A CEUX QUI ONT FAIT DES VERS CONTRE I.E BOY
Satyre.
11 n’est pas malaysé de faire une satyre.
Sans estre bel esprit on peut savoir médire,
Il ne faut pour fournir à cette lâcheté Que joindre l’imposture à la témérité,
Que suivre d’un chagrin le bizarre caprice Pour noircir, le mérité et couronner le vice.
Quand la colere agit sur le tempérament,
On ne parle, on n’ecrit que trop éloquemment : Le bien, le mal, le vray, l’inconstant, le solide, Tout sert egallement cette fureur avide,
Et qui se laisse aller à ses ressentimens Est toujours agité d’injustes mouvemens.
C’est par là que souvent on voit des misérables Composer sans regret d’injurieuses fables.
Hardis à les produire, et sans craindre les loix Ecrire sans respect des princes et des rois.
Le mépris qu’on a fait d’une telle licence,
De quelques écrivains augmente l’insolence,
Qui voyant leurs écrits soufferts impunément, Pensent qu’on peut toujours medire insolemment. On ne les souffroit point dans le régné d’Auguste, Qui parut sur la fin si tranquille et si juste;
Ses trésors aux sçavans furent toujours ouverts, Mais il faisoit punir les satyriques vers.
On n’a pas oublié qu’Ovide fut en peine D’avoir osé railler la femme de Mecene,
Et que pour avoir fait quatre vers seulement,
Il fallut en souffrir un long bannissement.
Dans ce fâcheux exil, ce phçnix des poètes Paroissoit par ses vers s’ennuyer chez les Getes,
Et dans ces durs climats, ce docteur en amour Faisoit cent lâchetés pour rentrer à la cour, Ecrivoit de César les gestes, les trophées,
Faisoit sur ce sujet mille contes de fées,
Ne se contentoit pas de l’elever aux cieux.
Mais le plaçoit encore au rang des premiers dieux. César ne s’emut point de tant de flatteries :
Il les considéra comme des resveries,
Et sans s’inquiéter d’avancer son retour,
Le laissa soupirer dans ce triste séjour.
Tous ceux dont l’interest rend les plumes flatteuses, Des plus grandes vertus font des vertus douteuses ; Ces prometteurs de gloire et d’immortalité Ne visent qu’à tenter la libéralité,
Et sans distinction font un commerce infâme De composer des vers de louange ou de blâme, Traduisent sans scrupule à la postérité,
Ce qui ne sçauroit estre et qui n’a point esté,
Et séduits de l’espoir qui souvent les excite, Habillent en héros un homme sans mérite,
Ou quelquefois aigris de leur propre malheur,
Ils feront un poltron d’un homme de valeur.
Pour une pension qui sera tard payée,
Ou qui sur un estât se trouvera rayée,
Il faudra donc souffrir que d’un style insolent,
Un malheureux poète exerce son talent.
Fasse de son chagrin une affaire publique,
Etale arrogamment sa coupable critique.
Selon ses visions veuille un gouvernement,
Se mesle d’v trouver quelque dereglement.
UNE SATIRE INÉDITE DE BOILEAU. 361
Et si le destin 1 fait des accidents sinistres,
Qu’il en charge aussitost le prince et les ministres.
Quoy! tandis que le roy fait punir l’attentat De ceux dont l’avarice a saccagé l’Estat,
Qu’il travaille sans cesse à rétablir en France Les douceurs de la paix, le calme et l’abondance, Et que de jour en jour il soulage nos maux,
Il sera becqueté par d’infames corbeaux 1 *
Ce prince genereux, ferme, sage, équitable,
Craint de ses ennemis autant qu’il est aymable, Qu’on a veu si souvent dans nos pressans besojns, Ne jamais espargner ses peines ny ses soins,
Avec ces qualités craindroit-il que l’envie Pust imprimer de tache à l’éclat de sa vie?
Non, criminels auteurs, vos escrits médisans Ne trouveront que vous pour lâches partisans;
Des gens sans passion écriront son histoire,
Où la vérité seule exprimera sa gloire,
Et là sans l’ornement des vaines fictions,
Tout le monde lira ses belles actions.
Mais vous à qui l’ardeur de produire des rimes Fait moins faire de vers que commettre de crimes, Comment par les écrits qui sortent de vos mains, Osez-vous attaquer le premier des humains?
Croyez-vous démentir sa prudente conduite,
Dont les commencemens sont égaux à la suite,
Et par l’estât trompeur de quelques faussetés, Etouffer le brillant de tant de vérités ?
1 Le texte porte dessein , ce qui est un non-sens.
m VARIÉTÉS bibliographiques. •
Est-ce que votre ouvrage en aura plus de lustre D’écrire insolemment sur un sujet illustre,
Ou que, comme il paroist, vous êtes assez fous Pour vouloir seulement faire parler de vous, Imitant de ce Grec le ridicule exemple,
Qui pour estre fameux mit le feu dans un temple 1 ? Est-ce que pour l’Estat il faut que vos avis Soient comme des arrests écoutés et suivis,
Qu’un prince doit s’instruire au sommet du Parnasse, Comme il faut en régnant punir ou faire grâce,
Et recevoir de vous, pour ses grandes leçons, Epigrammes, sonnets, madrigaux et chansons?
Ahî desabusez-vous puisqu’enfin la Justice Ne peut à vos écrits refuser le supplice,
Heureux qu’on ait souffert avec tant de mépris L’imprudente fureur dont vous fustes épris;
Mais guerissez-vous bien d’une mélancolie,
Où vous avoient poussés la bile et la furie,
Puisque vous sçavez bien que pour vous en punir, On doit vous immoler ou do moins vous bannir.
Despreaüx.
1 Erostrate.
DESPRÉAÜX, OU U SATYRE DES SATYRES. 3<î3
Par Cotin.
Ch. Cotin, membre de l’Académie française, naquit à Paris vers 1604, et mourut en 1682, à l’âge d’environ 78 ans. Pour les détails de sa vie nous renverrons le lecteur à VUistoire de l’Académie française de Pellisson et d’Olivet, édition Livef, t. II, p. 159-164; et à la Bibliothèque française de Goujet, t. XVIII, p. 99-118.
Piqué au vif par ces vers de la satire III de Boileau :
On s’assied ; mais d’abord nostre troupe serrée Tenoit à peine autour d’une table carrée,
Où chacun malgré soi, l’un sur l’autre porté, Faisoit un tour à gauche et mangeoit de costé : Jugez en cet estât si je pouvois me plaire,
Moy qui ne compte rien ni le vin ni la chère Si l’on n’est plus au large assis en un festin Qu’aux sermons de Cassagne ou de l’abbé Cotin....
Cotin prit la plume et écrivit contre le satirique deux libelles anonymes, l’un en prose, l’autre en vers. Le premier est intitulé : la Critique désintéressée sur les satyres du temps , sans date (vers 1666), in-8° de 63 pages ; et le second : Des-
préaux, ou la Satyre des satyres, sans date, in-8° de 12 pages, pièce d’une insigne rareté, et que pour ce motif nous croyons devoir reproduire.
Dans cette satire (c’est celle dont se servait Jacques Mignot pour envelopper ses biscuits), Cotin a répandu sa rage et son fiel avec un acharnement sans égal. Le pieux abbé, après avoir accusé Boileau d'être un plagiaire d’Horace et de Perse, va plus loin, et outrage l’homme privé de la manière la plus sanglante : Despréaux, selon lui, est un pilier de cabarets et de mauvais lieux ; c’est un homme sans foi et sans religion, qui ne croit pas en Dieu et que devrait poursuivre la justice du pays :
Quel Estât peut souffrir une telle insolence?
Sous un roy si chrestien qu’en peut dire la France?
Puis, de plus en plus aveuglé par la colère, il termine par V Oracle suivant :
Le destin de ces frénétiques Que l’on appelle satyriques,
C’est de mourir le cou cassé Et vivre le coude percé.
Boileau n’est pas seul attaqué dans cette pièce de vers ; Molière reçoit également les coups de verge de l’irascible prédicateur, et n’est pas mieux
traité que son ami. Il est qualifié de farceur, de Turlupin, d'homme ivre, d'habitué de la Croix de-Fer (fameux cabaret chanté jadis par Guill. Colleietdans ses Divertissements 1 ), et d'autres épithètes du même genre. Qu’on s’étonne, après cela, que Molière, quelques années plus tard, en 1672, ait usé de représailles et livré l’abbé Cotin, sous le nom de Trissotin, aux risées du parterre dans sa comédie des Femmes savantes t Le châtiment était rude et sévère, mais certes bien mérité.
Ceci dit, nous laissons la parole à Cotin.
Février 1860.
Favory de Pallas, quelque nom qu’on luy donne, Ou celuy de Minerve ou celuy de Bellone, Saint-Aignan, dont l’épée et la plume à son tour Ont avecques le Roy ravy toute la cour,
Toy qui sais quel je suis et quel est mon génie, Toy qui m’as veu souvent en bonne compagnie, Et ne m’as jamais veu m’entretenir d’autruy Qu’à dessein d’approuver le bien qu’on dit de luy, A peine pourras-tu, lisant cette satyre,
1 Voir les Divertissements du sieur Colletet , seconde édition reveue et augmentée par l’autheur, & Paris, chez Jacques Dugast, rue Saint-Jean de Beauvais, à l’Olivier de Robert Estienne et en sa boutique au bas de la rue de la Harpe, mdcxxxiii (1633), avec privil. du Roy, in-8 # , p. 210.
3t>6 VARIÉTÉS BIBLIOGRAPHIQUES.
Deviner que c’est moy qui viens de te l’écrire.
Son aigreur est si fort contraire à mon humeur Que, craignant ses transports, je crains d’estre rimeur. On ne m’a jamais veu d’un esprit incommode ;
Je permets que chacun se gouverne à sa mode;
Dans ce qu’un autre fait, je prends peu d’intérest.
Et laisse volontiers le monde comme il est;
De tout ce que je voy j’ai l’âme satisfaite ;
J’ay veu de mauvais vers sans blasmer le poète,
J’ay leu ceux de Moiière et ne l’ay point sifflé,
Et j’espargne la Serre avec son style enflé.
J’ay dès mes jeunes ans toujours fait mon possible Pour conserver en moy ce naturel paisible.
Cependant, ô grand duc, le moyen d’endurer Ce qu’on fait à présent et n’en pas murmurer ?
Mon inclination me défendoit d’écrire.
Mais le cadet Boisleau me pousse à la satyre.
Luy qu’on ne voit jamais dans le sacré vallon,
Veut trancher du Phœbus et faire l’Apollon;
Luy que l’on ne connolt qu’à cause de son frère; Luy, comme il dit luy-mesme, accablé de misère,
Et qui, n’estant vestu que de simple bureau,
Passe l’esté sans linge et l'hyver sans manteau 1 .
Ce malheureux sans nom, sans mérite et sans grâce,
Se place en conquérant au sommet du Parnasse :
Il descend de la nue, et, la foudre à la main,
Tonne sur Charpentier, tonne sur Chapelain ;
Puis, donnant à ses vers une digne matière,
Comme un de ses héros il encense Molière*.
Que s’il ne me tient pas pour un original,
1 Boileau, sat. I.
• Sat. n.
Je n’ay pas comme luy copié Juvénal;
Je n’ay pas comme luy, pour faire une satyre, Pillé dans les auteurs ce que j’avois à dire. Sachant l’art de placer chaque chose en son lieu, Je ne puis d’un farceur me faire un demy-dieu; D’un chantre du pont Neuf, je fais peu mon Virgile, Et le Roman bourgeois ne règle pas mon style. Enfin pour attaquer ce qu’on fait aujourd’buy, Horace et Martial m’ont moins presté qu’à luy.
Je n’ay point avec eux un si lâche commerce,
Je n’ay jamais traduit les satyres de Perse,
Et si je voulois faire un compliment au roy,
Je luy dirois au moins quelque chose de moy.
Qu’on ne m’accuse point de caprice ou de haine : La simple vérité coule avecque ma veine;
Je dis mon sentiment, je ne suis point menteur; J'appelle Horace Horace et Boisleau traducteur.
Si vous voulez savoir la manière de l’homme,
Il applique à Paris ce qu’il a leu de Rome;
Ce qu’il dit en françois, il le doit au latin,
Et ne fait pas un vers qu’il ne fasse un larcin.
Si le bon Juvénal estoit mort sans escrire.
Le malin Despréaux n’eust point fait de satyre;
Et s’il ne disoit rien que ce qui vient de luy,
Il ne pourroit jamais rien dire contre autruy.
Que faire à tout cela? Chacun a son génie :
Un fou veut critiquer, et c’est là sa manie; Chaque fat a son sens qui partout le conduit ; Horace invente bien, Despréaux le traduit.
Tout poète ici-bas rit de son camarade,
Boisleau 1 rit de Scarron, Scarron de Benserade;
1 Gilles Boileau.
Quelques heures devant qu’Herbin fust au congrez, Il rioit hardiment du malheur de Langez;
Le sage est bien souvent berné d’un frénétique,
Et le peuple grossier blâme un grand politique. Celui qui mot à mot traduit un livre entier Censure impunément Quinaut et Pelletier.
Quand il vient à nommer un galant de nostre âge, Sa rime, sans raison, luy présente Ménage 1 * ;
Et comme si l’esprit n’estoit fait que pour luy,
Il veut censurer tout ce qu’on fait aujourd’huy.
Il croit, sans espargner la Majesté supresme,
Que le roy d’un auteur juge peu par luy-mesme, Quoiqu'il aille tirer Phœbus de Phospital Et réparer du sort l’aveuglement fatal.
Que peut-on espérer d'un monarque si juste,
Et sans un Mecœnas, à quoi sert un Auguste *, Puisqu’on n’emporte à peine, en suivant les neuf sœurs, Qu’un laurier chimérique et de maigres honneurs ? 3
Triomphant à souhait dans une autre satyre,
Il se fait à son prince égal comme de cire.
Quand ton bras, ô Louys, des peuples redouté.
Va la foudre à la main rétablir l’équité Et retient les meschans par la peur des supplices, Moy, la plume à la main, je gourmande les vices 4 , Tant cet audacieux mesle mal à propos Les louanges d’un fat à celles d’un héros!*
1 Sat. II. Le nom de Ménage a été remplacé depuis par celui de l’abbé de Pure.
* Sat. I.
» Idem. Vers supprimés.
4 Discours au roi.
6 Idem.
Un poète, dit-il, fut jadis à la mode,
Mais aujourd’huy des fous c'est le plus incommode,
Et l’esprit le plus beau, l’auteur le plus poly.
Ne parviendra jamais au sort de l’Angely *.
Paris n’est que pour ceux dont l’adresse funeste Nous a fait plus de maux que la guerre et la peste l ; A la cour, la vertu n’a plus ni feu ni lieu.
Et le roy des savans s’y voit maudit de Dieu 3 .
Despréaux, sans argent, crotté jusqu’à l’échine ,
S’en va chercher son pain de cuisine en cuisine 4 , Son turlupin 5 l’assiste, et jouant de son nez,
Chez le sot campagnard gagne de bons disnez : Despréaux à co jeu respond par sa grimace.
Et fait en basteleur cent tours de passe-passe,
Puis ensuyte enyvrés et du bruit et du vin,
L’un sur l’autre tombant, renversent le festin.
On les promet tous deux quand on fait chère entière, Ainsi que l’on promet et Tartuffe et Molière.
11 n’est comte danois ny baron allemand.
Qui n’ait à ses repas un couple si charmant,
Et dans la Croix de fer, eux seuls en valent mille Pour faire aux estrangers l’honneur de cette ville. Ils ne se quittent point. O Dieul quelle amitié!
Et que leur mauvais sort est digne de pitié!
Ce couple si divin par les tables mendie.
Et, pour vivre, aux costeaux donne la comédie. Tandis que dans Paris le vice en souverain
‘ Sat. I.
* Idem.
* Idem.
* Idem.
* Molière.
Marche la mitre en teste et la crosse à la main 1 .
D. Doucement.-— H. C’est ainsi que Despréaux révère Des plus dignes prélats la sagesse exemplaire,
A qui le ciel commet le salut des mortels Et qui veillent pour eux aux pieds de nos autels.
Si l’on croit ce censeur, lorsque tout est tranquille,
Les voleurs à l’instant s’emparent de la ville;
Le bois le plus funeste et le moins fréquenté Est au prix de Paris un lieu de sûreté 2 .
Le chemin aujourd'hui par qui chacun s'élève Fut le chemin jadis qui menoit à la Grève,
Et Montleron ne doit qu’à ses crimes divers Ses superbes lambris , ses jardins toujours verts 3 . Despréaux ainsi loue et bénit cet empire Où le crime est puny, l’innocence respire :
Ce fou d’un siècle d’or fait un siècle de fer Où du plus bas pédant on fait un duc et pair*,
Où dans le temps qui court un cœur lâche et servile Trouve seul chez les grands un esclavage utile,
Lorsqu’il est leur complice et qu’instruit de leurs tours, Il les tient en estât de le craindre toujours 5 .
D. 11 se pique pourtant d’une belle morale.
B. Écoutons ce docteur instruisant sa cabale :
Lui seul va redresser nostre siècle tortu,
Et partout rétablir l’honneur et la vertu.
Voici comme il s’y prend. Enfin, il le faut dire.
» Sat. I.
* Sat. VI.
8 Sat. I. Ces vers furent supprimés plus tard par Boileau.
* Sat. I.
5 Idem. Vers supprimés.
Souvent de tous nos maux la raison est le pire.
C’est elle qui, farouche au milieu des plaisirs.
D’un remords importun vient brider nos désirs.
La fâcheuse a pour nous des rigueurs sans pareilles : C’est un pédant qu’on a sans cesse à ses oreilles.
Qui toujours nous gourmande, et loin de nous toucher. Souvent, comme Joly, perd son temps à prescher.
En vain certains resveur s nous l’habillent en reine, Veulent sur tous nos sens la rendre souveraine,
Et, si’ en formant en terre une divinité,
Pensent aller par elle à la félicité :
C’est elle, disent-ils, qui nous montre à bien vivre.
Ces discours, il est vray, sont fort beaux dans un livre * , O docteur sans pareil, ô protecteur des loix,
Et sans qui la vertu se verroit aux abois.
Il faut, comme à l’unique en piété sur terre, Inviter vostre muse au grand festin de Pierre.
Le Marais en convient, et dit sans passion Qu’un tel effort d’esprit mérite pension.
Lieux d’honneur, cabarets dont il est l’amphibie, Réglez sur ce pied-là le cours de vostre vie,
Et Priape et Bacchus, dont vous faites vos dieux,
S’ils venoicnt vous prescher, ne prescheroient pas
[mieux.
Quelquefois emporté des vapeurs de sa bile.
Sans respecter les cieux, sans croire à l'Évangile, Afin de débiter des blasphèmes nouveaux,
De son profond sommeil il tire des Barreaux,
Qui fait de l’intrépide et tremblant de faiblesse, Attend pour croire en Dieu que la fièvre le presse *, Et riant hors de là du sentiment commun,
» Sat. IV.
* Sat. I.
Presche que trois sont trois et ne sont jamais un 1 . Quel Eslat peut souffrir une telle insolence T Sous un roy si chrestien qu’en peut dire la France? Théophile jamais n'a dit ce méchant mot.
Et s’il paya ses vers de deux ans de cachot.
Voilà ce Despréaux : luy que l’enfer eslonne*
Ne croit jamais en Dieu, si ce n’est quand il tonne; Sans cela, Parlement, ville, cour et clergé. N’échappent point des traits de ce fol enragé.
D. Parlement?— II. Pour Boileau c’est un pays bar- Où son esprit se perd, où sa raison s’égare,' [6are Où l’on void tous les jours l’innocence aux abois Errer dans les détours d’un dédale de loix,
Et dans l’amas confus des chicanes énormes
Ce qui fut blanc au fond rendu noir par les formes 3 .
D. Cela me semble fort et le trait est bardy,
Et qu’en dira Thémis au premier mercredy?
Assez mal à propos Despréaux se découvre.
R. Despréaux a, dit-il, des protecteurs au Louvre, Et ce fameux auteur qui passe l’Arélin,
Se débite en plein jour au Palais chez Barbin :
Ses beaux vers ont trouvé, quoi qu'on enpuisse dire, Un marchand pour les vendre et des sots pour les lire*. D. On y voit des endroits heureusement touchés; J’y trouve de l’esprit et de beaux sens cachés :
11 exhale en bons mots les vapeurs de sa bile.
* Idem. Vers supprimés.
* Boileau avait dit (Sat. I) :
Pour moi qui suis plus simple et que l’enfer estonne, Qui crois l’âme immortelle et que c’est Dieu qui tonne...
» Sat. I.
» Sat. II.
C’est ainsi que parloit Horace après Lucile,
Et vengeant la vertu par des traits éclatons,
Ostoit ainsi le masque aux vices de son temps *.
B. Nostre homme infatué de sa façon d’écrire,
A ce compte n’est pas si près de se dédire :
S’offense qui voudra, rien ne peut l’allarmer.
Il n’a que ce moyen de se faire estimer.
Les plus noires vapeurs de sa mélancolie Sont au moins à ses yeux une illustre folie;
A ses vers empruntés la Béjart applaudit;
11 règne sur Parnasse, et Molière l’a dit.