N" XIX, deuxième série
voyance et de nullité d'autant plus remarquable qu'elle n'avait devant elle, à ce moment, que des hommes audessous du médiocre. Tout était médiocre jusqii aux assassins, Rivarol a noté d'un trait profond qu'il y a des circonstances et des temps où le défaut d esprit a tous les effets de la perversité du cœur*. Quand on a vu les choses de près et sous leur vrai jour, on est effrayé du délaissement universel où s'est trouvé alors Louis XVI au milieu même de sa cour et de son parti. A quelques exceptions près, honorables ou glorieuses, cette dure sentence de Rivarol est juste. Comme il le dit, la religion pour le prince étant presque éteinte, sauf dans quelques âmes militaires et chevaleresques, il fallait des prodiges pour la ranimer. Ces prodiges sortirent de l'excès môme du mal. Mais Rivarol ne pouvait les prévoir encore. Il arriva que ce peuple de courtisans et cette aristocratie, qui avaient montré tant d'indécision et de faiblesse aux premiers jours de la Révolution, se retrempèrent dans la persécution, et cette religion de l'honneur, presque éteinte à Versailles, se ralluma sur l'échafaud et jeta une dernière lueur sur l'agonie de la royauté.
Parmi les questions de politique sociale qui ont préoccupé cet esprit doué d'une perspicacité peu commune, il en est une qu'il a reprise, en deux occasions bien différentes, avant et après la Révolution: c'est la question de la valeur et du prix des idées religieuses dans les sociétés modernes. En y revenant la seconde fois, avec des conclusions tout autres et tout autrement méditées, il montrait