Rappel de l'explication du ji
3. Voir mes Origines du chant romain, p. iiîr, et ma Musique d'église, p. -29.
sicut ordinatur | ou ordinantur ] ' ni organo. Habebunt enim tune sancti Dei differentias suas consonantes, non dissonantes, id est consentientes, non dissentientes,sicutfitsuavissimus concentus ex diversis quidam, sed non inter se adversis sonis.
seules, mais qu'elles consonnent d'une diversité concordante, de la manière qu'elles sont combinées dans 1' « organum » (instrument) [ ou comme cela se fait sur l'orgue ] '. Car les saints de Dieu auront alors aussi leurs différences consonantes, et non dissonantes, c'est-à-dire s'accordant, et non pas s'opposant, comme en un très suave concert de sons, divers à la vérité, mais qui, entre eux, ne sont point opposés.
I. Ordinatur ou ordinantur ? Cela change le sens de la phrase et mériterait une petite étude musico-lexicologique ; je remercie ici mon ami Maurice Emmanuel d'avoir bien voulu, à ce sujet, consulter deux maîtres de la philologie latine, MM. L. Havet et P. Lejay. Or, la grammaire, et vraisemblablement le sens voulu par saint Augustin, demandent ordinantur : il s'agit de la façon dont les cordes « sont disposées sur l'instrument ». Il est à peine besoin de faire remarquer à nouveau qu'il ne faut pas lire « sur l'orgue », d'abord parce qu'il n'existe point d' « orgue à cordes », et ensuite parce que le prédicateur a pris soin, précédemment, d'avertir qu'il emploie « organum » dans le « sens général d'instrument de musique ». La question semblerait donc réglée ; mais les commentateurs du même ps. cl venus après saint Augustin, et qui connaissaient son texte, paraissent avoir compris qu'il s'agissait ici de l'orgue, et ont lu ordinatur, « ainsi que cela se fait sur l'orgue ». (Cf. kvaA\i\Të, de Ecclesiasticis officiis, 1. Il, c. m. [Patr. Lit., t. CV, col. 1107.)
Le sens du passage peut donc rester douteux. Si on lit le pluriel, saint .'Vugustin fait allusion au jeu de deux parties au moins sur les instruments à cordes, en usage dans toute l'antiquité. (Cf. M. Emmanuel, Histoire de la langue musicale, I.) Si on lit le singulier, il s'agit de l'orgue : dans ce cas (que ce soit le sens de saint Augustin ou celui des commentateurs), c'est l'allusion la plus ancienne, je crois, au jeu de deux (ou plusieurs ?) parties sur cet instrument.
(( PLUS PRÈS DE TOI, MON DIEU !
Quelle mélodie chantèrent les naufragés ?
L'admirable exemple de foi religieuse, de discipline, d'empire sur soi-même, donné il y a quelques mois par les victimes du Titanic, fut, comme chacun le sait, accompagné et soutenu de l'exécution d'un cantique anglais, dont les paroles sont, paraît-il, bien connues et goûtées, par delà le détroit.
Ce fut après une dernière messe, célébrée dans un des salons du navire, par le Révérend Byle, curé catholique d'une paroisse de Londres, assisté d'un pauvre prêtre lithuanien qui accompagnait les émigrants ^ ; des allocutions des deux prêtres suivirent cette messe d'une grandeur unique et tragique, et c'est alors, comme l'ont rapporté des survivants de l'horrible catastrophe, que le capitaine donna à l'orchestre du bord l'ordre d'entonner le cantique Nearer, my God, to Thee ! que passagers et équipage continuèrent, pour aider la méditation suprême de ceux qui, sous la dernière absolution des deux prêtres, allaient, en pleine vie, passer brusquement, dans un calme merveilleux, de ce monde à l'autre...
Lorsque fut connu l'épisode de cette tin dramatique, où la musique religieuse eut ainsi l'un de ses rôles les meilleurs, 1' « hymn » Nearer, my God, to Thee ! devint un instant célèbre. On en chercha les paroles et la mélodie : on voulut l'exécuter dans les concerts et dans les services funèbres ; on désira la jouer ou la chanter. Malheureusement, la spéculation, qui ne perd jamais ses droits, trouva le moyen d'intervenir, et, de droite et de gauche, d'honnêtes marchands mirent en vente, à qui mieux mieux, paroles françaises et anglaises, et musique « authentique », du Plus près de loi, mon Dieu ! Le succès n'en est pas épuisé.
Or, à mon grand étonnement, la première partition qui m'en tomba entre les mains, donnait, à l'air de ce chant anglais, un compositeur français ; la mélodie, d'ailleurs intéressante, ne me paraissait nullement avoir le caractère d'une pièce populaire de là-bas. J'en reproduis scrupuleusement le titre et les premières mesures.
Voir la revue l'Eucharistie, n" du i6 mai 1912, p. 157.
Hymne exécuté à bord du Titanic, dans la nuit du [4 avril 191 Plus près de toi, Mon Dieu
Hymne exécuté dans la nuit du 14 Avril 1912
par Messieurs :
W. Harti.ey, chef d'Orchestre (Anglais).
J. Clarke
J. Hume (Anglais)