LES TOUCHES DE TABOUROT
Tout le monde connaît les Bigarrures et Touches du seigneur des Accords, dont il existe un grand nombre d’éditions (dans ces éditions, les Touches forment un seul livre); mais ce qu’on connaît sans doute moins, ce sont les Touches en cinq livres. Nous avons sous les yeux un exemplaire complet de ce curieux recueil de vers de Tabourot, et nous croyons utile d’en donner ici une description bibliographique. ^
Les Touches sont, comme on sait, un recueil d’épigrammes généralement piquantes, mais parfois trop libres. Bayle a jugé fort bien les Touches en disant : « C’est un recueil de poésies ingénieuses à la vérité, mais la plupart sur des matières obscènes, et qu’il (Tabourot) traitait trop librement, selon la mauvaise coutume d’alors. »
Ceci dit, donnons le titre exact des cinq livres des Touches.
Les Touches du seigneur des Accords, premier livre (second et troisième), dédié à Pontus de
LES TOUCHES DE TABOUROT. lil
Tyard, seigneur de Bissy, évesque de Châlon.
A Paris, chez Jean Richer, rue Saint- Jean de Latran, à l’Arbre verdoiant, 1586, avec privilège du roy; in-12 de 123 feuillets, plus un feuillet non chiffré pour le privilège (le privilège est du 23 octobre 1585)
Le second livre commence au feuillet 57 et est dédié à Eslienne Pasquier , advocat du roy en sa chambre des comptes , « Paris; le troisième est dédié à Simon Nicolas . secrétaire du roy, de la maison et coronne de France et de ses finances; il commence au feuillet 94.
Dans la dédicace à Pontus de Tyard (datée de Verdun-sur-Saône, du 10 octobre 1585), se lisent quelques détails sur la composition des Touches, qu’il est bon de rapporter : « Monsieur (dit Ta- « bourot à Pontus de Tyard), depuis la my aoust « dernière, tant à cause de la levée de nostre « cour de parlement que du danger de peste qui, « par une maligne influence, a autant affligé « nostre ville de Dijon que plusieurs autres de ce « royaume, comme je me retirois à Verdun (si « proche de vostre maison de Bragny qu’il n’y a « que la Saône à passer), vostre honnesteté me
1 Bayle, dans son Dictionnaire historique, au mot des Accords, (lettre A), et Brunet ( Manuel du libraire, 4* édition, t. IV, p. 828), indiquent une édition de 1585.
« surprit au passage et contraignit de séjourner o dix ou douze jours auprès de vous où il me fut « bien aisé de tromper mon ennuy par la com- « munication familière de vos beaux discours et « de vostre estude. Tellement que je m’estimay a bien heureux d’avoir un si agréable malheur « qui me faisoit jouir de vostre présence en « un si gracieux séjour, pendant lequel mon « esprit rasséréné et plus gaillard que de cou- « tume se mit à dresser quelque léger épigramme, « plus pour esbat qu’en intention de leur faire « voir la lumière. Et depuis, estant à Verdun « avec ma famille, je continuay de vous en porter « un chacun jour, de sorte qu’en deux mois « (comme vous en pouve estre asseuré témoing), « j’ay basli ces trois livics et iceux surnommés « du nom de Touches, qui est assez propre pour « le sujet qu’elles traitent. Car c’est une espèce « de légère escrime où, avec l’espée rabattue, « je donne simplement une touche qui perce à « grand’peine la peau et ne peut vivement euta- « mer la chair... En ce qui concerne le sujet du « livre, je confesse ingénument que j’ay pillé des « Grecs, Latins et François, jusques aux plus vul- « gaires, beaucoup d’inventions, voire presque la « moitié, mais je n’ay point expressément voulu « mettre pris de tel ny tel, afin de tenir en haie leine nos envieux, qui ne louent que ce qui est