'édition impriment des tableaux conformes à la description qui vient d'être donnée, en variant le format suivant le nombre des personnes qui doivent chanter ensemble.

Léon Boutroux, Professeur à l'Université de Besançon

Sur cette motion, les avis sont partagés ; beaucoup craignent des difficultés d'ordre pratique auxquelles se heurteraient la réalisation de ce projet. Le Congrès ne s'est donc point prononcé sur cette question.

M. Bonnet rappelle que [es Atxhii'es des mailfcs de l'orgue, publiées par les soins d'A. Guilmant et Pirro, devraient se trouver sur le pupitre de tous les organistes.

M. le chanoine Laurent encourage ceux-ci à refuser énergiquement — à l'exemple de tel ou tel, à Paris même — déjouer à l'église tout morceau dont la place serait plutôt au théâtre ou au concert que dans le sanctuaire.

MM. Bellenot et Tremblay s'élèvent justement contre les transcriptions audacieuses qui dénaturent les œuvres des maîtres, en y adaptant des paroles diverses.

M, Letocart souhaite que les maîtres de chapelle de la région parisienne puissent se réunir plus souvent pour s'éclairer et se fortifier mutuellement dans la lutte contre la routine et autres moindres obstacles.

Enfin, pour clôturer ces superbes et réconfortantes assises des amis de l'art religieux, M. Gastoué annonce qu'il vient de recevoir de Rome une dépêche de Son Éminence le Cardinal Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté, en réponse à l'adresse envoyée au Saint-Père, au nom des Congressistes, par le Comité d'initiative. Toute l'assistance se lève pour en écouter la lecture, qui est suivie d'applaudissements enthousiastes.

A Monsieur A. Gastoué, Directeur du Congrès parisien de musique sacrée, Membre de la Commission pontificale pour l'édition Vaticane du chant grégorien.

Saint Père, agréant volontiers hommage filial et dévouement Membres Commission pontificale Édition vaticane et Membres Congrès régional de chant grégorien et musique sacrée, réunis à Paris, les encourage à travailler restauration musique sacrée, envoie de tout cœur la bénédiction apostolique à vous-même, Congressistes et pour trâVcLUx

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