STANCES D’ANNE DE ROHAN
Sur le irespas de Henry le Grand roy de France et de Na carre.
Quoy 1 faut il que Henry, ce redoubté monarque, Cedomteur des humains soit domté par la Parque, Que l’œil qui veit sa gloire, ores voye sa fin?
Que le noslre pour luy incessamment dégoutté,
Et que si peu de terre enferme dans son sein Celuy qui meritoit de la posséder toute ?
Quoj l faut il qu’à jamais nos joyes soient esteintes, Que nos chants et nosris soient convertis en plaintes, Qu’au lieu denostre Roy le deuil régné en ces lieux. Que la douleur cous poigne et le regret nous serre, Que sans fin nos soupirs montent dedans les cieux, Que sans espoir nos pleurs descendent sur la terre?
Il le faut, on le doit, et que pouvons nous rendre Que des pleurs assidus à cette auguste cendre?
Arrosons à jamais son triste marbre blanc.
Non, non, plus tost quittons ces inutiles armes. Mais puisqu’il fut pour nous prodigue de son sang, Serions-nous bien pour luy avares de nos larmes?
Quand bien nos yeux seroient convertis en fontaines, Ils ne sçauroicnt noyer la moindre de nos peines; On espanche des pleurs pour un simple meschef, Un devoir trop commun bien souvent peu s’estime ; 11 faut doncques mourir au pied de nostre chef : Son tombeau soit l’autel et nos corps la victime.
Mais qui pourroit mourir? Les Parques filandières. Desdaignent de toucher à nos moites paupières Ayans fermé les yeux du Prince des guerriers : Alropos de sa proye est par trop glorieuse ;
Elle peut bien changer ses cyprès en lauriers, Puisque de ce vainqueur elle est victorieuse.
Puisqu’il nous faut encore et soupirer et vivre, Puisque la Parque fuit ceux qui la veulent suivre, Vivons donc en plaignant nostre rigoureux sort, Nostre bonheur perdu, nostre jove ravie, Lamentons, soupirons, et jusques à la mort Tesmoignons qu’en vivant nous pleurons nostre vie.
Plaignons, pleurons sans tin cet esprit admirable, Ce jugement parfait, cette humeur agréable,
Cet Hercule sans pair aussi bien que sans peur, Tant de perfections qu’en louant on soupire,
Qui pouvoient asservir le monde à sa valeur Si sa rare équité n’eust borné son empire.
Regrettons, soupirons cette sage prudence.
Cette exlresmc bonté, cette rare vaillance,
Ce cœur qui se pouvoit fléchir et non domter, Vertus de qui la perte est à nous tant amère,
Et que je puis plus tost admirer que chanter, Puisqu’à ce grand Achille il faudroit un Homère.
Mais parmi ces vertus par mes vers publiées, Lairrons nous sa clémence au rang des oubliées Qui seulement avoit le pardon pour objet.
Pardon qui rarement au cœur des Roys se treuve? En parle l’ennemy, non le loyal subjet,
En fasse le récit qui en a fait l’espreuve.
Pourroit on bien conter le nombre de ses gloires? Pourroit on bien nombrer ses insignes victoires? Non, d’un si grand discours le dessein est trop haut. On doit louer sans fin ce qu’on ne peut descrire :
11 faut humble se taire, ou parler comme il faut,
Et celuy ne dit rien qui ne peut assez dire.
Ce Mars dont les vertus furent jadis sans nombre. Et que nul n’esgalloit, est esgal à une ombre :
Le fort a ressenty d’Atropos les efforts.
Le vainqueur est gisant dessous la froide lame,
Et le fer infernal qui luy perça le corps
Fait qu’une aspre douleur nous perce à jamais l’ame.
Jadis pour ses beaux faits nous devions nos testes ; L’ombre deses lauriers nous gardoit des tempestes, La fin de ses combats finissoit notre effrov,
Nous nous prisions tous seuls, nous mesprisions les Eslans plus glorieux d’estre suhjets du Roy [autres, Que si les autres Roys eussent esté les noslres.
Maintenant nostre gloire est à jamais ternie, Maintenant nostre joye est pour jamais finie :
Les lys sont atterrés et nous avecques eux.
Daphné baisse chclive en terre son visage,
Et semble par son geste humble autant que piteux Ou couronner sa tombe, ou bien luy faire hommage.
France, pleure ton Roy qu’un noir cachot enserre, Roy florissant en paix, victorieux en guerre,
Qui des tiens conservoit les biens, les libertés, Jette sans fin des cris et des larmes non feintes Jusques au bout du monde; aux lieux plus escartés Où resonnoient ses faits, fais resonner tes plaintes.
Modelle de l’honneur et l’honneur de la France, Rovne des lys françois, parmy tant de souffrance Vostre pleur est sans fin, vostre cœur sans confort, Et le regret cuisant dont vostre ame est suivie Vous fait aussi souvent souhaiter vostre mort Que vos vertus nous font désirer vostre vie.
Las! combien est vostre ame au deuil abandonnée Quand vous vous souvenez de l’heureuse journée Laquelle innocemment a nos maux précédé.
Et que sur ce beau chef que le noir environne
A si piteusement et si tost succédé
Le deuil à l’ornement, le voile à la couronne 1
Mais parmy vos douleurs, parmy tant de misères, Gardez vous, gardez nous ces six reliques chères, Gages de vostre amour, espoir en jios malheurs; Estouffez vos soupirs, seichez vostre œil liquide,
Et pour calmer un jour l’orage de nos pleurs Soyez de cet Estât le secours et la guide.
Belliqueuse noblesse, un jour si triomphante,
Et par le sort cruel en l’autre si dolente,
Perdant un si grand prince, un père tant humain, Vostre œil pleure sans fin et jamais ne sommeille, Quand il vous souviendra du triste lendemain Qui fut de vos malheurs et le jour et la veille.
Endossez le harnois, aiguisez vos espées,
Puis les rendez de sang et de larmes trempées. Cherchez avec le fer jusques dedans le flanc Des secrets inventeurs du traistre parricide; Emplissez l’océan des fleuves de leur sang;
Ou mourez, ou vengez la mort de nostre Alcide.
Roynes du double mont, admirable neufvaine, Seichez par vos soupirs vostre docte fontaine,
Puis l’emplissez de pleurs, afin que les esprits Qui vont rendans leurs vœux au temple de mémoire Abbreuvés de cette eau, pleurent par leurs escrits Le trépas de celuy dont ils chantoient la gloire.
Arrachez vos lauriers tant aymés de Minerve;
Hél pour qui, doctes sœurs, en feriez vous reserve Puisque le chef n’est plus qui les souloit porter. Que la mort qui vainc tout, a vaincu l’invincible? Ne cessez, cher troupeau, de plaindre et lamenter Et pour estre immortel ne soyez impassible.
[larmes?
Mais quoy ! pourrions nous bien vous prescrire des Ne vous servez vous pas de ces liquides armes Pour combattre l’ennuy qui nous accable tous?
De nos extresmes maux vos regrets sont extresmes : Vous pleurez de pitié quand vous songez à nous. Vous pleurez de douleur en pensant à vous mesmes.
Que les rocs soient esmeus de nos larmes non feintes, Que les monts et les bois ne resonnent que plaintes.
Que les pleurs des voisins monstrent leur désespoir; Qu’eux et nous lamentions par cette pileuse onde, Nous d’avoir trop peu veu, eux de n’avoir peu voir La gloire des François, le miracle du monde.
Mais quov î sans fin, sans fruit nos humi des paupières Feront elles couler des piteuses rivières ?
Les ans n’en pourront ils faire arrester le cours? Nos bouches à l’envy plaindront elles sans cesse,
El nos cœurs sanglottans seront ils pour toujours Esclaves du malheur, hostesde la tristesse?
Ouy! nous plaindrons sans fin. Hé I quelScythedes- Â des maux infinis une plainte infinie? [nie Monstrons d’un rare Prince un regret non commun : Ou vivons pour le plaindre, ou mourons pour le suivre Soit vivans, soit mourans, tesmoignons à chacun Qu’en cessant de pleurer nous cesserons de vivre.
STANCES DE BERTAUT Sur la mort du feu Roy.
Si sentir vivement le mal qui nous fait plaindre Nous faisoit d’autant plus vivement le dépeindre,
Et si l’on pouvoit estre cloquent de douleur, [lence Ton trespas, grand monarque, eut banny mon si- Et seroient presque égaux par ma triste éloquence Mes vers en ornement à ta mort en malheur.
Mais qu’il est difficile ès maux insupportables De trouver en pleurant des paroles sortables Pour plaindre la douleur que font souffrir lescieux, Et combien aysement en l’ennuy qui nous touche
Cela mesme tarit les beaux mots en la bouche Qui fait sourdre à bouillonsles larmes danslesyeux !
La parole defTaut aux âmes plus dolentes,
Les petites douleurs sont seules éloquentes,
Et l’objet trop sensible esteint le sentiment.
On ne peut bien parler estant à la torture,
Et celuy qui se dit mourir, tant il endure,
Autant qu’il le dit bien, autant il se dement.
Lasl il ne faut que moy pour en servir de preuve, Carquand avec taFranceaujourd’huy triste et veuve Je me veux tout espandre en lamentables cris,
Soudain le discours manque à mon âme oppressée,
Et la juste douleur ravit à ma pensée Ce que l'affection promet à mes escrits.
Ou bien je représente en parolles communes L’horreur et de ta mort et de nos infortunes,
Un pygmée exprimant un géant en hauteur;
Dont accusant mes vers honteux je les déchiré,
Si bien qu’à tous momens ayant cessé d’escrire,
La fin de mes escrits, c’est fascher leur auteur.
Quoy ! (dis-je en regardant ce naufrage publique Devant qui la grandeur du vers le plus tragique Sembleroit se douloir en parolles de jeu)
Ravalleray je ici par une indigne plainte Nostre perte et le deuil dont la France est attainte,
Ou senliray je tant et diray je si peu?
O grand Roy, le support des lettres et des armes,
Reste plus tostnonplaintque plaint d’indignes larmes Dont un nom si fameux ne puisse estre honnoré.
Soit demandé plus tost pourquoy louant ta vie,
Je ne t’ay point pleuré quand on te a ravie Que pourquoy malheureux je t’ay si mal ploré.
La France cognoistra, si ma voix se desire.
Que ce qui me fait taire est avoir trop à dire.
Et que mon esprit cède à l’ennuy son vainqueur; Que l’horreur en ma bouche estoufifema harangue,
Et qu’un si triste coup me tranche icy la langue, Toutainsv qu’il transperce et fait saigner mon cœur.
Aussy bien Apollon n’anime plus ma veine Comme il faisoit du temps que la docte neufvaine Donnoit vol à ma plume en un âge plus doux.
Ou pleurons ce malheur en meilleurs Heraclites,
Ou fuyons de donner aux françois Democrites Un sujet en nos pleurs de se rire de nous.
Ainsv dis je, semblable à cet archer antique.
Qui craignant de souiller d’une honte publique Le renom de sa main par l’age s’empirant,
Ayma mieux (tant l’honneur possédoitson envie!) Perdre en ne tirant point sa franchise et sa vie Que de perdre d’un coup sa gloire en mal tirant.
11 est vray qu’en un point cet exemple diffère :
11 feit par vanité ce qu’icy me fait faire Le saint et juste excès d’un deuil non attendu :
Son art l'aban donnoit; nul art ne me seconde,
Et ce que peut en luy la peur de perdre au monde,
Le mesme peut en moy l’ennuy d’avoir perdu.
Perdu las! et quelbien?unPrince,un Père, un maislr Que perdre, c’est se perdre et quasi ne plus estre,
Ou bien estre un sujet de malheur et d’ennuy, Comme il feutnostre gloire et comme presque il semble
Que ce qu’avec tant d’heur tous ses peuples ensemble Acquirent par luy seul, ils le perdent en luy.
Aussy ne cessons nous d’en lamenter la perte, Encor que nostre bouche aux complaintes ouverte Serve à nostre douleur d’un mauvais truchement. Quoy que nous parlions mal, nous ne sçaurions nous Et nostre zele ardent ne peut cesser de faire [taire: Ce que nous nous plaignons de faire indignement.
O France, ingratte France, et cruelle à toy mesme D’avoir osé tremper ton propre diademe Jà deux fois dans le sang des Vallois et Bourbons, Mérités tu pas bien que des loups te commandent Et que de mechantsRoys sans pitié te gourmandent. Puisque si méchamment tu gourmandes les bons ?
Mais veuille ton bonheur, imprudente Province, Que cette horrible mort, cette mort de ton Prince Qui mist ta gloire et luy dans un mesme linceul Soit à d’autres qu’à toy justement imputée Ou que comme (à la voir de chacun lamentée)
Le mal en est de tous, le crime en soit d’un seul :
D’un seul qui n’ait esté nul autre que Megère,
Car puisqu’on l’univers tou t meurt par son contraire. Que le vice destruit la vertu seulement Et que du seul meschant le bon reçoit outrage, Certes il falloit bien estre la mesme rage 1 Pour massacrer un Roy si doux et si clement.
1 Pour la rage mesme. Corneille s’est servi de la même expression dans ces vers du Cid (acte II, scène n) :
Sais-tu que ce vieillard fut la mesme vertu,
La vaillance et l’honneur de son temps, le sais-tu ?
Que maudit soit le jour où cette infâme Dire Rendit presque la France une pauvre navire De qui déjà la mer engloutit le tillac,
Que la fureur du ciel en extirpe la race,
Et que par une horreur de sa brutale audace L’effroy mesme d’enfer ait pour nom Ravaillac!
Qn’au temps où ce cruel massacra nostre Achille, Toujours à l’advenir nostre plainte distille Des pleurs ensanglantés par les veines de l’œil;
Et qu’à faute de mieux nostre ame desolée Serve de Polixène à sa tombe immolée Par le Pyrrhe vengeur d’un perdurable deuil !
Ce sera peu de bien entre tant d’amertume Au courroux sans espoir dont le feu nous consume, Que de punir en nous l’impiété d’autruy,
Mais encor nostre esprit quelque paix y remarque, Et se voyant pleurer pour un si grand monarque , L’ennuy mesme a pour bien la gloire de l’ennuy.
Royne de qui l’honneur passant toute éloquence Aussy bien que le sien nous oblige au silence, Comme objets que nul art ne peut représenter, Car non plus qu’en parlant nousnesçaurions attein- A ce triste bonheur de dignement le plaindre [dre Nousne sçaurioüs non plus dignement vous chanter.
Vous seule, grande Isis, nostre commune attente, Vous seule consolez le deuil qui nous tourmente, Faisant revivre en vous ce royal Osiris;
Et vous seule en l’orage estant nostre refuge,
Nous nous croyons au moins préservés du déluge Jettans l’œil de l’esprit dessus vous, nostre Iris.
Vivez tant seulement ou soit pour la vengeance.
Ou soit pour estouffer la maudite espérance Du fruit que de sa mort l’estranger s’est promis. Vivez, vainquez, regnez, de tous biens assouvie,
Et que l’heur éternel de vostre longue vie Soit l’éternelle mort des desseins ennemis.
L’ennemy tout despit de voir nos troubles calmes Voulant que nos cyprès lu y produisent des palmes (Quoyqu’un juste remords luy serve de bourreau). Peut estre entre les pleurs dont la France est trem- Enflé d’un vain espoir fera luire l’espée [pée, Que la seule frayeur colloit à son fourreau.
Mais il n’y gaignera contre vostre conduite Bien que perte ès combats, rien que honte en la fuite. Car il recevra lors comme Cyre autrefois Un plus honteux sujet d’avoir la vie en haine D’estre en guerre battu par les mains d’une Reyne Que par celles d’un Roy qui battoit les grands Roys.
Ainsy soit, digne Reyne, afin qu’en cette joye Mon cœur seichant lespleurs dont la source le noyé, L ’aise fasse fleurir sous un plus heureux sort Les paroles qu’en moy l’enquy tient estouffées,
Et que je chante mieux l’honneur de vos trophées Quesaisy de douleur je n’ay pleuré sa mort.
Mort de qui le malheur toutes plaintes excede. Mort qui fait souhaitter la mort pour un remede, Et qui semble icy bas tant de maux attirer Qu’il falloit, dès le jour qu’on la voulut dépeindre Estre autant éloquent pour dignemeut la plaindre Qu’extresmement meschant pour l’oser procurer !
Cependant préservez des coups de tout orage Ce sacré lys royal, fleuron de son courage,
Le couvrant d’oliviers grands et plantés épais,
Et pour le voir bien tost fameux dans les histoires, Semez luy d’une main préparée aux victoires Des graines de laurier dans le champ de la paix.
Car les sages conseils en sont les vives graines Avec ces ornemens des fortunes humaines,
La valeur, l'équité, la prudence et la foy;
C’est de ces vertus là qu’il faut qu’on le renomme: U doit bien posséder les autres comme un homme, Mais il luy faut avoir celles là comme un Roy.
Puissiez vous le nourrir aux palmes asseurées,
Et malgré les fureurs contre luy conjurées Le mener jusqu’au temps par les astres promis,
Où suyvant à grands pas la valeur paternelle,
La guerre estant sa gloire et prospérant en elle,
La paix soit désirable à ses seuls ennemis.
Alors on s’escriera d’un aise incomparable :
L’aiglon surpasse l’aigle en ce vol admirable,
Que de voir esgaller nul jamais n’eut pensé ;
Le vainqueur est vaincu, mais telle est la victoire Que si c’est heur à l’un de surpasser en gloire. C’est joye à l’autre ès cieux de se voir surpassé.
Par François Champflour.
Ce petit poëme, composé à l’occasion de l’attentat de Ravaillac, a pour auteur François Champflour, prieur de Saint -Robert, à Montferrand, en Auvergne, poète peu connu et sur lequel on lit une courte notice dans les Vies des poëtes françois de Colletet. Colletet nous apprend qu’il vivait encore en Auvergne en 1647 : c’est là le seul renseignement que nous ayons sur ce bénédictin.
Nous connaissons de ce poète les trois ouvrages suivants : Funèbres Cyprès dédiés à la royne mère du roy , régente en France, sur la mort du très chrestien, très victorieux et très-au- - guste monarque Henry IV, roy de France et de Navarre , surnommé le Grand, pavD. F. Charnflour, prieur de Saint-Robert de Monferrand en Auvergne. A Paris, chez Jean Libert, demeurant rue Saint-Jean de Latran, près le collège de Cambray, mdcx (1610), in-8 de 14 pages.
Quelques pièces de ce volume ont été reproduites dans le Recueil de diverses poésies sur le
trespas de Henry le Grand , très chrestien roy de France et de Navarre, publié par Du Peyrat. Paris, Robert Estienne et P. Chevalier, 1614, in-4. Colletet et le marquis du Roure ( Analecta Biblion , t. II, p. 147) ont été, selon nous, trop sévères pour les Funèbres Cyprès du bénédictin Champflour. Voici à l’appui de notre opinion, quelques vers tirés de la pièce intitulée : Description de l’inconstance du monde , en forme de tombeau :
Quiconque voudra voir la fortune en son estre Et le divers succès de l’humain jugement,
Qu’il vienne voir d’un Roy le triste changement Que le François a veu mourir, regner et naislre.
Qu’il vienne voir le flux et reflux ordinaire Des royalles grandeurs en nostre fleur de lys, Qu’il vienne voir ce Roy dans un sombre logis A qui tout l’univers se rendoit tributaire.
Ces lugubres cyprès, que ma muse esperdue Plante à son monument, sont tesmoins que la mort Esgaliement moissonne et le foible et le fort,
Et l’age fleurissant et la teste chenue.
Henry le Grand est mort qui nous donna la vie, Henry le fort est cheu qui releva la foy,
Henry le preux vaincu qui seul semblable à soy Par droit, armes, amour veinquit sa monarchie.
Et toy, chétif mondain, que le ciel met au monde Pour estre le jouet du temps et de la mort.
Penseras estre exempt de la rigueur du sort Si le bonheur te flatte et le malheur te sonde ?
Que tu es assoupy, si la mort ne festonne ;
Que tu es aveuglé, si tu ne vois son fard ;
Que tu es endurcy, si tu ne sens son dard
Qui chatouille en blessant, mais jamais ne pardonne !
Si la vertu prend fin, si la royauté passe,
Si la grandeur des Roys s’escoule en un instant, Hélas ! pauvre mondain, que tu es inconstant D’asseurer sur les flots l’espoir de ta bonasse !
Si la puissance meurt, si la clémence cesse,
Si le lys fleurissant perd en may sa vigueur. Oseras tu fonder le poinct de ton bonheur Sur le pendant glacé de l’humaine foiblesse ?
Si les Césars s’en vont au milieu de leur pompe, Si les pompes font place aux rigueurs du destin, Quiconque pense voir une vie sans fin,
Sa pensée le pipe et son espoir le trompe.
Tu le sçais, grand Henry, que la France larmoyé, Qui remply de lauriers, de palmes, de fleurons. Après avoir vescu cinquante et sept moissons,
As esté moissonné au milieu de ta joye.
Hélas 1 combien de jours, de veilles, de constance Pour te rendre seigneur de tes propres vassaux, Combien de grands desseins, de courses, de travaux, Pour voir ce que la mort desrobe à ta vaillance!
Hélas I combien de lieux ont reçu tes caresses, Combien de gens cogneu ta loyalle candeur, Combien de roys loué ta royale grandeur.
Combien de peuples veu l’esclatde tes prouesses!
La Fléché t’a conçeu, Pau t’a veu naistre en terre, Corase t’a nourry, la Court t’a veu fleurir,
La guerre triompher, la paix t’a veu meurir,
Paris t’a veu mourir, et Sainct- Denis t’enserre.
Le François t’a veu grand, l’ennemy débonnaire, La terre conquérant, la mer victorieux, L’estranger fortuné, le voisin glorieux,
L’Église vray tuteur et le peuple bon père.
Le ciel t’a fait grand Roy, l’heur parfait capitaine, La nature heureux prince et l’amour bon seigneur, L’adresse vray soldat, l’art prudent gouverneur,
Et la mort héritier d’une gloire certaine.
Exécrations sur le détestable parricide , traduit du latin de Nicolas Bourbon, par D. F.
Champflour , Clairmontois, prieur de Sainct- Robert de Montferrand en Auvergne. A Paris, chez Jean Libert, demeurant rue Saint- Jean de Latran, prés le collège de Cambray, mdcx(1610), in-8 de 13 pages. C’est le poème que nous reproduisons, et qui n’est autre chose, ainsi que l’indique le titre, que la traduction de la fameuse pièce latine de Nicolas Bourbon : Dirœ in parricidam. Champflour ne fut pas le seul à traduire
les vers du poète latin : Jérôme de Benevent, trésorier général de France en Berry, et Jean Prévost du Dorât, l’ont également essayé, et l’on peut lire leur traduction dans le recueil de Du Peyrat que nous avons cité plus haut. Remarquons ici que les vers de Champflour ne se trouvent pas dans ce recueil.
La grandeur et excellence du ciel français soubs l’influence de ses planètes par Dom F.
Champflour, Clairmontois , bénédictin et prieur de Saint-Robert-les-Mont-Ferrand, en Auvergne, sur le sacre et couronnement de Louis XIII, roy de France et de Navarre. A Paris, chez Jean Libert, demeurant rue Saint-Jean de Latran, près le collège de Cambray, mdcx (1610), avec permission, in-8 de 4 feuillets liminaires et 24 pages, plus un feuillet non chiffré pour l’errata. Poème bizarre et fort curieux, en strophes de 6 vers de 12 syllabes : il est dédié à monseigneur Phelypeaux , sieur de Ponchartrain , conseiller du roy en son conseil d Estât et secrétaire de ses commandements.
Tous ces poèmes de Champflour sont fort rares, surtout les deux derniers, queColletet semble ne pas avoir connus, car dans la notice consacrée à ce poète il ne cite que les Funèbres Cyprès.
Avril 1861.
Quoy! Dicux(et puis-je bien sans propos de blasphémé Maintenant aboucher votre grandeur supresme), Quoy ! Dieux, pouvez-vous voir sans eslancer vos feux La terre par deux fois en ces tragiques jeux? Quoy! pouvez-vous (ô Dieux) abandonner la France Aux furies d’enfer sans faire résistance ?
J’ay honte et de mon eslre et de ma nation.
Ores que les Titans, fils de sédition,
Dementent leur habit, leur pays, leur nature, Pour traistres se servir de nostre couverture. ^ Toy doncques, France, hélas I que seule l’on a veu Sans monstres autrefois, as des monstres conçeu Qui tascbent, ennemis et du ciel et du monde, Destrosner le grand Dieu de la machine ronde, Mais ne pouvans d’assaut violenter les cieux,
Ils se sont attaqués aux pourtraicts précieux De la Divinité, et d’un bras execrable (Eternelle infamie et crime irréparable!)
Ils ont meurtry deux Roys et la France troublé Par les cruels effets d’un crime redoublé.
Heureux de nos aveuls et le siècle et la vie Qui n’a veu ces malheurs dans nostre monarchie, Mais malheureux, hélas! le François réservé Pour voir mourir celuy qui l’avoit conservé î
Or desja la longueur de deux fois dix années Avoil mis en oubly les traistres destinées Qui presterent main forte au premier attentat ; Desja le feu gregeois qui consommoit l’Estat Embrasoit les cités, engloulissoit les villes Et prenoit aliment de nos guerres civiles,
Sembloit avoir miné la racine du mal Que le Sarmale affreux et ccluy qui brutal Habite sur le bord du Danubois meandre Nepourroit concevoir, n’oseroit entreprendi'e; Quand Mégère en courroux ne respirant que feux Engendre à l’univers un monstre malheureux,
Et souille du soleil l’agreable lumière Dans l’horrible forfait d’une dextre meurtrière, Elle assassine un Roy lorsque le mois d’amour Termine triomphant son quatorziesme jour.
Lorsque nous préparons et la ville et les temples Et que toy, grand Henry, comme en passant, contem- Les signes triomphaux d’une entière amitié [pies Où tu vois les pourtraicts de ta chère moitié.
Ses éloges, son nom, sa généalogie,
Et les divers honneurs que Paris luy dedie,
Mon Roy las! que le sort doit conduire au tombeau Dans le char triomphant d’un appareil si beau !
Les confins reculés de la terre habitable S’estonneront d’ouyr un coup si lamentable,
Et la mer où Titan empourpre ses chevaux,
Et celle où il finit ses journaliers travaux Jugeront désormais les Dieux impitoyables Pour n’avoir empesché des coups si lamentables. Quoy ! faut-il que le fer et l’enfer envieux Nous desrobent ce Roy qui esgaloit aux cieux Le los du lys françois, qui redoutable en guerre Et prudent en conseil faisoit trembler la terre,
Qui longuement heureux sous un entier bonheur Tenoit son peuple en paix et ses voisins en peur? Quoy ! son sacré maintien, sa majesté royale,
Les effets apparens de sa clemence esgale,
Voire plus grande encor que celle qui jadis
Mit César en crédit et son crédit en pris N’ont peu faire fléchir ce monstre impénétrable? Quoy I la grande concorde et l’amour admirable Des François reunis au sceptre de leur Roy,
Les vœux pour sa santé, les hymnes pour sa foy, Les Peans pour sa gloire et les Io de joye Que le monde françois sur les astres envoyé Pour la prospérité d’un asseuré repos,
N’ont peu faire cesser la rage d’Atropos?
En vain donc ce grand Roy arpentant l’Italie,
Aura fait esprouver sa douceur infinie Au peuple savoyard, et d’un courage aislé Heureusement puny le pacte violé?
En vain donc ce grand prince aura veu sur sa teste, Tantost d’un fort hyver la neigeuse tempeste,
Ores d’un Chien ardant l’importune chaleur;
* En vain souventes fois tesmoigné sa valeur Dans le camp espagnol où toujours sa prudence Des soldats conjurés a dompté l’arrogance? [queur En vain donc nostre Henry d’un bras toujours vain- Aura fait voir aux siens qu’il n’estoit que tout cœur, En vain donc il aura tant de villes gaignées,
Et fait crousler au pied les crouppcs Pyrénées Si taut d’exploits guerriers, tant d’héroïques faits L’ont en guerre gardé pour le trahir en paix,
Et faire qu’au giron de sa chère Tutrice,
Au pied de scs bourgeois, aux yeux de sa justice, Comme une autre hécatombe il tombe sous le fer Que Pluton a forgé au plus profond d’enfer?
Hélas! que la grandeur qui est au monde enclose Est sujette à finir et choir pour peu de chose! Certes le ciel jaloux de l’espéré soûlas Que la France altendoit de son heureux trespas
Si ce grand Roy fust mort au milieu des armées, (Et non par le Cousteau des Parques animées)
N’a permis (ô François) que ton malheur prochain Ou d’un autheur plus noble, ou d’un coup plushu- Reçeust allégement : aussi ne pouvoit estre [main Celuy qui des soldats avoit esté le maistre Et des maistres le chef vaincu traitreusement Par la main de ceux la qu’il aymoit chèrement, Mais un serpent hideux conçeu dans l’enfer mesme Se glisse par malheur sous les murs d’Angoulesme, Et prend d’un corps humain les mouvemens divers Pour malheurer la France et troubler l’univers.
Un incube abusant du ventre de sa mere Fraya dedans son flanc en façon de vipere,
Et d’un soufle infernal, d’un sifle serpentin Forma le corps maudit de cet affreux lutin Au pays angoulmois ,dans une maisonnette Où le crime et le mal avoicnt fait leur retraite, D’où le ciel irrité retirant sa douceur,
Le monde son secours, la terre sa faveur,
La sale puanteur que le captif supporte.
Et la faitn enragée assiégèrent la porte.
Dès lors on n’a veu croistre en cette orde maison Que crime, que forfait, que peste, que poison ;
Et les plus innocens de celte race infâme Ont souillé leur renom, prostitué leur ame, Prodigué leur honneur à toute cruauté,
Et terminé le jour de leur fatalité Ou dessus un gibet, ou la roue inhumaine A finy la douleur de leur dernière peine.
Son frere, son ayeul et ses cruelles sœurs N’ont engendré depuis que meurtres et malheurs : On voit l’ayeul banny de sa terre natale,
Le frere brigander et la sœur desloyale Meslanger l’aconit pour perdre l’innocent.
Mais ce cruel dragon son eslre desguisant Sous le nom emprunté d’un misérable pere Détroussé au coin d’un bois la troupe passagère,
Et fait paroistre à tous qu’un démon inhumain Abusant de sa mere, eslança dans son sein Le malheureux poison de sa semence impure Pour luy former un corps et le mettre en nature. Croissant donc en forfaits, il menace les cieux D’un crime non ouy, d’un coup prodigieux.
D’un horrible attentat que les saisons passées N’eussent peu digerer en un monde d’années.
Et qui doit faire un jour à nos tristes neveux Eslever le sourcil, hérisser les cheveux.
11 le couve en son cœur et parlant à soy mesme Vomit et revomit ces propos de blasphémé :
J’ay desja sans honneur perdu mes jeunes ans Dans des crimes communs, vendu les innocens, Corrompu par argent, porté faux tesmoignage.
Les pauvres affligé, souillé dans le carnage Ma carnaciere main ; j’ay plein de cruauté Dans le sein innocent mon glaive ensanglanté, J’ay d’un front desguisé masqué mon injustice,
Et fuyant les rigueurs d’une saine 1 justice Sous l’habit emprunté de la religion Violé les decrets d’une sainte union.
Ces maux ne sont que jeux, et toute forfaiture N’a servy que d’essay à ma fiere nature.
C’est peu de cas de choir en un crime congneu,
Et d’un privé desastre avoir le cœur repeu.
1 U vaudrait mieux lire sainte.
Mon bras est trop puissant, ma puissance trop grande Pour contenter Plulon de si petite offrande.
Hé! que serviroit-il qu’un diable m’eustreçeu Dans les flancs maternels où il m’avoit conçeu,
Et que sortant maudit d’une impure matrice La furie d’enfer m’eust servy de nourrice ?
Hé! que serviroit-il de me voir destiné Au malheur de la France avant que d’estrc né,
Si ores je ne rends ma cruauté publique,
Et ne mest résolu mon pouvoir en pratique?
La paix régné partout et les cœurs desunis Sous la santé du Roy sont maintenant unis.
Les lys sont adorés de la terre voisine.
Et font voir la vertu de leur noble racine,
Soit où Titan lassé fait son moite séjour,
Soit d’où sortant du lict il ramein£ le jour.
Jà le peuple ravi se dispose et s’appreste Pour celebrer le jour d’une royale Teste,
Et couronner sa Reyne au temple préparé :
Elle dessus un char royalement paré,
Le visage serain et la face joyeuse,
Parmy les cris gaillards d’une troupe nombreuse , Doit marcher en triomphe auprès de ses trois fils Que Naples, la Sicile et le noble pais Que le fleuve du Po, suivy de cent rivières,
Lorsqu’il paye son fief aux ondes marinières Abbreuve de ses flots, veulent avoir pour roys, Fléchissans sous le joug de leurs royales lois,
Grands roys qui redoutés aux terres hesperides Et plus que trois llectors et plus que trois Alcides Estonneront l’Espagne et réduiront au lys Les peuples révoltés, les voisins ennemis.
Mais quoy! la paix m’ennuye et mon impatience — Me fait avoir horreur du repos de la France :
Lassé de voir le lys si longtemps triompher,
Je jure par le nom des rivières d’enfer Que bientost on verra réduite en un pauvre estre La candeur des François, lagrandeur de leur maistre. Je feray que Plulon bataille forcené.
Pour soulager la peur du peuple basané.
Il n’eut pas dit ces mots que soudain il varie,
Se sentant agité d’une extresme furie.
Lors les Parques d’enfer maistrisant ses desseins Luy firent embrasser les actes inhumains Qu’il avoit projectés. Dès lors, hors de soy mesme, Chancelant, furibond, forcené, triste, blesme.
Il ne prend jour et nuit ny repos ny repas,
Ains roulant dans son cœur un funeste trespas Il va, vient et revient *, tourne, change et rechange D’heure en heure de lieu, nonviste comme un ange, Ains, comme la couleuvre enflée de venin De sa queue empestée et de son col mutin Faict cent plis et replis et infecte farouche De son fiel escumeux les herbes qu’elle touche. Ainsi ce malheureux d’un marcher serpentin Par les sentiers torlus de l’incongnu chemin Se meut incessamment, et rampant détestable Empeste de son fiel les lieux où il s’estable.
Les furies d’enfer le suivent nuict et jour :
Soit qu’il roule son corps, soit qu’il fasse séjour,
Il remplit tout d’horreur et les nocturnes ombres Faisant bruire leurs fers * dans les tenebres sombres Ont fait croire souvent à l’hoste espouvanté
1 Impr. vint et revint.
* Impr. leur fer.
Que son logis estoit des démons habité.
Bien souvent on a veu ce fils de Tisiphone 1 Tendre sur le pont Neuf sa main pour une aumosne, Bien souvent on l’a veu sous des tristes lambeaux Couvrir la cruauté de ses crimes nouveaux,
Et cacher les malheurs d’un coup irréparable Sous le traistre couvert d’un manteau misérable. Souvent il est entré dans le palais d’honneur Où loge de nos Roys la superbe grandeur :
Il a trompé cent fois les gardes à l’entrée,
Coupable par cent fois d’une mort méritée,
Si le bras des soldats visiblement charmé Dessous un faux semblant ne se fust desarmé,
Car desjà de ses yeux les flambovans indices Monstroient apertement 1 ses traistres artifices Et faisoient voir à tous sous un crime conçeu Le coup prodigieux que la France a reçeu.
Va, peste de l’enfer, va, l’horreur de la France, Sors de nostre climat, infernale semence,
Pour te rendre à jamais aux antres tenebreux Où l’on ne sent que maux, où l’on ne voit que feux, Mais non : devant il faut que les humains supplices Condamnent à la mort tes cruels maléfices Et que le peuple encor justement irrité Punisse les excès de ta desloyauté.
Il faut qu’à nos douleurs ton trespas satisfasse,
Et qu’une juste mort nos desastres efface,
Supplices trop légers pour punir tes malheurs Et soûlas trop petit pour essuyer nos pleurs !
1 Idem Thésiphone.
* Le texte porte : couvertement.
Que cetle impure maiu qui d’un coup execrable Abattit la grandeur d’un prince incomparable Dans le feu pétillant et de soufre et de poix Distille à petit feu; que le peuple françois Voye sous le fer chaud d’une tenaille ardente Cricquer la traislre peau de ta cuisse flambante, Que l’huile bouillonnant avec le plomb fondu Soit sur ton corps ouvert lentement respandu,
Et que quatre chevaux tirent impitoyables Et brisent forcenés tes membres exécrables.
Que ton ame esperdue escume dans ton corps,
Que tes vitaux esprits demy vifs, demy morts Bataillent longuement pour sortir de leur place; Que ton corps depessé fatigue, arreste, lasse Les bourreaux trop humains. Que Paris assemblé Maudisse les effets de ton esprit troublé;
Que le peuple offensé traine parmy la rue Tes ossemens sanglants et ta cuisse rompue,
Qu’il laisse en se vengeant à la postérité Une puante odeur de ta meschanceté ;
Qu’il deteste ta vie et qu’il se trouve encore Un habitant bruslé de la contrée more Qui nourry dans la France engloutisse goulu Les membres depessés de ton corps vermoulu,
Et après tant de maux, que la noire Infamie Volant autour des lieux d’où tu tenois la vie, Extermine ta race et qu’un arrest vengeur Abolissant ton nom, venge nostre malheur!
Les éditions de Regnier, même la dernière et la plus estimée, celle du savant Viollet le Duc, sont loin de comprendre toutes les œuvres de ce poète qui, selon Boileau (Réflexion V* sur Longin), a le mieux connu, avant Molière, les mœurs et le caractère des hommes. Nous indiquerons, dans cette note, neuf pièces qu’a omises Viollet le Duc. Malheureusement ces pièces par leur nature ne peuvent guère être reproduites : Regnier, on le sait, se gênait fort peu dans son langage, et ses vers rappellent trop les lieux qu'il fréquentoit. Nous avons trouvé ces pièces dans deux recueils fort rares : le premier est intitulé : Recueil des plus excellens vers satyriques de ce temps, trouvés dans les cabinets des sieurs de Sigognes, Regnier, Motin, qu’autres des plus signalés poètes de ce siècle. A Paris, chez Anthoine Estoc, au palais en la gallerie des prisonniers près la chancellerie, mdcxvii (1617), avec privilège du Roy, in- 12 de 222 feuillets ; et le second : Les Délices satyriques ou suite du Cabinet des vers satyriques
de ce temps, recherchés dans les secrets cabinets des sieurs de Sigognes , Regnier, Motin, Ber thelot , Maynard et autres des plus signalés poètes de ce siècle. A Paris, chez Anthoine üe Sommaville, au palais en la gallerie des prisonniers près la chancellerie, mdcxx (1620) avec privilège du Roy, in-12 de 472 pages. Les trois premières sont tirées du Recueil des plus excellens vers satyriques, et les six autres des Délices satyriques.
I. Dialogue de l’âme de Villebroche parlant à deux courtisanes, une des Marets du Temple , et l’autre de l’Isle du Palais. — Renferme 21 strophes de 6 vers de 7 syllabes.
Au plus creux des ronces fortes Où de mes dépouilles mortes Est le séjour inconnu, etc...
Les derniers vers sont :
Bref, pour vous unir ensemble,
Ne détraquez point votre amble,
Et pour le faire plus court,
Vous deux en valez cent mille :
Que l’une serve à la ville,
Et l’autre serve à la cour.
{Recueil des plus excell. vers satyr ., 1017, feuill. 79-82.)
Cette pièce est reproduite avec quelques chan-
gements insignifiants dans le Cabinet satyrique (édition de Lenglet Du Fresnoy, au mont Parnasse, sans date, t. I <r , p. 46 et suiv.). Le titre est modifié et le nom de Villebroche est remplacé par celui de Caboche. Elle est attribuée à Sigogne, mais c’est évidemment à tort, et on doit la restituer à Regnier.
IL Dialogue de Perrettc parlant à la divine Macette. — Est en 25 strophes du même mètre que la pièce précédente. Nous citons la première et la dernière strophe :
Plus luisante que n’est verre,
Sèche comme un pot de terre,
Tondue comme un prélat,
Je viens des bords de Garonne,
Prostituer ma personne A tout lubrique combat.
Et moy bientost vieille et laide,
Mais c’est un mal sans remède ;
C’est tout ce que j’ay vescu :
Voilà la grande Darette ;
Je suis d’avis qu’on lu y meite Une marjolaine au c...
[Idem, feuill. 90-9û.)
Se trouve également dans le Cabinet satyrique, édition citée (t. I er , p. 40 et suiv.); est attribuée à Sigogne.