‹ Variétés canadiennes;Chapitre 22 sur 36 · LA JUSTICE ET LE DROIT · texte numérisé non relu

LA JUSTICE ET LE DROIT

lA justice est une vertu. Elle consiste dans la volonté perpétuelle de rendre à chacun le sien.

Le droit est l'ensemble des lois qui président à l'application de la justice.

Le législateur fait la loi, le juge l'interprète et la fait exécuter, le peuple la subit.

Le droit prend donc sa source dans la justice ; il s'en épanche comme le rayon s'épanche du soleil.

Mais de même que l'œil se nourrit de lumière, sans pouvoir supporter l'éclat de l'astre qui la lui transmet, ainsi l'esprit ne

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reçoit les impressions de la justice que dans la mesure nécessaire à l'harmonie de la vie humaine. Si parfois, il s'élève jusqu'à la conception du juste idéal, ce n'est que pour en admirer la splendeur, sans espoir d'en voir le règne en ce monde.

A trente-six millions de lieues de la terre, le soleil est un bienfait ; plus loin ou plus près d'elle, ce serait un fléau. De même, l'avènement de la justice dans sa plénitude, écraserait l'être humain. Non que la justice lui répugne ; — ^au contraire, il en a faim et soif — mais parce qu'en toutes choses, la dose doit se régler d'après la capacité. De là l'axiome : summum jus^ summa injuria.

Lorsqu'on veut être trop juste, on se fait bannir comme Aristide ou crucifier comme Jésus-Christ.

Il y a dans l'humanité des conventions bizarres, des préjugés, des travers, des abus sacrés auxquels il faut, de toute nécessité, souscrire.

Œuvre de l'homme pour l'homme, le code le plus parfait en apparence, sera toujours marqué d'une imperfection relative,

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parce qu'on n'aura pu l'écrire sans tenir compte de tout cela. De là cet autre aphorisme ; les lois sont l'expression des mœurs.

La qualité même de notre être impose des tempéraments à la justice et à la législation. Comment les hommes s'obligeraientils à des actes de vertu surérogatoires au maintien de l'ordre public et des bonnes mœurs, lorsque chacun en a assez de concilier, en vue d'un bon ordre social ordinaire, l'action complexe d'un corps et d'une âme ?

En effet, Fâme aspire à monter dans l'horizon serein des choses abstraites ; mais semblable à ces aérostats qu'une nacelle trop lourde retient à la terre, elle ne fait que voltiger au bout de la chaîne qui l'attache au corps. Si elle songe à s'élever au-delà, la pesanteur des appétits matériels l'en empêche.

A son tour, elle s'applique à réduire ces derniers, mais n'y réussit pas toujours.

Aussi, l'enfantement des arrêts législatifs ou judiciaires et l'obéissance qui leur est due, sont-ils, dans nombre de cas, beaucoup.

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