‹ Variétés littéraires (volume 2)Chapitre 16 sur 48 · juin · texte numérisé non relu

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In marine sora très négligée; il y aura très peu de commerce, et presque tout par terre et de proche en proche, car chaque nation ayant perfectionné son agriculture et ses arts, se suffira à elle-même, et les sottes lois très favorables à l'exportation et contraires à l'importation auront détruit tout commerce, etc. » Il est impossible de se tromper plus lourdement, par infatuation d'auteur. Mais voyez comme sa vue s'éclaircit, dès que sa personnalité n'est plus en jeu. C'est un coup d'œil prophétique sur l'état de l'Europe dans cent ans « ... Le pape ne sera plus qu'un illustre évêque, et point prince; on aura rogné tout son Etat petit à petit... Les forteresses actuelles tomberont en ruines, et les remparts deviendront partout de belles promenades en quinconces.... L'Angleterre se divisera de l'Europe, comme le Japon de la Chine.... Dans ce temps-là, les sciences à la mode seront les physiques, les chimiques et les alchimiques..,, A force de lier les sciences vraies ensemble, on en tirera une fausse qui ne subsistera qu'en mots creux, ou en axiomes de platitudes obscurcies par les grands mots.... Plus de théologie, plus d'antiquités, plus de langues savantes.... » Et que dire de l'avènement des avocats pronostiqué en termes si clairs dans la société future : « Heureux les robins, qui seront alors nos mandarins! Ils seront tout, car les soldats ne seront que pour la parade.... » Et la prophétie continue, moitié plaisante, moitié sérieuse; puis elle s'interrompt tout à coup sur une boutade. A quoi bon tout cela? « Je suis sans maîtresse, sans amis, sans écouteurs, sans parleurs, sans rien de ce que j'avais autour de votre cheminée* )), et tout d'un coup la Sibylle, songeant que SOS oracles n'éclateront qu'à plusieurs centaines de lieues

i. 27 avril, 4 mai, 11 mai 1771.

de Naples, retombe du haut de son trépied. Il faut au petit prophète un entourage, des applaudissements immédiats pour entretenir sa verve; il se décourage et réfléchit sur son isolement, sur son ennui incurable et profond : a Je trouvai que cette lassitude est positivement Tévaporation de celte matière qu'on appelle l'âme.... La mort est donc une lassitude universelle produite par un excès de désirs. Je meurs d'envie de retourner à Paris : voilà ma mort. Bon soir*. » De toutes ses prophéties, c'était encore la plus sûre : il mourra de cette nostalgie de Paris, où il ne devait pas revenir.

Nous ne parlerons des divers ouvrages qui amusaient les loisirs de Galiani que pour marquer un trait de son caractère, le contentement extrême de tout ce qu'il écrit. C'est d'abord La Bagarre^ une parodie des économistes, et spécialement de Mercier de Neuville, qui venait de publier son livre de Lintérêl général de l'Étal, Galiani prétend n'avoir jamais rien écrit de plus gai ni de plus spirituel. Nous n'y contredisons pas; mais nous devons l'en croire sur parole, le manuscrit ayant disparu ^ (^est ensuite un Socrate imaginaire, opéra bouffon dont on fait les vers sous sa direction et que Paesiello met en nmsique. a II n'y a rien de plus fou », a dit l'auteur, un peu gâté par le souvenir de ses bonnes fortunes d'esprit et ne doutant pas de sa verve comique. « C'est une imitation de Don Quichotte. On suppose un « bon bourgeois « de province, qui s'est mis en tête de rétablir l'ancienne

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