‹ Variétés canadiennes [microforme]Chapitre 42 sur 96 · SR RRRRLORLRLILTRLITVTR LL LI LE LTILILI SR · texte numérisé non relu

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Les mois, les années passèrent; Louise était une belle grande pensionnaire qui marchait sur le bout du pied, disait d'un air gracieux : “vous êtes trop aimable,” brodait pantouffles, blagues et swmokine caps... devinez pour qui? chantait au piano : ‘que fais-tu là, pauvre poète ?” et entonnait en partie double le refrain de cette romance, car une autre voix, une voix intérieure, connue d'elle seule, faisait retentir les voûtes de son cœur, en soupirant: “moi aussi, Seigneur, 'aétends, j'attends !”

Quant à Louison, il #'affendait pas encore. La religion prenait les trois quarts de son temps; l'étude des profanes occupait le reste. Encore, négligeait-il tout à fait les contemporains, y compris ceux de son pays, par crainte des mauvaises pensées.

Ainsi le voulait le programme.

Un jour de congé, Louise vint le voir avec les vieux : ce fut pour lui l’occasion, l'herbe tendre. En dépit des bons principes, il ne put s'empêcher de la trouver adorable, pendant qu'elle, le trouvait spirituel, savant, chevaleresque et beau à

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ravir: la flèche du petit dieu les avait pénétrés. Aussi, la belle pensionnaire ne fut-elle pas fort étonnée de recevoir, au bout de quelques jours, une lettre parfumée et fleurie, avec ces mots :

“ Forsèn et haec olim, meminisse juvabit.

# Ma chère demoiselle,

‘“ Depuis notre entrevue votre douce “image me poursuit jusque dans mes rêves.

‘ Les fleurs n’ont, pour briller, qu’un temps.

“ C’est un éclat qu’un souffle emporte ; “ Mais l’amitié que je vous porte # Sera toujours dans son printemps.

“ Votre petit ami. be”

—Que c’est donc fin! s'écria la bachelette.

Elle lut, relut, pressa la lettre contre son cœur, la porta à ses lèvres et l'enfouit mignonnement dans son gentil secrétaire, ne sachant qu’admirer davantage : ou du latin, qu’elle n’entendait mie, ou du français, dont son imagination pleine de flèvre exagérait le sens et les beautés.

Vinrent les vacances tant désirées :

Louison et Louise ne firent qu'un. Promenades par ici, soirées par là, ils goûtè-

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rent, à deux, de tous les plats Même, l'aristocratie insipide,autant que boursouflée de leur village, les invita à ses frasques :

jeux d'asstette, de chaise honteuse, ponts d'amour, le diable et son train.

On était lancé. Elle, qu'on avait ignorée, débutait avec éclat sur la scène, et lui, y apparaissait sous un jour nouveau, Ce n'était plus ce petit élève orgueilleux de sa casquette règlementaire et de sa capote à nervures blanches, communiant tous les dimanches par habitude, par névrose religieuse et par désir d’avoir un bon billet de confession ; c'était un Roméo guettant sa petite amie.

Ah! mon cher enfant, qu’avez-vous fait!

pleura son confesseur, au récit des fredaines du jouvenceau, pendant la retraite qui suivit cette périlleuse vacance. Prenez la sautane, sinon, vous êtes damné à tout jamais,

—La soutane! ah! non, mon père, jamais, impossible, plutôt mourir! Louise!

Ah mon Dieu! j’crois que j'me meurs !...

I] le fallut bien, pourtant. .......

Au grand ébahissement de la paroisse, à

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la stupéfaction de sa colombe, le Roméo se fit lévite, et les femmes et filles, satisfaites de ne pas avoir d'amants, pourvu que Louise perdit le sien, prirent un malin plaisir à lui chanter: ‘tu as perdu ton cavalier !”

Pauvre fille! les larmes de la désespérance lui perlaient au bord des yeux, tandis qu'une voix secrète disait : “ courage ! il ne

‘ gardera pas, il ne saurait garder cette défroque.”

Si bien pourtant la sarda-t-il, qu'il se fit curé et vint chanter sa première grand’ messe en son pays natal.

Il y eut diacre et sous-diacre, sermon de circonstance : “tu es sacerdos,” “qu'ils sont beaux les pieds!” etc.

Ce fut si ravissant que tout le monde en pleura, la petite, plus encore que tous les autres ; mais c'était, quant à elle, de joie autant que de peine, car, pensait-elle en priotant : s’il m'a laissée, c'était pour épouser la Sainte Eglise, et non une autre belle; béni soit Dieu!

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