COMMENT MOURUT PAUL AKÈNE
la chambre, dépouille légère, comme celle d'une cigale.
Il était venu à Paris fort jeune. Il y avait vécu pendant des années, par l'esprit, par le cœur. Mais il regrettait toujours ses campagnes natales et les flots de sa Durance.
Paris est dur; il ne consent pas à être aimé à moitié. Paris a tué Paul Arène.
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PONGHON
Les lecteurs de journaux connaissent bien Raoul Ponction par ses délicieuses autant que copieuses gazettes rimées. Ils les lisent sans doute avec plaisir, au café, en sirotant leur verre, puis ils passent. Cependant, tous les lettrés savent depuis longtemps que Raoul Ponchon est un véritable grand poète.
L'harmonie continue, la variété, le charme aérien, l'expression vive ; l'instinct, le sentiment intime, la manière la plus animée; la justesse, la solidité, la netteté ; le bon sens dans le feu et dans la véhémence; le brillant, le piquant sans l'artifice : — la Muse de Ponchon possède tout cela.
Et quel tour dans le badinage I chez ce poète dont la hardiesse s'échappe toujours des surprises du faux goût.
Au xvir siècle, le conteur Préfontaine a crayonné les traits au poète extravagant.
Vêtu d'un pourpoint de satin blanc moucheté, d'un haut de chausse de drap noir, d'une roupille de serge couleur de musc, un chapeau de castor gris et des bas de soie jaunes, le personnage s'attable au cabaret pour boire. Bientôt il tire de sa poche des morceaux de papier gras couverts de madrigaux et de bouts-rimés: vers brouillés et impotents. Puis il allume sa pipe, et des nuages d'une fumée épaisse l'enveloppent comme un dieu.
11 a des propos outrecuidants. Il s'écrie, par exemple :
— Hasardons le paquet, poussons notre mérite, et faisons-nous admirer partout !...
Insouciant et sans entraves, Ponchon n'est ni un extravagant ni un bohème. Sa parole est réservée, sa vie est transparente.
C'est un homme qui peut aller le nez levé, comme on dit. Aussi le fait-il en marchant.
GOMEZ GARRILLO
Gertain jour de l'année 1891 , j'ai reçu la visite d'un tout jeune homme, à peine sorti de l'adolescence, qui venait me parler de son admiration pour mon recueil de poésies : Le Pèlerin passionne. C'était un Espagnol d'Amérique, de cette race charmante qui fit refleurir là-bas les grâces sévères des Castilles. 11 s'appelait Gomez Garrillo, et ce nom est maintenant connu des Parisiens.
Garrillo aime à passer sa vie à Paris, cependant, il coupe volontiers son séjour dans notre ville d'une promenade soudaine à Madrid ou à Grenade, et même de quelque voyage d'outre-mer.
G'est ainsi qu'il alla j usqu'à Tokio au moment de la guerre. Il en rapporta des impressions originales et colorées.
GOMEZ CARRILLO 217
Cet Espagnol du Nouveau- M onde, encore que très moderne, boulevardier et cosmopolite, n'a pas rompu néanmoins les liens qui rattachent à ses origines; et, par son esprit, comme par son cœur, il fait songer, plus d'une fois, aux personnages de Cervantes, à ce gentil bachelier Garrasco et à ce fantasque licencié Vidriéra.
xVu demeurant, Garrillo est un beau cavalier qui sait parler aux femmes, et qui met l'épée à la main, à la première occasion et avec une jolie désinvolture.
Dans un de ses ouvrages, Garrillo classe, au point de vue de Tart, le rire d'une grande actrice espagnole, ^Madame Maria Guerrero. Ce rire, il le préfère à la célèbre agonie de Sada Yacco, et il a raison lorsqu'il soutient que l'agonie a peu d'importance esthétique et que le rire est bien plus admirable. Mais un certain rire : il faut apprendre à rire divinement, comme le voulait Nietzsche.
J'eus le plaisir d'admirer à Paris, il y a quelques années. Maria Guerrero dans les comédies de Lope de Vega. Elle était toute l'Espagne, la vraie Espagne, qui nous apparaît, cer-
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tes, pleine de délicatesse dans sa gravité, et que nos romantiques ne laissèrent pas, malgré leur génie, de couvrir d'oripeaux criards et de rendre populacière.
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