QUELQUES VERS DE PIBRAC
Dans le val tenebreux plein d’eternelle horreur,
Le funèbre devoir je vous suis venu rendre.
Je recognus sa voix, el ouvrant mes deux yeux,
Je remarquay maint trait de sa beauté première : Lysis, dis-je en pleurant, quelle fureur des Dieux T’a fait si tost quitter du soleil la lumière?
LYSIS
Les Dieux ne sont autbeurs du massacre inhumain Qu’un perfide assassin, attitré par son maistre En sa propre maison a commis de sa main Avec plusieurs voleurs compagnons de ce traistre.
FLORE
Quoy! tant de riches dons dont le ciel t’honoroil, Ta force, ta valeur, ta grâce, ta faconde Et tant d’exploits guerriers que la France admiroit, Ne te devoient-ils pas rendre amy tout le monde?
LYSIS
Flore, vous vous trompez : l’éclat de ma vertu Est l’unique venin qui m’a privé de vie,
C’est le foudre cruel dont je suis abattu,
Le rocher de ma nef, la butte de l’envie.
Ceux qu’aujourd’huy l’on voit les premiers rangs Rodomonts de piaffe et garces en courage, [tenir Ne pouvans de mon los le renom soutenir,
Ont acheté ma mort pour assouvir leur rage.
FLORE
O détestables mœurs l ô siecle rigoureux t Forge de trahison, escole d’injustice,
Des siècles le dernier, ô siecle malheureux ,
Tu esteins la vertu pour avancer le vice.
Lvsis, mon tout, mon bien, mille et mille trespas Me feront chacun jour voir d’Acberon la rive Si d’un coup seullement ton ombre fuit là bas ;
La gloire de tes faits restera toujours vive.
LYSIS
J’eusse fort désiré mourir au lict d’honneur. Mettant un camp en route ou forçant une place, Mais ce qui plus helas! augmente ma douleur.
C’est que mourant je perds les rais de vostre face.
FLORE
Le genre de ta mort tesmoigne ta valeur,
Et de tes ennemis la couardise infâme :
Tant qu’en moy restera de vie et de chaleur Toujours, mon cher Lysis, tu vivras en mon ame.
LYSIS
Toujours je gaideray dessous l’obscur tombeau Ta grâce, ta vertu dans ma poitrine emprainle ;
Et le Lethe oublieux, m’abreuvant de son eau,
Ne fera que j’oublie une amitié si sainte.
FLORE
L’excessive douleur ne me permettra pas De survivre après toy: les maux qu’amour me livre Sont beaucoup plus cruels que le cruel trespas : Tu m’emportes le cce ur, sans quoy l’on ne peut vivre
LYSIS
Quiconque veut guarir est jà sain à demy :
Madame, au moins tenez vostre douleur couverte; Que si vous ne pouvez oublier vostre amy,
Songe? au bien passé et non pas à la perte.
OîgitI"ëil'by ClKJÿle