LE MATIN DU JOUR DE L'AN
— P'tît Louis ! p'tît Louis ! Tcoq chante.
—Hein ?
— L'coq chante, j'te dis, y sVait temps d*oir à nos chaussons.
— Oui, batêche! ousqu'é Tmien?
— Charche : tu dois saoir ousce tu Tas pendu ?
— Bon, IV'là... si y en a, d'dans, d'zaffaires! Tâte-moi lé don'... Ane cannette, un bâton, des noix, du raisin . • . Ah ben Tguiabe ! jusqu'à ane cigannne! Ça, c'est chanceux ! . • . Pi toé ?
— Moé tou.
tâo VARIÉTÂS CANADIENNES
— Om!,.. c'te belle p'tîte paire de jouaux dTer blanc, pour le p'tit ! c'te belle catin, pour la toune !
— loù, mes tits jouaux ?. • . îoù, ma tîte catin?... Oune! c'est ça, des tits riens touneux ?
— Oui, c'est beau, hein ?
— Vi... Qui es a dennés ?
— Le p'tit Jésus.
— L'tit Zézus ?
— Evoù qu'y é, l'tit Zézus ?
— Dans l'ciel.
(Les époux) — Coût don', vieux ?
— Quoi'c' que ya, don' ?
— Via les enfants d'boute, tu d'vraîs te l'ever, pi aller les faire arrêter ; y vont tout mette sans sus d'sous ! Queu ravau !
— Avant ça, on va toujou ben s'ia souhaiter; c'est Tmoins, on a iTjour de l'an qu'âne fois par année... Houm ! . • . dieu, qu't'es-t-ane bonne vieîHe !
(Riant) — Tu peux l'dire. Faut être plusse que bonne, pour t'endurer.
-T-Dis-moi pas ça, j'vas t'embrasser encore... Sais-tu c'que j'te souhaite, vieille ? — Justement ce que nous souhaitait m'sieu
l^ARIÊTÊS CANADIENNES iSi
le curé quand on s'est marié ; ane nombreuse famille.
— Tu t'en trouves pas encore assez, j 'suppose ?
— Eh non ! j'voudraîs remplir toute la maison.
— Ré tanant ! ah! tu peux ben aoîr des enfants tanants !.. Va à la porte, ça cogne.
— Ça doit être les quéteux du village qui commencent leu tournée du jour de Tan...
Aie, qu'é là ?
— C'est moé.
— Qui, toé }
— P'tit Tenne.
— Cré chien! t'es ben matinal, sans r proche ?
— L'faut ben, m'sieu Lâni, si j'veux ajeuer ma tournée avant la grand'messe.
Faut Tgagner, nus autres, not'jour de l'an, si on veut l'aouoir.
— Quoi'c'que tu prends ?
— Dame ! j'ai coutume de m'faire denner des œufs ou ben des coppes, mais à matin, j'ai envie d'faire comme tout Imonde, j'vas prendre un coup, j 'compte ben.
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— T'en es Tmaîte. Approche, on va prende tous les deux. A ta santé, mon Tenne.
— A la vot', m'sieu Lânî ; ane hureuse..- A c't'heure, vu la circonstance, je m'fie ben que vous m'en voudrez pas, si j'm'en vas tout d'suite comme un savage, hein ?... Eh ben ! au rouair et pi jVous remarcie, tout de bon, dVos belles politesses.
— De rien, de rien, mon fisse.
(La femme)^ — Est-y parti ?
— Oui : y en d'sort.
— Eh ben ! vite habiller l's enfants, pî déjeuner avant qu'nos gens des concessions arrivent, parce qu'on pourra pas aller à la messe... V'nez nous souhaiter la bonne année, les petits enfants. • . Bonne. . .
bonne,., bonne, comme ça. Allez-vous ête ben sages et obéissants à l'avenir ?
(Ensemble) — Oui, son père !... oui, sa mère!
— Tant mieux : on a hâte de voir ça, Chaussez-vous, à présent ; vous allez attrapper l'rhume, à marcher nu-pieds su l'plancher.
— Nos chaussons sont tout pleins d'suc' !
VARIÉTÉS CANADIENNES i^
— Mettez-en d'autres, vite ! vite !
(La femme) — JVas mette la tabe tout d'suite ; vous mangerez comme vous pourrez, à mesure que vous s'rez parés ; autrement, on ara pas faite la moiquié d'not' ouvrage avant qu'y arrivent.
(Le mari) — Non ! pour le sûr et certain, les v'ià déjà. T entends pas la oéture qui rente dans la cour ?
— C'est pourtant vrai ! sainte mère des saints ! j'me sauve; arrange toé avec.
(Pi ! pan ! pan !)-Quien ! bonjour,bonjour I Quoi'c'que tu fais, don', Lâni ? es-tu veuf à matin ?
— M'en parlez pas ; ma femme a faite la paresse, pi aile é hien qu'après s'habiller.
(Elle, dans sa chambre) — Ah ! l'pauvre homme, qu'y é menteur !
— Eh ben, d'abord qu'aile é pas morte, c'é l'principal ; on va toujou pouoir y souhaiter la bonne année encore ane fois.
Ouayons, Mina, on va-t-y y aller ou ben si c'é toé qui va v'nir nous ouoir ?
— Entrez pas, entrez pas. Aïe!
— Fallait réponde pus vite. A c't'heure
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qu'on gué, on va guy rester. Quand même qu'on t'dannerait pas Ttemps démette toutes tes fardoches ? Y a-t-y besoin d'tout ça, pour s'embrasser?... Allons, mon enfant, ane bîenhureuse, pi du succès dans l's enterprises, toé pi ton mari.
— Marci, vous autes pareillement...
Janvier, mon vieux ?
— Quoi, sa mère ?
— Sors don' les beignes, pi la boisson, là.
Faut prende queuque chose ; parler, pi rien prendre, au jour de Tan, ça fait pas ; ça l'air trop pauv'.
—Eh ! ça fait belle lurette que tout est sorti. J'vous attends, moé.
— Ah ! ah ! ma p'tite, tu l'pensais pas si smatte que ça, j'sus ben sûr?
(Souriant) — Ce pas ben aisé de l'penser smatte ; y Té si peu souvent.
— Dis don' que c'é pas ben encourageant de Tête, non plus. J'en sus si peu récompensé... Hein ? là, j'te prends ?... Quoi'c*qu'on boé ?- -du vin, d'ia bière, d'ia liqueur, du d'gine ou ben du whisky ?
— Pour moé, c'est un peu de d'gine.
— Du vin, s'y vous plaît "
VARIÉTÉS CANADIENNES rSf
— Toé aussi, p'tît Paul ?
— Ouï ; marcî, marcî.
— Et toé, Mine ?
— Même chose que toé, son vieux.
— Ben moé, c'est du whisky.
— ^Moé aussi, un peu,... bon !
— Allons, qu'y vous^ fasse pas d'mal.
— Vous autes non plus ; salut !
— Y é bon, vot' vin. Cest-y du vin quVous avez faite vous autes mêmes.
— Oui : c'est du vin d'vîgne savage.
— C'é ben la muilleure. On n'n'a jamais bu d'si bon d'not' vie ; mon Dieu, qu'y é bon!
— Goûtez don' à nos beignes, pour ouoir ?
Crab crapaud ! vous avez ben russi aussi ben que pour vot' vin ! y ont goût d'amande! Ben, mon pauv' Janvier, t'as ane femme qu'é pas battue.
— Eh ! c'est tout simple ; c'é parce que c'é moé qui y a montré.
— Finis, finis tes turlutages, mon beau capabe, pi habille-toé vitement pour la messe ; v'ià les tintons qui sonnent. Si fallait qu't'arrives commencé, l'monde ba-
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