‹ Variétés littéraires (volume 2)Chapitre 14 sur 48 · G novembre · texte numérisé non relu

G novembre

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de leur élévation... N'aimez pas les monstres de l'imagination et les êtres moraux. Il ne doit être question que du bonheur des êtres réels, des individus existants ou prévus. Nous et nos enfants, voilà tout. Le reste est rêverie. » Cette doctrine a un nom bien connu : c'est Tempirisme pur et simple.

D'après cette exposition de principes, dont le premier est qu'on n'en doit pas avoir, il ne faut pas s'étonner que le hardi penseur, familier avec toutes les audaces de la théorie la plus émancipée sur les bords de la Seine, devienne un politique timoré à Naples et ce qu'on appellerait aujourd'hui un réactionnaire décidé. Chargé de la censure on 1777, il a droit de vie et de mort sur toutes les pièces. Il en profite sans scrupule et sans vergogne. Et, quand survient à Naples une troupe de comédiens français qu'il appelle assez plaisamment « les missionnaires du patriarche », voilà l'ami de Voltaire et de Diderot qui défend Olympie, qui défend le Galérien, quoi encore? Le Tariufe. « Oui, monsieur l'anticagot, écrit-il à d'Alembert. Oui, le Tarlufel » 11 est naturellement aussi l'ennemi de la liberté de la presse. Tout n'est pas à mépriser, d'ailleurs, dans sa manière de voir sur ce sujet : « Rien ne contribue davantage à rendre une nation grossière, détruire le goût, abâtardir l'éloquence et toute sorte d'esprit. Savez-vous ma définition du sublime oratoire? C'est l'art de tout dire sans être mis à la Bastille, dans un pays où il est défendu de rien dire. Si vous ouvrez les portes à la liberté du langage, au lieu de ces chefsd'œuvre d'éloquence, les remontrances des parlements, voici les remontrances qu'un parlement fera : Sire, voua êtes un s... j.., /*.... La contrainte de la décence et la contrainte de la presse ont été les causes de la perfection de l'esprit, du goût, de la tournure chez les Français. Gardez l'une et l'autre, sans quoi vous êtes perdus. La

nation deviendra aussi grossière que l'anglaise, et le point d'honneur (honneur, le pivot de votre monarchie) en souffrira. Vous serez aussi rudes que les Anglais, sans être aussi robustes; vous serez aussi fous, mais beaucoup moins profonds dans votre folie*, » Il y a une vue juste au fond de cette apologie paradoxale du régime de la censure. Il est certain que ce régime, si favorable aux abus du pouvoir dont il supprime la discussion et le contrôle, par là même développe la finesse, l'acuité de l'esprit, l'art de tout dire, comme dit Galiani, sans être mis à la Bastille. Comparez le journalisme aux jours où il n'est pas absolument émancipé, aux jours de la liberté comprimée ou supprimée, et ce qu'il devient quand il n'a plus à subir ni une entrave ni une menace! II faut en prendre son parti. La presse perd en finesse et en esprit tout ce qu'elle gagne en liberté. Quand la contrainte de la presse tombe, elle ne rencontre devant elle que la contrainte de la décence, et ce dernier obstacle est bientôt franchi. De tout cela, bien entendu, nous ne parlons qu'au point de vue de l'art; c'est une question d'esthétique et de littérature que nous traitons en passsant, non de politique, et, en tant qu'artiste, Galiani semble avoir raison.

C'est cette absence à peu près complète de convictions qui développe chez lui une si redoutable clairvoyance en politique. Il excelle à saisir les causes cachées, et, dans les causes, les effets à déduire des données actuelles, la moyenne des résultats probables. Rien ne trouble plus d'ordinaire la clarté du jugement dans l'appréciation et la prévision des événements de ce genre, que la nature des esprits dogmatiques, qui ne veulent jamais que leurs idées «lient fort, ou bien encore la proximité immédiate

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