‹ Variations sur la musique d'égliseChapitre 7 sur 48 · Louez-le ourles cymbales bien résonnantes · texte numérisé non relu

Louez-le ourles cymbales bien résonnantes

louez-le sur les cymbales joyeuses.

Que toute âme loue le Seigneur !

Ainsi donc, ce psaume magnifique offrait matière aux élucidations musicales, puisqu'il est lui-même une allusion presque perpétuelle à la musique. Saint Augustin n'a pas manqué à le faire. On m'excusera de ne pas reprendre en détail toute son enarratio : cela serait ici trop long.

Bornons-nous à la seconde partie du verset 4 : laudate eitm in cordis et oj'gano, « louez-le sur les cordes et sur l'orgue » -.

1. Les auteurs ont varié sur l'explication de ce mot. Les uns n'y voient que le chœur des voix chantant ensemble ; les autres, l'instrument appelé du même nom, et dont la description correspond à la musette : une outre enflée par le souffle, et percée de deux tuyaux, dont l'un transmet l'air, l'autre sert à jouer. C'est du moins l'explication que donne Raban Maur, de Universo, 1. XVIII (Patr. lat., t. CXI, col.

2. Nous nous servons de l'édition classique de saint Augustin donnée par les Bénédictins de Saint-Maur, en soulignant ou en mettant mieux en relief, par alinéas ou par ponctuation, les divisions du texte, qu'on trouvera aussi reproduit dans la Patrologie latine, t. XXXVI-XXXVII, co'. 1964.

Un peu plus haut, au f. 3, in psalterio et cithara, l'auteur a parlé déjà d'instruments à cordes, en faisant remarquer que la résonance des cordes est amplifiée, tantôt, comme dans l'un, par la traverse supérieure où sont attachées les cordes, tantôt, comme dans la seconde, par la caisse sonore sur laquelle elles sont tendues, boîte de résonance inférieure 1. Saint Augustin en avait tiré une image symbolique, destinée à frapper son auditoire, des résonances spirituelles de l'âme, in superioribus et in inferioribus.

Voici maintenant la première partie du passage qui nous occupe :

Laudate eum in cordis et organo. Ps. cl, ^. 4.

Cordas habet et psalterium et cithara. Le psaltérion et la cithare, dont on a

quaesuperius comraemorata sunt. Orga- parlé plus haut, ont des cordes. Pour le

num autem, générale estnomen omnium mot organum, c'est le nom général de

vasorum musicorum, quamvis jam obti- tous les instruments de musique, bien que

nuerit consuetudo ut organa proprie l'usage ait prévalu de nommer plus pro-

dicantur ea quae inflatur foUibus {quod prement organum [orgue ] ceux que l'air

genus significatum hic esse non arbitrer). pénètre par le moyen de soufflets (je ne

Nam cum organum vocabulum graecum pense pas que ce soit le genre désigné ici).

sit, ut dixi, générale omnibus musicis Car, bien qu organum soit un terme

instrumentis, hoc cui folles adhibentur, grec, qui, ainsi l'ai-je dit, est le nomgé-

alio Graeci nomine appellant ; ut autem néral de tous les instrumentsde musique,

organum dicatur, magis Iatina,et ea vul- celui qui a des soufflets est appelé d'un

garis est consuetudo. autre nom par les Grecs; mais le nommer

organum est la coutume beaucoup plus latine et répandue.

Le prédicateur, qui est renseigné, — et tient à le montrer aux auditeurs, — signale l'amphibologie du terme organum. En grec, en effet, l'équivalent cîpvxvov signifie seulement 07-^a»e ou instrument ; Mn. yiQVi plus loin, à l'explication du dernier verset, saint Augustin l'emploiera dans ce même sens : voce, tit est per fauces et arteria, sive organo aliqiio cantantis hoininis, « la voix [est mise en mouvement] par la gorge et les muscles, ou tout autre organe de l'homme qui chante ». Donc, premier sens du mot.

Deuxième sens : l'instrument à soufflet. L'évèque prévient qu'il ne croit pas qu'il s'agisse ici, au i. 4, de cet instrument, car les Grecs ont un autre terme pour le désigner (évidemment, il a en vue la distinction des orgues hy drailles et pneumatiques). Or, ce qu'il est bon de savoir, et justifie cette remarque de saint Augustin, c'est que le psautier dont il se sert est traduit sur la version grecque des Septante : si cette version avait désigné l'instrument àsoufflets, elle auraiteu évidemment non point £V ôoyàyw, — que le translateur a rendu simplement parl'équivalent latin in organo, — mais l'un des deux autres vocables. Donc, du moment que le texte latin, reproduisant fidèlement le grec, dit organo, il ne faut pas prendre ce mot, dans ce passage, d'après son acception usuelle et res-

I. La cithare était un instrument de la famille des mandolines : le nom, et en partie la forme, sont d'ailleurs conservés dans la « guitare ».

treinte bien que latine, mais, troisième sens du mot, dans la signification générale d'iNSTRUMENT de musique, sans autre désignation.

C'est de cela que saint Augustin prévient ses auditeurs : en employant ici, comme dans le psaume qu'il explique, le vocable organuni, il n'entend pas parler d'un « orgue », mais d'un autre « instrument ». Et cela rend claire toute la seconde partie de ce passage, qui sans cela deviendrait inintelligible :

Quod ergo ait, in cordis et organo, vi- Si le psalmiste dit i)i cordis et organo,

detur mihi aliquod organum quod cor- ilme paraitqu'il a voulu parler de quelque das habet' significare voluisse : non enim organum [ := instrument ] àcordes ' : car sola psalteria et cithara cordas babent. il n'y a pas que les seuls psaltérions et ci- Sed quia in psaltcrio et cithara -, propter thares qui aient des cordes. Mais comme sonum ab inferioribus et superioribus, dans in psalterio et cithara ^, à cause du inventum est aliquid quod secundum son qui résonne soit dans la partie inféhanc distinctionem potest intelligi.aiiud rieure, soit dans la partie supérieure, on nos in ipsis cordis quaerere admonuit: adéjàtrouvéquelque [allusion] qui puisse quia et ipsae sunt caro, sed jam a corru- être inspirée par cette différence, il a ptione liberata. voulu nous avertir ici de chercher autre

chose à propos de ces mêmes cordes :

c'est qu'elles sont en effet de la chair, mais une chair délivrée de la corruption.

Évidemment, le symbolisme paraîtra à nos contemporains d'un goût bizarre ; des cordes à boj'aux séchées, image des corps glorifiés, forment des concelti un peu trop recherchés; il est probable que cela convenait à l'esprit des marins de Carthage. Et Dieu sait si les prédicateurs populaires, à quelque époque que ce soit, se sont privés d'images excentriques !

D'ailleurs, au temps même de saint Augustin, le célèbre sermon De promissionibus Dei établit des comparaisons entre les âmes des saints

et les accents aigus, graves et circonflexes servant à la musique,

allusion aux neumes primitifs. Le même sermon contient, un peu plus loin, une comparaison entre l'Eglise chrétienne et un orgue : les saints étant symbolisés par les tuyaux, le Verbe divin est le souffieur, et l'Esprit-Saint est l'air qui fait vibrer l'instrument ■''. C'est donc une comparaison du même ordre quecelledu Docteurd'Hippone, et.si l'une n'a pas inspiré l'autre, elles procèdent à coup sûr d'une même idée, proviennent peut-être d'une même source. Et l'on va voir que l'idée, triviale déprime abord, va servir à élever très haut l'esprit.

En effet, « délivrées de la corruption », si ces cordes sont aptes à vibrer, ce n'est jusqu'ici que séparément :

Quibus f'ortasse ideo addidit « orga- C'est probablement pour cela que le

num» non ut singulae sonent, sed ut psalmiste leur a adjoint le mot « orgadiversitate concordissima consonent, num », ahn qu'elles ne sonnent pas

1. Ce serait rendre le texte incompréhensible que de traduire « orgue à cordes». \J'e\pT&%sïon aliquod organum, « quelque instrument », revient dans le passage du y. 8 cité plus haut, organo aliquo, avec le sens bien net d' » instrument » ou « organe ».

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