SS
bert, représenté en diverses satyres et poésies ingénieuses , avec un recueil d’epigrammes sur la vie et la mort de M. Fouquet et sur diverses choses qui se sont passées à Paris en ce tempslà. A Cologne, chez Pierre Marteau, mdclxxxxiii (1693), in-8° de 8 feuillets liminaires et 432 pages (dans cette édition le Paris ridicule se trouve pp. 331-407); idem , Cologne, Pierre Marteau, 1694, in-12 de 290 pages (pp. 236-275); dans le recueil intitulé : Rome , Paris et Madrid ridicules, avec des remarques historiques et un recueil de poésies choisies, par M. de B*** (de Blainville). A Paris, chez Pierre le Grand, MDCCxm (1713), in-12 de 222 pages avec frontispice (p. 47-102), et au tome II (p. 229-284) des Œuvres diverses du sieur B... avec un recueil de poésies choisies de M. de B... (de Blainville). A Amsterdam, chez Frisch et Bohm, marchands libraires, mdccxiv (1714), 2 vol. in-12.
La meilleure et la dernière édition de ce poëme a été publiée par M. Paul Lacroix, et fait partie d'un volume intitulé : Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle , par Claude Le Petit , Berthod , Scarron, François Colletet, Boileau, etc.; nouvelle édition revue et corrigée , avec des notes, par P.-L . Jacob, bibliophile, Paris, Adolphe Delahays, 1839, in-12 de xxiv et 370 pages.
II. L'Escole de l’interest et l’Université d’amour , songes véritables ou vérités songées, galanterie morale traduite d’espagnol par C.
Le Petit.
La que me pide me despide, c’est-à-dire :
Qui me demande ce que j’ay
Me donne d’abord mon congé.
A Paris, chez Jean Guignard, dans la grande salle du Palais, à l’image S. Jean,MDCLXii (1662), avec privilège du Roy; in-12 de 12 feuillets liminaires et 151 pages, plus table.
11 y a des exemplaires de ce livre sous la même date au nom de Nicolas Pepingué , en la grande salle du Palais , vis-à-vis les consultations , au Soleil d’Or. — Cet ouvrage est traduit ou plutôt imité de l’espagnol de Piedrabuena. Le privilège, en date du 18 août 1661, est accordé à J. Guignard, et l'achevé d’imprimer pour la première fois est du 24 octobre 1661. On lit dans les feuillets liminaires quelques vers laudatifs de Pierre Richelet, Ybert, P. Du Pelletier et du comte du T.
III. L’Heure du berger, demi-roman comique ou roman demi-comique, par C.Le Petit. A Paris, chez Antoine Robinot, marchand libraire, sur le
CLAUDE LE PETIT. 337
quay des Augustins, à l’Icare, mdclxii (1662), avec privilège du Roy; in-12 de 14 feuillets liminaires et 111 pages, plus 2 feuillets non chiffrés pour table et privilège. Le privilège, en date à Fontainebleau du 18 novembre 1661, est accordé au libraire Robinot.
Outre cette édition, il en existe deux autres dont voici les titres : L’Heure du berger , reveu, corrigé et augmenté, par C. Le Petit ; seconde édition. A Paris, chez Jean Ribou, sur le quay des Augustins, à l’image S. Louis, et chez Antoine Robinot, sur le quay des Augustins, à l’Icare, mdclxii (1662), avec privilège du Roy; in-12 de 8 feuillets liminaires et 80 pages, plus 3 feuillets non chiffrés pour table et privilège. — L’Heure du berger , reveue, corrigée et augmentée , par C. Le Petit; troisième édition. A Paris, chez Jean Ribou, au Palais, sur les degrés de la Sainte-Chapelle, à l’image S. Louis, mdclxiv (1664), avec privilège du Roy; in-12 de 80 pages. Autre édition que la précédente, bien qu’ayant le même nombre de pages.
Voir sur ce roman en prose mêlé de quelques vers la Bibliothèque poétique de Viollet Le Duc, t. Il, p. 160.
IV. Les plus belles Pensées de saint Augustin, prince et docteur de l’Église , mises en vers français par Cl. Le Petit. A Paris, chez Jean-Bap-
tiste Loyson, au Palais, à l’entrée de la grand’salle du costé de S. Barthélémy, à la Croix d'Or, mdclxvi (1666), avec approbation et privilège du Roy; in— 12 de 12 feuillets liminaires, dont le dernier blanc, et 119 pages. Cet ouvrage, dont l’approbation de la Sorbonne et des docteurs de la Faculté de Paris est du 9 octobre 1661, a été imprimé seulement en 1666, après la mort de Claude Le Petit. En tète se trouvent des vers élogieux de Du Pelletier et d’Estienne Carneau, et une longue Lettre en forme de préface à M. l’abbé de la S..., dont nous avons cité plus haut quelques passages.
V. Le Bordel des Muses, ou les neufpucelles putains , caprices satyriques de Théophile le Jeune , divisés en quatre parties. Partie première. Omnia tempus habent. A Leyden, sur le véritable manuscrit de l’auteur fidèlement reveu et mis en ordre par un de ses amis après sa mort ; sans date, in-8° de 24 pages. C’est un fragment du livre dont nous venons de donner le titre : il renferme la table des quatre parties et le commencement de la première. (Voir la Notice de M. Alleaume, mise en tète de son édition de Théophile. Paris, Jannet, 1856, t. I er , p. cxi.)
Le B des Muses , comme on l’a pu voir
dans l’arrêt que nous avons reproduit plus haut, est le livre qui a causé la mort de Le Petit; mais
CLAUDE LE PETIT. 339
ce n’est évidemment pas ici l’édition originale, puisqu’on dit que l’ouvrage est imprimé sur un manuscrit de l’auteur fidèlement reveu après sa mort. D’après une copie manuscrite qui nous a été communiquée de ce livre infâme, nous avons
pu voir que le B des Muses n’était pas un
poème suivi, mais bien une collection de pièces détachées.
Dans son Dictionnaire critique , littéraire et bibliographique des principaux livres condamnés au feu, Paris, Renouard, 1806, Peignot(t. II, pp. 33-34) consacre à Claude Le Petit un article plein d’erreurs. Il le nomme Pierre Petit au lieu de Claude Le Petit, et dit que l’ouvrage qui a motivé la eandamnation et le supplice du poète
avait pour titre : Le B céleste. On vient de
voir que ce livre ne portait pas ce titre, mais était
intitulé : Le B des Muses. Il ajoute que le
B céleste est reproduit dans le Recueil du
Cosmopolite 1 . C’est encore là une inexactitude, car le B céleste , pas plus que le B des
1 Voici le titre de ce rare volume : Recueil de pièces cftoisies rassemblées par les soins du Cosmopolite. A Ancoone, chez Vriel B...., à l’enseigne de la Liberté, mdccxixv (1735), in-4° de 6 feuillets liminaires et 434 pages, plus 9 pages chiffrées pour la table. Le titre est imprimé en lettres rouges et noires. On sait que ce recueil de poésies fort libres a été imprimé à Verret ou Verets, en Touraine, par les soins du duc d’Aiguillon : il n’a été tiré, dit-on, qu’à sept ou douze exemplaires.
Muses, ne fait partie de ce recueil licencieux. L’erreur de Peignot, comme toutes les erreurs, a fait vite son chemin, car on la retrouve dans les principaux ouvrages de bibliographie, et même (qui le croirait?) jusque dans la nouvelle édition du Manuel du Libraire du savant M. Brunet.
(Voir le t. III, colonne 992.) Et cependant cette erreur avait été rectifiée dès 1844 par Charles Nodier, qui s’exprimait ainsi au n° 514 de son catalogue, à l’article intitulé : Chronique scandaleuse ou Paris ridicule: « ... Ce Claude Petit « (sic) fut brûlé en place de Grève pour un autre a livre qui n’existe plus, car il n’est pas vrai, * comme on l’a dit, qu’il ait été réimprimé dans « le Recueil du Cosmopolite. » (Voyez Description raisonnée d’une jolie collection de livres ; Paris, Techener, 1844, in-8°, p. 203.)
VI. Outre les cinq ouvrages ci-dessus catalogués, Cl. Le Petit avait fait une traduction du livre espagnol de Saavedra Faxardo, intitulé : Idea de un principe christiano politico representada en cien empresas. C’est lui-même qui nous apprend cette particularité dans un Advis du traducteur au lecteur , mis en tête de VEscole de l’inter est. Après avoir appelé cette dernière œuvre une galanterie morale d’un des plus beaux esprits qui aient accompagné en France nostre reine auguste et triomphante, il ajoute : « Celle-
CLAUDE LE PETIT
« là est le chef-d’œuvre de don Diego Saavedra < Faxardo, qui s’est surpassé luy-mesme dans « cet ouvrage qui surpasse en morale et en poli-
* tique tout ce que nous avons jamais veu en
* françois, en espagnol, en italien et en latin de- « puis Corneille Tacite. Son auteur le nomme ldea « de un principe christiano politico représenta tada en cien empresas. Pour luy faire changer « d’idiome je ne luy veux point faire changer de « nom : le baptesme est un sacrement toujours
* bon et valable en quelque eglise qu’il soit ad-
* ministré. Je l’appelleray donc Vidée d’un prince « chrestien et politique représentée en cent em- « blemes. Juge de la bonté du livre par les tra- « ductions qui en ont esté faites en toutes sortes « de langues, hormis en la nostre; ce seroit luy « faire tort de ne l’enrichir pas de ce trésor. Si « tu me monstres ta curiosité, je te feray pa - « roistre ma diligence, et tu n’auras point d’es- « prit si tu ne m’obliges à te faire voir que j’en a ay. » Or, nous voyons cité dans le Manuel (au mot Saavedra , t. IV, p. 155 de la 4 e édition) un ouvrage qui porte ce titre : « Le Prince chrestien « et politique, traduit de l’espagnol de D. Diegue « Saavedra Faxardo par J. Rou. Suivant la copie
* de Paris (Amsterdam), 1669, 2 parties en un « volume petit in-12, figures. » Cette traduction est-elle bien de Jean Rou, et ne serait-elle pas, au
contraire, l’œuvre même de Le Petit? Il serait bien surprenant que Jean Rou, intime ami de notre poète, et à qui ce dernier faisait confidence de ses travaux littéraires, eût pris la peine de traduire un livre déjà traduit par son ami. Nous pensons donc que la traduction de cet ouvrage espagnol a été attribuée à tort à Jean Rou, et qu’on doit la restituer à son véritable auteur, c’est-à-dire à Claude Le Petit.
Encore un mot, et nous aurons fini cet article, trop long sans doute, mais que nous n’avons malheureusement pu faire plus court. On se tromperait gravement si l’on pensait que les obscénités de Cl. Le Petit aient été pour quelque chose dans sa condamnation. Claude Le Petit a péri dans les flammes du bûcher, non pour avoir écrit des obscénités, mais pour avoir raillé dans ses vers la religion et le culte catholiques. C’est là ce qu’il est important de faire observer. On doit regretter que pour quelques saillies impies, pour quelques vers irréligieux, ce malheureux poète ait perdu la vie à la fleur de son âge, à vingt-quatre ans. C’était la loi de son temps. Dura lex, sed lex t Cent ans plus tard, la législation était aussi barbare et aussi sauvage ; et pour un motif presque identique, un jeune homme de dix-huit ans, le chevalier de La Barre, était condamné en 1766, sous le règne de
CLAUDE LE PETIT
Louis XV, au même supplice du feu, pour avoir (ce sont là les termes de l'arrêt) chanté des chansons abominables et exécrables contre le vierge Marie, les saints et saintes.
Octobre 1862.
Voici le titre exact de ce recueil : Les Delices de la poesie galante des plus célébrés autheurs de ce temps. A Paris, chez Jean Ribou, au Palais sur le grand perron, devant la Sainte-Chapelle, à l’image Saint-Louis, aldclxvi (1666), avec privilège du Roy, 2 vol. in-8° de 254 et 256 pages, avec frontispice *. Lanouvelle édition du Manuel, t. II, col. 575, annonce trois parties; mais l’exemplaire que nous avons sous les yeux n’en a que deux, et nous le croyons bien complet. Le privilège est du 14 septembre 1663. On lit en tète une épître dédicatoire du libraire à monseigneur le duc de Coaslin, pair de France. Ce recueil étant peu connu, nous croyons devoir dire quelques mots des pièces qui composent ces deux volumes. Malheureusement toutes les pièces sont loin d’être signées; la moitié seulement porte le nom des auteurs.
Commençons par les grands poètes dont on lit des vers dans les Delices. Nous trouvons trois
1 II y a des éditions de ce recueil à la date de 1664 et de 1665.
LES DÉLICES DE LA POÉSIE GALANTE. 345 grands noms, ceux de Pierre Corneille, de Molière et de Boileau. Corneille 1 a donné un Remerciement au Roy (t. I er , p. 36-39); Molière 2 , les Stances galantes : Souffrez qu’ amour cette nuist vous reveille (idem., p. 201), stances d’ailleurs reproduites dans les dernières éditions du poète, et Boileau 3 , des Stances sur l’Escole des femmes (p. 95-96). Remarquons que les vers de Boileau ne sont pas signés. Nous donnons cette pièce en entier, bien qu’elle fasse partie des œuvres du satirique, à cause d’une strophe supprimée plus tard par l’auteur comme trop badine et qui manque à la plupart des éditions du poète. La voici ;
SUR l’escole des femmes *.
Stances.
En vain, mille jaloux esprits, Molière, osent avec mespris
1 Pierre Corneille, né à Rouen en 1608, mort en 1684. Voir sur lui Pellisson et d’Olivet, Histoire de l'Académie françoise , édition Livet, t II, p. 177-212 ; Goujet, Bibliothèque françoise, t. XVIII, p. 140-164; Taschereau, Histoire de la vie et des ouvrages de P. Corneille , Paris, Jannet, 1855, in-16.
* Né à Paris en 1620, mort en 1673 à l’âge de 53 ans. Voir Goujet, t. XVIt, p. 294-301 ; Taschereau, Histoire de la vie et des ouvrages de Molière , Paris, Hetzel, 1844, in-12.
a Né en 1636, mort en 1711.
* La première représentation de l'Escole des femmes
Censurer ton plus bel ouvrage :
Sa charmante naïveté
S’en va pour jamais d’age en âge
Enjouer 1 la postérité.
Tant que l’univers durera Avecque plaisir on lira Que quoy qu’une femme complote Un mary ne doit dire mot Et qu’assez souvent la plus sotte Est habile pour faire un sot 2 .
Ta muse avec utilité *
Dit plaisamment la vérité;
Chacun profite à ton Escole.
Tout en est beau, tout en est bon,
. Et ta plus burlesque parole Est souvent un docte sermon 3 .
Que tu ris agréablement 1 Que tu badines sçavamment 1 Celuy qui sçeut vaincre Numance, Qui mit Carlage sous sa loy,
Jadis sous le nom de Terence, Sçeut-il mieux badiner que toy ?
eut lieu en décembre 1662. Elle fut jouée devant le Roi en janvier 1663. Voir la Muse historique de Loret, lettre du 13 janvier 1663.
1 L’édition de Boileau donnée par ViolletLe Duc en 1823 ‘
chez Desoer, in-8° à deux colonnes, porte : divertir.
a Strophe supprimée dans l'édition de Viollet Le Duc.
3 Dans la môme édition cette strophe se lit après celleci s Que tu ris agréablement, etc.
Laisse gronder tes envieux :
Ils ont beau crier en tous lieux Que c’est à tort qu’on te revere *,
Que tu n’es rien moins que plaisant Si tu sçavois un peu moins plaire,
Tu ne leur deplairois pas tant.
Arrivons maintenant aux poètes moins célèbres, aux poetœ minores. Tout d’abord, nous noterons quelques vers de Flechier 1 * 3 ( Plainte de la France à Rome, élégie, t. I er , p. 40-45; Au Roy sur sa dernière maladie , ode, t. II, p. 83-88.) La première de ces pièces a trait à l’insulte faite à Rome en 1602 au duc de Créqui, ambassadeur de Louis XIV. En voici quelques fragments ; c’est la France qui parle :
Mon prince couronné de lauriers et de palmes Faisoit fleurir tes loix dans ses provinces calmes, Ët disposant son bras à quelque saint employ Ne vouloit plus combattre et vaincre que pour toy. Il t’oflïoit son pouvoir et sa valeur extresme.
Mais tu veux l’obliger à te vaincre toy-mesme,
Et par un attentat et lâche et criminel Tu fais de ses faveurs un mespris solennel.
1 Variante : Qu'en vain tu charmes le vulgaire.
* Idem : Que tes vers n’ont rien de plaisant.
3 Esprit Flechier, né en 1632, mort en 1710. U fut reçu A l’Académie française eu 1673.
On voit regner le crime avec la violence Où doit regner la paix avecque l’innocence ;
On voit tes assassins courir avec ardeur Jusqu’au palais sacré de mon ambassadeur, Porter de tous costés leur fureur sans seconde, Et violer les droits les plus sacrés du monde.
Quel interest t’engage à devenir si fière?
Te reste-t-il encor quelque vertu guerrière?
Crois-tu donc estre encore au siecle des Césars,
Où parmv les horreurs de Bellone et de Mars, Jalouse de la gloire et du pouvoir suprême Tu foulois à tes pieds et sceptre et diademe?
Dans ce fameux estât où le ciel t’avoit mis,
Tu ne demandois plus que de grands ennemis,
Et portant ton orgueil sur la terre et sur l’onde Tu bravois le destin des puissances du monde,
Et tu faisois marcher sous tes injustes loix Tes simples citoyens sur la teste des rois.
Ton destin ne t’offroit que de grandes conquestes, Ta foudre ne tomboit que sur 1 d’illustres testes,
Et tu montrois en pompe, aux peuples estonnés, Des souverains captifs et des rois enchaînés.
Mais quelque grands exploits que l’histoire renomme Tu n’es plus cette fière et celte grande Rome ;
Ton empire n’est plus ce qu’il fut autrefois,
Et ce n’est plus un siecle à se moquer des rois. Tout cet esclat passé n’est qu’un esclat frivole :
On ne redoute plus l’orgueil du Capitole,
Et les peuples instruits de tes douces vertus, Adorent ta grandeur, mais ne la craignent plus.
1 L’imprimé porte : sous.
Mais puisque ta fureur ne peut se contenir.
Après tant de mespris il faudra te punir.
La gloire des héros n’est jamais assez pure,
Et le trosne jaloux ne souffre point d’injure.
Ne te flatte plus tant sur ton divin pouvoir,
On peut mesler la force avecque le devoir.
Des monarques pieux, des princes magnanimes Ont révéré tes loix en punissant tes crimes :
Ils ont eu le secret de partager leurs cœurs, D’estre tes ennemis et tes adorateurs,
De soutenir leur rang, ou sauver leur franchise En se vengeant de Rome et respectant l’Eglise. Ils ont sçeu reprimer ton orgueil obstiné Sans choquer le pouvoir que le ciel t’a donné,
Et séparer enfin dans une juste guerre Les interets du ciel d’avec ceux de la terre.
Sur l’exemple fameux de ces rois sans pareils J’inspire à mon héros de fideles conseils.
Prince dont la sagesse et la valeur est rare, Ménagé ta couronne avecque la tiare,
Donne au siecle futur un exemple immortel.
Garde les droits du trosne et les droits de l’autel : Qu’à ton, ressentiment ta piété s’unisse;
Louis, fais grâce à Rome en te faisant justice, Pense au sacré devoir d’un monarque chrestien, Fais agir ton pouvoir, mais revere le sien,
Et meslant au courroux le respect et la crainte, Punis Rome l’injuste et conserve la sainte.
Préviens, Rome, préviens ces effets dangereux Et ne m’oblige pas à plus que je ne veux.
Exerce sur toy-mesme une juste vengeance,
Et ne différé plus à reparer l’offense;
Punis tes factieux, cesse de t’obstiner,
Et mérité la paix que je te veux donner.
D’un plus celeste feu ma valeur animée Ira cueillir pour toy les palmes d’Idumée,
Et tu verras bientost et nos croix et nos lis Sur les murs de Byzance et sur ceux de Memphis.
Poursuivons. Ce recueil renferme en outre des poésies de Somaise, l’auteur du Dictionnaire des Précieuses , dont M. Livet a donné il y a quelques années une excellente édition, de' l’abbé Testu 1 2 (vers galants), de mademoiselle de Scudéry*, de Montplaisir 3 , de Bre-
1 Jacques Testu de Mauroy, membre de l’Académie française, naquit en 1626 et mourut en 1705. Outre des vers galants disséminés dans différents recueils il a écrit*: Stances chrestiennes sur divers passages (le l'escriture sainte et des Peres, Paris, Denys Thierry, 1669, in-12 de 134 pages (le privilège est du 2 mai 1669); idem, 2 e édit., 1675, in-12 de 173 pages; idem, Claude Barbin, 1684, pet. in-12 de 88 pages: idem, 3 e édition, Denys Thierry, 1688, in-12 de 173 et 33 pages; idem, 4* édition, Pierre Ballard, 1691, in-12 de 249 pages; idem, 5 e édition, Nicolas Le Clerc, 1703, in-12 de 308 pages.
2 Madeleine de Scudery, sœur de Georges de Scudery, de l’Académie française, née au Havre en 1607, morte en 1701 à l'âge de 94 aus. Voir Tallemant, édition Paulin Paris, t. VII, p. 49-65.
s René de Bruc, seigneur de Montplaisir, né en 1610: il vivait encore en 1673. Ses poésies ont été publiées, mais d’une manière fort incomplète, avec celles de Lalane par Saint-Marc sous ce titre : Poésies de Lalane et du marquis de Montplaisir. A Amsterdam, et se trouve à Paris chez
beuf *, le traducteur de Lucain, de Le Clerc 2 , raillé avec Coras dans une célèbre épigramme de Racine; de la comtesse de la Suze 3 et de made-
P. A. Leprieor, imprimeur du Roy, rue Saint-Jacques, à l’Olivier, mdcclix (1759), 2 volumes in-12. Voir Goujet, Bibliothèque françoise, t. XVII, p. 308-314, et Paulin Paris, notes sur Talleraant, t. IV, p. 242-243.
1 Guillaume de Brebeuf, né à Rouen en 1618, mort en 1661 à l'âge de 43 ans. Nous ne citerons de lui que les ouvrages suivants : Eloges poétiques du sieur de Brebeuf ', Paris, A. deSommaville, 1661, in-12 de 165 pages; Poésies diverses de M. de Brebeuf , Paris, Sommaville, 1662, in-12 de 304 pages ; les Œuvres de M. de Brebeuf, nouvellement mises au jour, Paris, Jean Baptiste Loyson, 1664, 2 volumes in-8° de 367 et 336 pages (les poésies commencent à la page 115 du t. II, et vont jusqu’à la fin : elles sont bien moins complètes que dans l’édition de 1662). Voir Goujet, t. XVII, p. 38-53» Viollet Le Duc, Bibliothèque poétique , p. 506-507^
1 Michel Le Clerc, né à Alby, mort le 8 décembre 1691. Il fut reçu à l’Académie française le 26 juin 1662. Voir sur lui Pellisson et d’Olivet, t. II, p. 250-255; Goujet, t. XVII, p. 305-309.
3 Henriette de Coligny, comtesse de la Suze, née à Paris en 1618, morte en 1673. Voir Tallemant, édition Paulin Paris, t. IV, p. 228-240; Goujet, t. XVII, p. 301-308; Viollet Le Duc, p. 554-'555. Ses poésies se trouvent dans les ouvrages suivants : Poésies de madame la comtesse de la Suze , Paris, Ch. de Sercy, 1666, in-12 de 124 pages (les poésies de cette dame s’arrêtent à la page 58); Becueil de pièces galantes en prose et en vers de madame la comtesse de la Suze et de monsieur Pellisson, Paris, Gabriel Quinet, 1664, in-12 de 111 pages (il y a un carton de 12 pages intitulé ; Suite de ta fauvette) ; idem, édition augmentée, Guillaume Cavelier, 1691, 4 volumes in-8° ; idem, 1698, 4 volumes in 8°; idem, à Trevôux, par la Compagnie, 1741, 5 volumes in 12; idem, 1748, 5 volumes in-12.
moiselle des Jardins 1 ; de Montreuil*, Lignières 3 , du Pelletier 4 et Pinchesne 5 , neveu de Voiture, tous auteurs qu’a ridiculisés Boileau dans ses satires; de Pierre Richelet 6 , avocat au Parlement;
1 Mademoiselle des Jardins, depuis madame de Villedieu, née à Alençon vers 1630, morte en octobre 1683. On a de cette dame : Recueil de poésies de mademoiselle des Jardins , Paris, Claude Barbin, 1662, in-12 de 99 pages; idem , 1664, in-12 de HA pages. Voir Tallemant, t. VII, p. 244-256; Goujet, t. XVIII, p. 118-135.
* Matthieu de Montreuil, né en 1620, mort en 1692. Voir Goujet, t. XVIII, p. 330-335; Viollet Le Duc,
s François Pajot, sieur de Linières, né en 1628, mort en 1704. Boileau se moque de ce poète en divers endroits de ses œuvres et parfois d’une manière grossière, témoin ce passage :
Et qu’importe à nos vers que Perrin les admire,
Que l’auteur du Jonas s’empresse pour les lire,
Qu’ils charment de Senlis le poete idiot Ou le sec traducteur du François d’Amyot !
(Epit. Vil.)
* Cet auteur se nommoit Pierre du Pelletier et non Pelletier et le Pelletier comme on l’a dit par erreur. C'était un ami de Pierre Richelet. Mort en 1680. Voir Goujet, t. XVIII, p. 65-68.
5 Etienne Martin, sieur de Pinchesne, était contrôleur de la maison du Roi.
* Né en 1631, mort en 1698. C’était un ami de Du Pelletier. Nous n’indiquerons de lui que ce seul ouvrage : La Versification française ou l'Art de bien faire et de bien tourner les vers , par P. Richelet , Paris, Estienne Loyson, 1671, in-8° de 276 pages ; idem, 1677, in-8° sous ce titre : La Versification françoise où il est parlé de l’histoire de la poésie françoise, des poetes françois anciens et modernes, de l'origine de la rime et de la manière de bien faire et de bien tourner les vers, avec des
Sellon 1 (c’est sans doute l’académicien Silhon), et Hauteroche *, le comédien et l’auteur dramatique.
Les poètes que nous venons de citer sont au moins connus de nom ; mais qui a jamais entendu parler du sieur de Lucé, de Le Poitou, de l’avocat Lepul ( Le je ne sçay quoy et Stances à M. Chapelain, t. II, p. 437-141); de Petit 3 , de Le Barbier (au Roy sur son voyage à Marsal, ode), et de H. Porlier, avocat au Parlement? Tous
exemples des poetes qui les ont bien ou mai tournés , par P. Richelet , Paris, Estienne Loyson, 1677 (édition exactement semblable à la précédente; le titre seul est changé).
1 Jean Sillion, membre de l’Académie française. Voir sur lui Pellisson et d’Olivet, t. I' r , p. 279-283.
* Hauteroche était acteur et auteur dramatique. Né en 1617, mort en 1707.
* 11 est assez difficile de savoir quel est le Petit dont on lit des vers dans les Dclices de la poesie galante. Il y a en effet trois poètes de ce nom : 1° Pierre Petit Parisien, docteur en médecine et poète latin, mort à Paris le 13 décembre 1687 à l’âge de 71 ans. Titon du Tillet lui attribue les vers insérés dans le Recueil de Sercy et signés du nom de Petit; Goujet est d’un avis tout à fait contraire (Voir la Bibliothèque françoise de Goujet, t. XVIII, p. 231).
2° Louis Petit, né à Rouen, mort en 1693 à l’âge de 78 ou 79 ans; c’est l’auteur de l’ouvrage intitulé : Discours saiyriques et moraux ou Satyres generales. A Rouen, chez Richard Lallemant, proche les RR. PP. Jésuites, hdclxxxvi (1686), avec privilège du Roy, in-12 de 125 p.
3° Claude Le Petit, l’auteur de la Chronique scandaleuse, ou Paris ridicule , brûlé en place de Grève en exécution d’une sentence du Châtelet du 26 août 1662, confirmée par arrêt du parlement du 31 même mois.
ces poêles jouissent d’une obscurité méritée, croyons-nous, sauf peut-être Lepul qui a quelques beaux vers dans ses Stances en l’honneur du chantre de la Pucelle. Qu’on veuille bien nous permettre d’en citer ici quelques strophes :
Entre deux hauts projets mon aine est balancée ; Je ne sçay, Chapelain, à qui donner mon choix.
Je veux dans un sénat faire éclater ma voix,
Et l'amour de la muse occupe ma pensée.
Mais lorsque ton ouvrage et solide et charmant Où la fureur d’accord avec le jugement Me fait de tes beaux vers entendre l’harmonie, Forcé par ces grands dons qu’en loy le ciel a mis, Je préféré en faveur de ton puissant genie Le temple de mémoire aux autels de Thémis.
Animé de ce feu que ta vertu m’inspire Je veux te rendre hommage et chanter en mes vers Les diverses beautés de ces travaux divers Par qui ta docte muse enrichit cet empire.
Tout le monde est vaincu par les attraits puissans Dont ta sainte heroïne a sçeu charmer nos sens Dans l’agreable cours de ton fameux ouvrage :
Si la gloire aujourd’huy vit après son trespas.
Ce renom immortel est un rare avantage Qu’elle doit à tes vers bien plus qu’à ses combats.
Le poète parle ensuite du cardinal de Richelieu, de Condé. du duc de Longueville qui ont comblé
Chapelain de faveurs, et finit par les strophes suivantes :
Ceux que le grand pouvoir joint aux grandes richesses A fait vivre en nos jours dans un estât heureux Ont semblé s’efforcer par leurs soins genereux A te faire à l’envy l’objet de leurs largesses.
Jules 1 qu’on vit marcher sur les traces d’Armand, Trouvant qon moins que luy ton mérité charmant Ne t’enrichit pas moins des biens de la fortune ;
De son predecesseur il esgalla les faits.
Mais il a surpassé cette ame non commune En comblant ta vertu par de plus grands bienfaits.
Après tous ces héros nostre puissant monarque ,
Qui du sçavant empire est le plus ferme appuy,
Par les nobles presens que tu reçois de luy,
Donne de sa justice une éclatante marque.
Touché des qualités qu’aux plus doctes humains Ont departy des dieux les favorables mains,
Du mérité et du sort il termine la guerre,
Et tu fais luire en toy des dons si précieux Qu’il remplit justement des trésors de la terre Celuy qu’il voit remply des richesses des cieux.
Puissamment soutenu par ces divins suffrages Qui de tes grands travaux sont le plus digne prix, Laisse agir vainement ces indignes esprits Dont l’insolente envie attaque tes ouvrages,
Oppose ces héros à ces hommes abjets :
Tu peux par ce secours confondre leurs projets,
1 Mazarin.
Et braver hautement leur troupe mutinée;
Ton nom, grand Chapelain, si célébré en tous lieux. Malgré les vains efforts de leur haine obstinée.
Doit avoir le destin de tous ces demy dieux.
11 nous reste pour terminer cette note déjà trop longue à parler des vers non signés. Indiquons, comme curieuses à divers titres, les pièces ci-après : le fameux sonnet de l'Avorton , de Jean Hesnaut *, et autres poésies relatives à la mort de mademoiselle de Guerchy, fille d'honneur de la reine mère Anne d’Autriche (elle mourut comme on sait des suites d’un avortement en 1660) ; plusieurs épigrammes sur le marquis de Langey à qui sa femme avait intenté un procès en impuissance et qui sortit à son désavantage de l’indécente épreuve du congrès (1658) ; quelques vers dont il est inutile de dire le sujet, et dont il est fait mention dans la Bibliotheca scatologica; la Hongrie secourue , poème héroïque (t. I er , p. 241-253), et la Pièce de cabinet (t. II, p. 157-166): c’est un curieux éloge du vin et des poètes buveurs ; il a pour auteur Estienne Carneau *, et a été reproduit dans les Variétés
1 Jean Hesnaut, maître en poésie de madame Deshoulières, mourut en 1682 suivant le nécrologe manuscrit de La Monnoye, cité par Goujet. Voir sur lui Goujet, Bibliothèque françoise, t. XVIII, p. 384-394; Viollet Le Duc, bibliothèque poétique , t. I", p. 537-539.
1 Estienne Carneau, de l’ordre des Célestins, mort le
littéraires de M. Édouard Fournier, t. III, p. 283-296.
Mai 1861.
17 septembre 1671. Nous ne citerons de ce poète que le poème suivant : La Stimmimachie, ou le Grand combat des médecins modernes touchant l’usage de l’antimoine, poeme histori-comique dédié à messieurs les médecins de la Faculté de Paris, par le sieur C. C. (Carneau, Célestin). A Paris, chez Jean Paslé, au Palais, dans la galerie des Prisonniers, à la Pomme d’or couronnée, hdclvi (1656), avec privilège du Roy et approbation des docteurs en médecine, in-8° de 8 feuillets liminaires et 131 pages. L’CEconomie du petit monde, du même auteur, est une pièce curieuse dans laquelle il décrit tous les organes de l’homme : on peut la lire dans les Muses illustres de Messieurs Malherbe, Théophile, Lestoile, Tristan, etc. (recueil publié par Colletet fils), Paris, Louis Chamlioudry, 1658, in-12, p. 17-30. Voir sur ce poète : Dom Liron, Bibliothèque chartrcine, Paris, Saugrain, 1733, in-4 (p. 347); Goujet, t. XVII, p. 242-246, et ViolletLeDuc, p. 545.
UNE SATIRE INÉDITE DE BOILEAU
La pièce suivante est tirée des manuscrits de Conrart conservés, comme on sait, à la bibliothèque de l’Arsenal. Ces précieux manuscrits, qui ne renferment pas moins de 48 volumes in-folio et 24 volumes in-4°, contiennent une masse considérable de pièces en vers et en prose, dont la plupart sont d’une haute importance pour l’étude de la littérature et de l’histoire au xvii* siècle. Un grand nombre d’érudits ont déjà fouillé ces portefeuilles : nous citerons parmi eux MM. de Monmerqué, Walckenaer, Guessard, Victor Cousin, Paul Lacroix, etc. Mais, malgré l’abondance des documents que ces savants ont mis au jour, il reste encore bien des découvertes à faire et bien des pièces curieuses à publier.
La satire dont nous donnons ici le texte, est malheureusement peu digne du grand poète du xvn e siècle et pour la forme et pour le fond. Elle se trouve, avec cinq autres pièces de Boileau (reproduites du reste dans les œuvres du satirique), au tome IX in-fol. des manuscrits de Conrart, p. 103-105.
Juin 1862.
UNE SATIRE INÉDITE DE BOILEAU