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4t> VARIÉTÉS LITTERAIUES.
pour juge. Celui-ci ne déclina pas la responsabilité qui lui était déférée. « Je n'ai jamais lu les notes de Voltaire sur Corneille, répondit-il, ni voulu les lire, malgré qu'elles me crevassent les yeux sur toutes les cheminées de Paris, lorsqu'elles parurent. Mais il m'a fallu ouvrir le livre deux ou trois fois au moins par distraction, et toutes les fois je l'ai jeté avec indignation, parce que je suis tombé sur des notes grammaticales qui m'apprenaient qu'un mot ou une phrase de Corneille n'étaient pas en bon français; ceci m'a paru aussi absurde que si l'on m'apprenait que Cicéron et Virgile, quoique Italiens, n'écrivirent pas en aussi bon italien que Boccace et l'Ariosle*. » Et, à ce propos, il développe toute une théorie littéraire, qui ne manque pas d'à-propos pour notre temps où l'on juge si légèrement les hommes d'un autre âge avec des idées ou des formes d'esprit qui leur étaient étrangères. Selon lui, un siècle a droit de juger un autre siècle ; mais sur le mérite particulier d'un homme, il n'y a que son siècle qui ait le droit de prononcer, particulièrement s'il s'agit de la langue. Tous les siècles et tous les pays ont leurs langues vivantes, et toutes sont également bonnes. Chacun écrit la sienne : nous ne savons rien de ce qui arrivera à la langue française, lorsqu'elle sera morte; mais il se pourrait bien faire que la postérité s'avisât d'écrire en français d'après le style de Montaigne et de Corneille, et pas d'après celui de Voltaire. Il n'y aurak rien d'étrange en cela. Voltaire a donc le droit de juger le siècle de Corneille, son goût, ses mœurs, le degré de l'art dramatique dans ce temps-là; il n'a pas le droit, il ne lui appartient pas, sans quelque impertinence, de juger Corneille luimême, au point de vue de la langue et des idées. Sous une apparence de paradoxe, et avec quelques exagéra-