‹ Variétés canadiennes;Chapitre 21 sur 36 · LA PEINE DE MORT · texte numérisé non relu

LA PEINE DE MORT

;I cruelle qu'elle paraisse, la peîne de mort est un pur effet de la loi d'équilibre qui préside à rharmonie de Tunivers.

Le talion s'est toujours imposé à notre nature comme l'expression de la plus complète justice. C'est la sanction dont Dieu lui-même se sert pour attacher les hommes au respect de sa volonté, et il a chargé la raison de leur apprendre qu'il les punirait précisément par oii ils auraient péché.

Or, notre justice, qui doit être le reflet de celle de Dieu pour bien mériter de porter ce nom, remplira-t-elle toute sa mission si, en laissant la vie, elle laisse le plus précieux des biens à celui dont le

crime consiste dans le fait même de l'avoir ôté au prochain ? Non ! vous n'aurez pas proportionné le châtiment à l'offense, tant que vous épargnerez les jours du monstre qui a trempé ses mains dans le sang de l'homme.

Oubliant la victime pour pleurer sur l'assassin, le sophisme et la sentimentalité ont déjà demandé aux peuples d'abolir la peine capitale, comme indigne de la civilisation.

En Europe, la Suisse, en Amérique, certains Etats de l'Union supprimèrent radicalement la peine capitale.

Avec quel résultat? Une pénible expérience les eut bientôt forcés de la rétablir.

Ah ! je voudrais trouver un pays veuf d'assassins, afin qu'on n'eût pas même à parler du mode de les punir ; mais tant que le meurtre, tant que le plus noir des forfaits se commettra au sein de l'humanité, il faudra bien y opposer le supplice le plus terrible : la mort, la destruction même de cette forme humaine que le diable aura accidentellement revêtue pour occire quelqu'un d'entre nous.

VARIÉTÉS CANADIENNES n?

Pourquoi, dira-t-on, "pourquoi tuer le

coupable ? La réclusion perpétuelle n'en débarrasse-t-elle pas tout aussi bien la *' société ?"

Je distingue très casuîstiquement : elle débarrasse la société de sa présence —

oui de son entretien, — non. Pourquoi

payer pension viagère à un bandit qui a mérité de ne plus vivre ? Pourquoi aussi, par les douceurs relatives de la prison, en inviter d'autres à faire comme lui ?

On le sait bien ; quand, à force de boire le poison du vice, un homme a fini par s'abrutir, ce n'est plus la prison, c'est la potence qu'il redoute. Encore, s'il vient à s'en rendre digne, ne réussit-il que trop à y échapper.

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