Lettres du 25 août et du 13 octobre
(( philosophie, l'ancienne musique, la gymnastique, etc. « H se croit Socrate : il a pris son barbier, dont il a fait « Platon (c'est le Sancho Pança); sa femme est acariâtre « et le bat toujours ; c'est une Xantippe.... Ce sujet serait (( digne d'un roman bien gai, et cest, à mon avis, le seul (( qui pourrait être aussi original que Don Quichotte, et « du goût de notre siècle. » Il fallait que les plaisanteries napolitaines dont la pièce était émaillée fussent bien (îomiques pour racheter la pauvreté de ce canevas. Elle réussit; mais, après quelques représentations, elle fut interdite, et c'est ce qui excusait, plus tard, aux yeux de Galiani, devenu censeur, ses propres rigueurs pour les pièces des autres, qu'il interdisait à son tour en s'en vantant. Singulière peine du talion, ou plutôt logique à rebours, mais qui est bien dans l'humeur du vaniteux et vindicatif petit abbé. — Sans doute pour mettre tous les lecteurs à même de goûter le charme de ses plaisanteries indigènes, il entreprend un dictionnaire du dialecte napolitain, avec des recherches étymologiques et historiques, sur les mots particuliers à cejargonK Et avec cette satisfaction imperturbable qu'il porte dans toutes ses œuvres, il ajoute : n Ce livre sera curieux et utile à mon pays; au reste, plaisant au dernier degré pour ceux qui entendent notre dialecte. » L'ouvrage devait être vif; car l'auteur recommande deux fois à Mme d'Epinay de lui garder le secret. Enfin, il s'occupe entre temps de retoucher ^on Horace. On sait que, pendant son séjour à Paris, il avait entrepris un commentaire sur le poète latin ; il en faisait des lectures fréquentes à ses amis, particulièrement Grimm et Diderot, qui le vantaient fort. Il poursuit son travail à Naples, et l'on voit bien que son œuvre
1. 17 avril 17 79. C'est l'ouvraj^e qui fut publié, en 1779, sous le titre Del Dialetto Napolelano, et complété dans une publication posthume.
s'éclaire d'une idée nouvelle à ses yeux; c'est qu'il pourrait y avoir quelques traits de ressemblance entre le poète et le commentateur. « Je m'occupe d'Horace, écrit-il, je suis parvenu à me former une idée bien distincte de sa vie : il a été malheureux, pauvre, très mal traité par Mécène, qui l'employa beaucoup et lui fit très peu de bien. Les Mécènes anciens étaient tels que les Mécènes modernes. Le monde s'est toujours ressemblé. » Il est assez clair qu'il fait là un retour sur lui-même. La vérité c'est qu'Horace n'a été ni malheureux, ni pauvre, ni mal traité par Mécène; Galiani ne l'a pas été davantage : il était pourvu de belles charges, de beaux bénéfices, très bien doté, très bien rente, sans être, il est vrai, jamais content des autres ; il ne l'était, il ne le fut jamais que de lui-même. Beaucoup d'esprit n'empêche ni l'humeur difficile ni le mauvais caractère.
Les qualités comme les défauts de Galiani le rendaient singulièrement avisé dans ses jugements littéraires. Il a des aperçus remarquables, toutes les fois que sa personiialilé inquiète et accapareuse n'est pas en jeu. Dieu sait s'il avait flatté Voltaire ! Il avait même fini par obtenir du patriarche une page aimable pour les Dialogues, mais dont il ne paraît pas aussi satisfait qu'il aurait dû l'être *. D'ailleurs l'abbé était de ceux qui ne sont pas esclaves des services sollicités et acceptés, et qui pratiquent largement l'indépendance du cœur. Personne n'a jugé plus librement que lui Voltaire, quand l'occasion se présente de le faire dans sa Correspondance. Mme d'Kpinay avait, un soir, discuté avec un Anglais, particulièrement instruit de notre littérature, sur le bon ou le mauvais effet que pouvait faire un ouvrage tel que le Commentaire de Voltaire sur Corneille. On avait décidé de prendre Galiani