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L'ABBÉ GALlAiNI EN EXIL. 47
lions de détail, il y a là des considérations qui méritent qu'on en tienne compte.
Mme d'Épinay lui envoie une publication de Voltaire : Il faut prendre un parti, ou le Principe d'action, diatribe, où le patriarche s'était efforcé de donner les preuves de l'existence d'un Être suprême. Galiani démêle finement le fond d'incurable scepticisme qui s'y mêle : « Voltaire est déiste, dit-il, par des égards politiques. Ainsi les athées ne le compteront pas parmi leurs ennemis, quoiqu'il écrive contre eux. C'est bien plaisant que Voltaire paraisse modéré dans ses opinions, et qu'il se llatte d'être compté parmi les protecteurs de la religion, et qu'il faille, au lieu de le persécuter, le protéger et l'encourager*. » Enfin, il ne supporte pas cette société d'admiration et d'affection mutuelle que Voltaire a essayé de fonder parmi les philosophes : « 11 a tort de leur dire : « Aimez- « vous, mes enfants. — Ceci ne doit se dire qu'à des « sectaires. Il faut dire cela aux économistes, aux jansé- « nistes; ils ont besoin de s'aimer, et la boîte à Perrette (( est le pivot de toutes les sectes. Les philosophes ne « sont point faits pour s'entr'aimer. Voltaire n'a point i aimé, et il n'est aimé de personne. Il est craint, il a sa ({ griffe, et c'est assez. Planer au-dessus et avoir des (( griffes, voilà le lot des grands génies*. » Galiani a raison au point de vue de la philosophie pure. Là, il ne devrait y avoir place ni pour ces ménagements et ces flatteries, ni pour ces effusions d'une sensibilité plus ou moins artificielle que Voltaire prodigue à ceux qu'on appelait de son temps les philosophes. Mais il faut se souvenir que la philosophie n'est pas une théorie pure pour Voltaire : c'est avant tout un combat, et dès lors cela implique une politique suivie, un système d'opposi-