‹ Variétés littéraires (volume 2)Chapitre 33 sur 48 · N" yi et Ml du Journal polilique et national (2*= série · texte numérisé non relu

N" yi et Ml du Journal polilique et national (2*= série

vaient la rendre impraticable. On nous excusera de résumer cette discussion par ses traits essentiels seulement, mais qui permettront de juger de la pénétration de l'écrivain : (( ... L'Assemblée décréta d'abord que la France était un État monarchique ; puis elle décréta tout aussitôt que l'Assemblée était permanente, qu'elle ne serait composée que d'une Chambre, et que le pouvoir législatif tout entier résidait dans cette Chambre. De sorte qu'elle déclarait que la France était une monarchie, mais il fallait entendre une démocratie. C'est de la même manière que les théatins ont commenté leurs statuts : il y est dit quils seront habillés de blanc, et ils ont mis à côté : c'est-à-dire de noir, — Les honnêtes gens étaient bien un peu étonnés : ils disaient qu'un roi auquel on n'accorde qu'un veto suspensif n est plus roi ; qu'il est tout au plus capitaine général, homme à brevel et à pension. Quelle dérision, en effet, d'accorder au chef de l'État un droit d'empêcher qui n'empêchera pas! Le peuple verra sans cesse l'instant où il faudra que le prince obéisse ; et par là môme le voilà avili dans l'opinion. L'Assemblée forcera le roi à enregistrer ses décrets, beaucoup mieux que le roi ne forçait les parlements à enregistrer ses édits. Aussi, pour éviter un affront inévitable, le prince obéira toujours à la première sommation, et on ne lui aura conféré qu'une prérogative illusoire... En même temps qu'on lui conférait ce droit chimérique, on lui interdisait formellement toute proposition de loi ; de sorte que le roi de France fut mis de partout hors de la constitution française: et si l'on dit encore que son consentement est nécessaire, il faut entendre qu'il est forcé, — En vain M. de Mirabeau, qui feignait toujours de plaider pour la prérogative royale, voulut qu'on accordât au roi le pouvoir exécutif suprême; on en a fait un décret qui réunit dans un seul mot une décision et une sottise. Le pouvoir

d'exécuter les volontés d'aiitrui est toujours suprême; c'est la suprématie d'un intendant de maison : Louis XVI n'est plus que le grand officier de l'Assemblée nationale. Le titre de roi lui est conservé comme une antique décoration dont la politesse moderne n'a jamais privé les rois détrônés. Ainsi fut abolie, le vendredi 11 septembre 1789, la monarchie française, fondée l'an 420 de l'ère chrétienne, après quatorze siècles de fortunes diverses ; d'abord aristocratie royale et militaire, ensuite monarchie plus ou moins absolue, et maintenant démocratie armoriée (Vune couronne, — Ce serait le comble de l'hypocrisie ou de l'ignorance que d'appeler encore la France une monarchie. Mais alors, quand on a rendu le roi inutile, pourquoi ne pas le déclarer tel? Pourquoi laisser la nation chargée de l'entretien d'une cour, et pourquoi tendre le piège de la royauté à cinq ou six millions de bons Français qui seront toujours tentés de traiter Louis XVI en roi, et se rendront, sans le savoir, criminels de lèsemajesté nationale? » — Et, tirant la conclusion logique des faits qu'il vient de commenter : « Je le déclare donc à la face de l'Europe, s'écrie-t-il, l'Assemblée nationale ayant tué la royauté dans la personne de Louis XVI, je ne vois de souverain en France que cette Assemblée, et je révère avec elle l'Hôtel de Ville, les Districts et le Palais-Royal. Voilà mes législateurs et mes rois; ils peuvent me compter au rang de leurs sujets ; et malheur, dans une révolution, à qui, ne pouvant dresser des échafauds, ne dresse pas des autels *. »

Nous avons voulu donner une esquisse fidèle, bien qu'incomplète, de cette argumentation si pleine, si substantielle, et dont on ne peut se faire aucune idée d'après des citations isolées ; car c'est dans le dévelop-

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