LES MAITRESSES OES POÈTES AU XVI' SIÈCLE
Les poètes du seizième siècle et du commencement du dix-septième ont chanté, comme on sait, leurs amours en d’innombrables sonnets. C’était la mode alors, et cette mode a subsisté pendant plus d’un demi-siècle. Voici une liste assez longue (elle est loin toutefois d’être complète) des noms plus ou moins singuliers que nos anciens rimeurs ont donnés à leurs maîtresses, soit réelles, soit imaginaires.
Du Bellay, le premier, en 1349, écrivit des sonnets (au nombre de cent quinze) pour une belle qu’il nomma Olive (anagramme de Viole), et son exemple fut suivi par la nouvelle école dont il était un des chefs avec Pierre de Ronsard. Ce fut alors un véritable déluge de sonnets érotiques. Antoine de Baïf chanta sur ce mètre aux rigoureuses lois , comme dit Boileau, les louanges
de Francine et de Meline; Remy Belleau, celles
de Catin (voir la Bergerie, deuxième journée); Jodelle, celles de Délie; Pontus de Tyard, celles de Pasithée ; Amadis Jamyn, celles d’Oriane, de Callirée et d’Artémis; Ronsard, enfin, le chef de la Pléiade, celles de Cassandre, de Marie et d’Hélène. G. des Autels, mauvais imitateur de Rabelais dans sa Mythistoire baragouyne de Fanfreluche et Gaudichon, donna à sa maltresse le nom de Sainte; Desportes loua dans ses vers Diane, Hippolyte et Cléonice; Gilles Durant, le gracieux traducteur de la Pancharis de son ami Bonnefons, célébra pour son propre compte Charlotte et Camille; FlaminiodeBirague chanta Marie; Nicolas Ellain, Pandore; Jacques Grevin, Olimpe; Louis le Caron, le grave jurisconsulte, Claire; Olivier de Magny, Castianire.
Du Monin, le poète amphigourique, mort assassiné à l'âge de vingt- neuf ans, célébra Rondelette; Nie. Debaste, Janne; Cl. de Buttet, le Savoisien, Amalthèe; Guy de Tours, Ente (voir le Pourtraict de son Ente, en vingt-neuf sonnets), Anne, Nérée, Claude ; Tahureau, le Parny du seizième siècle, comme l’appelle M. Sainte- Beuve, donna à sa beauté le nom d ’ Admirée; Jean Godard, celui de Flore; Paul Ferry, celui d’Isabelle; Courtin de Cissé, le traducteur de Synesius, celui de Rosine; et Philibert Bugnyon, celui de Gelasine. Pierre de Cornu, dans des