‹ Variétés littérairesChapitre 24 sur 47 · novembre · texte numérisé non relu

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le précèdenl ; elles suivent irnniédiatemenl les sensations. Ainsi nous trouvons par le raisonnement qu'un bâton ne se courbe pas dans l'eau; cependant l'idée que nous en avons le montre courbé, parce que la sensation de l'œil nous le dit ainsi et que l'idée suit cette sensation. De même pour l'idée de la liberté, nous la concevons avant tout raisonnement qui démontre qu'elle est fausse, et tous les syllogismes du monde ne parviendront pas à la redresser. C'est la différence de la persuasion à la démonstration. L'une ne peut pas obéir à volonté et suivre l'autre. Vous me démontrez qu'un infini est le double d'un aulre, vous me le démontrez par le calcul intégral ; je n'ai rien à vous répondre, si ce n'est que votre démonstration s'oppose à l'idée que je me suis formée de l'infini et n'en viendra pas à bout. De même pour la liberté. 11 nous est impossible de nous former l'idée de n'être pas libres. Donc vous aurez beau me démontrer que nous ne le sommes pas, nous agirons toujours comme si nous l'étions. Le raisonnement de Galiani pourrait être utilement complété. Pour cela seul, dirons-nous en reprenant son argumentation trop tôt interrompue et la portant plus loin, par cela même que nous croyons être libres, nous le sommes. Ce n'est pas seulement la conviction de notre liberté que nous avons, c'en est la réalité même que produit cette conviction. Un être intelligent, dès qu'il se croit libre, l'est en fait. Moralement et psychologiquement on est libre aussitôt qu'on pense l'être et dans la mesure où l'on croit l'être. C'est là la vérité humaine, complète, en dépit de tous les raisonnements a priori et de tous les théorèmes du déterminisme et du mécanisme. Je suppose que c'est cela, au fond, que Galiani a voulu dire, et je ne saurais, pour mon compte, trop l'approuver.

Galiani s'enchante lui-même de sa théorie : « Montrez,

dit-il à Mme d'Êpinay, ce que je viens de griffonner au philosophe (à Diderot) ; s'il ne me trouve pas sublime cette fois, et môme peut-être neuf, il a grand tort. Il trouvera que j'explique bien mal mes grandes idées et que mon jargon est peu français. Mais je suis comme le bourgeois gentilhomme, qui savait tout, hormis l'orthographe, i L'effet produit sur Diderot ne répondit pas à l'attente de Galiani. « J'ai montré votre lettre au philosophci lui écrit Mme d'Épinay; il en a fait des sauts et des bonds à mourir de rire. Sa perruque n'a jamais autant voyagé sur sa tête que pendant la lecture de cette lettre. » Mme d'Épinay, bien avisée, se range du côté de l'abbé ; elle montre à merveille le point faible du fatalisme : « Le philosophe prétend que les peines et les récompenses sont de surérogation ; qu'il faut seulement étouffer les mauvais sujets pour l'exemple, parce que l'homme est susceptible de modifications. Moi qui n'entends pas les affaires, je dis précisément que c'est parce qu'il est susceptible de modifications qu'il fîmt des peines et des récompenses. Je ne m'aviserai point de battre ni de broyer la pierre qui m'aura froissé les jambes en roulant à côté de moi, car j'aurais beau la mettre en poussière, je n'en serais pas pour cela à l'abri de la première pierre qu'on aura jetée dans la même direction. Mais si je donne un bon coup de poing à l'homme qui me frappe en passant dans la rue, si la douleur qu'il en ressent est assez forte pour qu'il s'en souvienne, il ne me frappera plus quand il me rencontrera*. » Voilà le dernier mot, le mot pratique sur la question théoriquement si embrouillée, et il appartenait à Mme d'Épinay de le dire. Cent ans après, nous ne sommes guère plus avancés, et le problème roule toujours dans le même cercle. On ne

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