TERRE D OC
Je n'y suis point allé. Luchonest un peu comme Naples : un décor pour la jeunesse.
... J'avais pris en amitié un innocent qui venait de loin, à travers la montagne, pour faire à Luchon sa saison de mendiant. Il s'appelait Joseph, il avait une face de gargouille. Je le faisais mettre à côté de moi dans une charrette anglaise, et nous courions les routes. Dans la Vallée du Lys, on nous servait, devant l'auberge, un succulent foie d'oie. Joseph cherchait dans sa poche son petit couteau, et il mangeait fort sagement...
< Chaque village, dit Pouvillon, a ses goitreux, ses innocents, qui gloussent en se dandinant, la main tendue pour l'aumône ».
Puis il raconte comment, à l'entrée du val de Burbe, il rencontra au bord d'un fossé, accroupie dans l'herbe, une vieille édentée. Elle était sortie pour faire sa provision de bois ; mais, ses forces l'ayant trahie, elle se laissa choir avec sa cognée. La vieille gisait, haletante, cherchant à écarter les mouches logées ail creux de ses larmiers. La vieille se lamentait : son mari était tombé dans un précipice, son fds avait disparu dans une tourmente de neige, et elle restait seule et pauvre.
« Cette rencontre, dit Pouvillon, m'a gâté le paysage. J'en veux au soleil d'éclairer tant de détresse, j'en veux aux fleurs de déguiser tant de noirceur. >
C'est fort bien ; mais il ne faut pas trop déranger la Nature.
l'kPITAPUIÎ de RABELAIS 141