LA VIE
|A vie est un chemin qui aboutit à la *^^ mort; chacun y entre couronné des fleurs de l'illusion. Ces fleurs, le temps les réduit en poudre, cette poudre le vent de l'expérience la prend sur son aile et la jette dans nos yeux qui en pleurent jusqu'à ce qu'ils se ferment pour ne plus se rouvrir.
Fille chérie du mensonge, pourquoi l'illusion est-elle, de notre part, un objet de caresses ? Parce que le charme de la vie en dépend, parce que les apparences, les faces, les surfaces et les façades des choses ont pour tous les âges des séductions plus douces que la réalité qui se ca-
BSb VAX/ÉTÉS CAHADIENNBS
che derrière elles sans, d'ailleurs, permettre à Tivresse du moment de Ty soupçonner.
Bîen plus, comme si elle se faisait complice du mensonge, la réalité n'entre en scène au dernier acte de Thumaine comédie, que pour achever, en quelque sorte, la mystification si bien commencée et poursuivie par celui-là. De crainte de nuire au succès de la pièce, elle se garde bien d'apparaître au début, et lorsque, enfin, elle se montre, c'est pour vous dévoiler dans une saisissante coïncidence, vos erreurs, avec l'impossibilité d'y remédier. De là le proverbe :
•* si jeunesse savait, si vieillesse pouvait."
Erreurs charmantes, c'est pourtant de votre sein qu'est né cet autre adage encore plus vrai peut-être : "qui perd ses illusions, cesse de vivre."
Oh ! heureuse jeunesse qui ne sait pas !
Triste vieillesse qui sait tout, ne peut plus rien et ne réparerait pas grand'chose, quand même elle le pourrait !
Que voulez-vous ? Nous adorons voltiger autour de la vie, comme le papillon autour des lumières traîtresses. Il y va de nos ailes; n'importe. Vivre, n'est-ce pas jouir
VARIETES CANADIENNES ' sSr
de ce qu'on aime, à peiné d'en mourir ?
VoÎGÎ, par exemple, ce fumeur d'opium, ce morphinomane. Dira-t-on qu'ils ignorent les fatales conséquences du poison auquel ils redemandent des rêves et de l'extase ?
Cependant, plus leur suicide s'accuse, plus ils s'imaginent qu'ils ne sauraient vivre sans se tuer.
Et ce vieillard, quel qu'il soit? Allons, vieillard, approche... Toi, si longtemps réfractaire à la sagesse, toi qui n'as consenti à la voir germer que sur le sol infécond de ta décrépitude, ose maudire ce premier âge où l'on est obligé d'être fou pour être heureux.... Fou ! mais, tu l'es plus que jamais. De peur que ton avarice ne le proclame assez haut, ne grilles-tu pas de nouer avec la plus jeune péronnelle possible, un mariage qui va mettre le comble à toutes les folies de ton existence ?
Ainsi va le monde ; partout, toujours, à tout âge abusé, tantôt aveugle par ignorance, tantôt faux et étroit par instruction, hypnotisé par le plaisir, les honneurs et l'argent, éclaboussé, éclaboussant, tourmenté par la fureur des religions, écrasé
«Al VARIÉTÉS CANAVIENNSS
SOUS le talon de ses maîtres/ etc. Vallée de larmes où surnagent quelques sourires 1
Mon ami, cet état de clioses vous rend sceptique et misanthrope ? Pourquoi donc ?
Est-ce aux êtres de la terre que vous devez croire ? Est-ce en Thomme que vous devez chercher la perfectbn ? Si elle y était, l'homme lui-même ne serait plus.
Peine perdue que de vous plaindre de lui en disant : " il n'est pas ce qu'il devrait être." Si vous le pouvez, comprenez d'abord ce qu'il es£ et vous en aurez assez, car, enfin, tel il a toujours été, tel il sera toujours. C'est sa nature qui le fait ce qu'il est, et je ne vois pas bien pourquoi elle changerait plus que celle des autres êtres, ni pourquoi il faudrait supposer un ange pour avoir ridée exacte d'un homme.
Hélas ! l'être humain est un vaste foyer de paradoxes ! Sans cesse occupé de ravir des secrets aux profondeurs de la mer, de la terre et du ciel, on dirait qu'il n'a guère de temps à perdre pour la science de sa propre signification, bien qu'il admette que le point de départ de la sagesse réside dans la connaissance de soi-même.
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