‹ Variétés canadiennes [microforme]Chapitre 3 sur 96 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

AHAQUE fois que j'entends vanter nos

\ richesses naturelles, je me dis: mais pourquoi donc restons-nous relativement si pauvres dans un pays si fortuné ?

De même, quand, pour nous inspirer, nous avons devant les yeux les incomparables merveilles dont la Providence a daigné agrémenter le Canada, je me demande comment il peut se faire que nous nous en inspirions si peu. Est-il, au monde, une faune, une flore plus riches, sinon plus diversifiées ? est-il une nature qui sollicite la contemplation avec une éloquence à la fois plus majestueuse et plus douce ? est-il des montagnes, des prairies, des plages, des

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fleuves, des lacs plus pittoresques, plus séduisants pour le sportsman et l'homae d’affaires, pour le barde et le poète ? est-il un ciel, des aurores, des couchers de soleil, des soirs d'été mieux faits pour parler à l'imagination comme au cœur de l'enthousiaste et rêveuse jeunesse ? Pourquoi l'âme canadienne refuserait-elle de sourire à ces beautés, pourquoi négligerait-elle de les peindre par la plume ou le pinceau, et de les chanter sur la lyre ?

Dans les VARIÉTÉS CANADIENNES, je me suis effurcé de reproduire quelques traits de cette belle nature, et notre peuple valant encore mieux que la terre qu'il habite, j'ai consacré plus d'une page à l'évocation de son histoire, à la peinture de ses mœurs, à la phonographie de son langage. S'il nous plaît tant, aujourd'hui, d'apprendre de Marot, de Ronsard, de Rabelais ou de Brantôme comme parlaient nos ancêtres, nous pouvons prédire qu'à leur tour, nos successeurs dans Ja vie aimeront à savoir comme nous aurons parlé et pensé. En

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effet, l'éducation nulle, fausse ou insuffisante dont se plaignent les Canadiens-français de notre époque, ne les aura pas empêchés de voir au fond de bien des choses, ni de photographie: leurs aperçus dans des expressions si originales, si neuves, qu'elles auront eu le privilèoe de devenir familières sans rien perdre du parfum de leur nouveauté.

Dans ce livre, j'ai parlé aussi de certains intérêts qui nous sont communs avec le reste de la famille humaine et particulièrement appuyé sur ceux qui, nous étant propres, doivent, pour cette raison, nous être plus chers et tenir notre zèle armé pour leur défense. En tout cela, ma bonne foi a tâché de concilier le respect du vrai avec celui des personnes et de l'âpre susceptibilité qui leur vient souvent de la politique, de la classe, de la race ou de la religion à laquelle elles appartiennent. Je n'ai pas eu recours, non plus, à cette injure déguisée qu'on appelle flatterie. Non‘! j'estime trop le lecteur pour avoir osé lui tenir le langage du renard courtisan au corbeau

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naïf, ou de l'antique serpent à Eve, la grand'maman si bonne, mais, hélas! si désespérément sensible aux doux mensonges.

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