‹ Variétés chirurgicalesChapitre 26 sur 51 · LA VIL PIUVLK D’AU T IIK FO I S · texte numérisé non relu

LA VIL PIUVLK D’AU T IIK FO I S

raconté ailleurs ‘ que les dames romaines ne (lédaijjuaient pas les nattes postiches, et que le commerce des cheveux lut de fort bonne heui'C en pleine activité. Mais les tresses brunes ou blondes sont surtout utilisées comme ornement; en cela très inférieures aux dents qui, outre leur valeur décorative, constituent des objets de première nécessité. Aussi les nobles et vénérables oriqines de l’odontotecbnic se perdent-elles dans la nuit des à{|es. Veuillez donc, chers lecteurs, vous reporter trois mille ans en arrière, soit treize siècles a^’ant la naissance de Jésus-Christ.

En ce temps-là vivait, à ce qu’on dit, le célèbre Püsculape, un médecin parfait, îrjxzp ap.îip.wv suivant Homère. On le soupçonne, il est vrai, d’avoir absorbé la (gloire comjuisc par toute sa famille, car Cicéron nous aj)prend qu’il y eut quatre Esculapcs. Un seul nous intéresse ici, le troisième, à qui revient, paraît-il, riionncur d’avoir inventé rusaqc des piirqatlons et l’art d’arracher les dents

De cet art, on n’abusait (>uèrc, il faut bien le reconnaître, et trois cents ans avant Jésus-

’ Voy. Les soins de toilette.

* « Qui priiiius purgationein aivi ilcntisque cvulsionciu invenit. » De natura deorum, lib. 111, § 22.

Christ, un anatomiste (]rec avait ilejà formulé le laineux ajihorisme : « jN’arrachez pas, {guérissez ! » Les anciens, dit Jean Liéhaut,

« tenoient tant de compte, lalsoient si (jraïul cas de leurs dents, qu’ils ne les tiroient ny arraclioient jamais ipi elles ne hraiislasscnt et tombassent rpiasi d’elles-mesmes. En tesmol- {pui{je et advertissement de ipiov, au temple d Apollo y avolt imc tenaille à tirer les dents, laicte de ploml), pour si{jnifier qu’il ne falloit tirer la dent si elle ne branle et vacille tellement qu elle puisse estre arrachée et tirée avec une tenaille de plomb, c’est-à-dire sans lorce ou violence aucune; autrement non » Cette in{jénieusc idée appartenait au médecin Érasistrate, c’est Cadius Aurelianus qui l’aftirme”. Hippocrate ne recourait aussi à l’ablation que dans les cas désespérés. Il écri\ait : « Quant aux douleurs causées par les dents, si la dent est cariée et branlante, il faut 1 ôter; si, sans être ni cariée ni branlante, il existe cc[)endant de la douleur, il faut la dessécher en la brûlant *. » Cclse se montre aussi

' I rois Hures de l euibellissemenl du corps humain, 1582, in-12, i>. 5 10.

* De morhis chronieis, lih. II, cap. iv, cilit. A. de llallcr, t. II, p. 135.

^ Des affections, § 4, trad. Lillré, t. VI, p. 213. — Oii

LA VIL IMUVKK D’ A U 1 lî K FO I S .

sa, {je, et il recoiiimancle d’afreniilr les dents l)i‘aidaiites en les atlacliant à leurs voisines av'cc des (ils d’or'. De là à en substituer de nouvelles, il n’v avait qu’un j>as.

J’ijjnore qui a découvert l’art si précieux de remplacer les deuts absoutes par de jolis os tout neufs, mais il est permis d’afdrmcr (jue, cent ans après Jésus-Christ, cet art était déjà ])arvenu à une certaine perfection. « Tu ôtes tous les soii's tes dents comme la robe, » dit impoliment le poète Martial à une vieille Uomaiiie". On pouvait, en cflet, se procurer déjà des râteliers complets d’os ou d’ivoire '^, reliés par des fils d’or et adhérant aux {jenclves C

[.iCS ijjnorants barbiers (pii représentèrent d’abord en France l’art cbirurjjical ne connaissaient pas les injjénlcux procédés inventés jiar les dentistes romains. Ouand saint Louis

passait léjjèrcmcnl et rapidcincnl un fer roujje sur la {jcucive.

* « Auro ('uiu iis (|ui lieue liaucut \ iuciemli suut. » De mcJiciini, lil>. Vil, eap. xu.

' « iSee <leutes aliter (piaiu serica uocte dejiouas. »

(Epifjr., lil). IX, cp. 38.)

^ « Sic deutala sihi videlur Æjjlc,

Emptiljus ossilius ludiccujue cornu. »

JbùL, lib. I, ep. 73.)

* Cicéron, De fer/ibw!, lib. II, cap. xxiv.

® Vuy. Les chirurgiens.

mourut, à cinquanlc-ciiiq ans, sa mâchoire inférieure ne possédait plus (pi’uue seule dont. Parmi les précieuses reliipies conservées dans le trésor de Saint-Denis fifjurait « la mandibule monsieur saint Louys, roy de France, tout entière défaillant à l’exception d’une dent ' . «

Au dél)ut du (juatorzième siècle, il existait à Paris un barbier qui semble s’étre spécialement occupé d’odontotecbnie, car la Taille de 1313 mentionne dans la Cité : u Martin le Lombart, qui trait les denz^. « C’est sans doute tout ce qu’il savait faire. Le ménagier de Paris (1393) indique comme remède contre l’odontalyie les gargarismes avec une décoction de feuille de sauge ’C Mais à cela se borna pendant longtemps la science des dentistes, car le corps de Charles le Téméraire, retrouvé sur le cbamj) de bataille de Nancy, fut reconnu ii ce (ju’il ne lui restait plus de dents à la mâchoire supérieure : «Il fut, dit Jean de Troyes'^, reconnu à six choses, la première et

' Invciitdlre inainiscrit du Iré.Kor de Saint-Denis, dressù en J 03 V, et |)nl>lic par !■ . D’Ayzao, Histoire de V abbaye de Saint- Denis, t. n, p. .ôi-8.

“ l’a{jc 15.5.

^ Tome 1 1 , p. 257.

‘ Chroniffue, édit. Micliaud, t. IV, j). 329.

LA VIK rniVKK D’A U T r.i: FOIS.

la principale (ut aux dents de dessus, lesquelles il avoit autrefois perdues par une cliente. »

Celles de Charles Yll valaient-elles mieux? J’ai avancé* <pie, selon toute apparence, il était mort d’un cancer à la joue. Le mal se serait déclaré après l’extraction d’une dent gâtée, mais le roi souffrait depuis longtemps d’une plaie cancéreuse à la jambe. Le chroniqueur Jean Chartier, dont le récit a été jusqu’ici universellement accepté, raconte que Charles Yll se laissa mourir de faim; il est très probable que s’il mourut ainsi, ce fut bien malgré lui. Épuisé de vieille date, il ne put sans doute supporter l’abstinence prolongée à laquelle l’état de sa bouche le condamnait”.

Je serais fort tenté de croire que François I" eut aussi de mau\aiscs dents, car on lui trouve uu dentiste en titre, Guillaume Coureil®, et son médecin Jean Greurot ne dé-

' Dans Lex médeciitx, p. fiO.

^ Voy. .Ican Gliarlicr, Chronujue, édit, cl/.év., t. III, p. 112. — IMi. de Coininvnos, yi^e/MOiVc'.v, édit, de 17-V7, t. II, p. â07. — Vallet de Wr'w WXc, Ilixtoire de Cttar! ex l'//, t.lll, p. V57. — Du Fresne de Hcancourt, //êffon e de Charles VII, t. VI, p. V39,ct une lettre du docteur iSotta, insérée j>. 458.

■’ t'.Iu'rcau, dans VUnion médicale, numéro du 26 février 1863, p. 387.

V A R I !•; T i: s C I II R U U G H : A r. K s .

daigna pas de donner une grande place à l’art dentaire dans un petit volnine cjne j’ai déjà cité'. 11 reconnait d’abord que l’odonlalgie, « entre aultres immortelles passions des([Lielles l’homme ha douleur, est plus moleste. 1) Aussi indique-t-il une foule de remèdes pour la calmer ; Tenir en la bouche eau canqihrée ou décoction de canqihre ilans du Alnaigre; mettre dans la dent cariée un peu de coton imbibé d’imile d’aspic; se gargariser avec une décoction de pyrèthre, de menthe et de rue mêlée à du a in chaud; pour blanchir les dents, le fond de toutes les préparations est la corne de cerf ’^. La Civilité d’Erasme, publiée eu 1530, nous enseigne (pie l’on employait également pour cet usage dilférentes poudres; que l’ou frottait les dents avec du sel et de l’alun, et ([ue heaucouj) de personnes avalent l’étrange coutume de les nettoyer avec leur urine Laurent .louhert, médecin de Henri III, lui préférait le vin trempé d’eau

' L' enlretenemenl de vie, etc., 15'i-l, iii-18. Voy. Les médecins, p. 158.

- Pa^fc J().

■' Voy. Les soins de toilette, |>. 178.

^ « 11 ne faut oiil)licr la l)oiicIic, pour conserver les dants, les gencives et la honne haleine, <|ui est de très grande

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