N« XVI, première série
ni vice ni vertu, qu'ils n'espèrent pas apporter l'excuse de leur nullité au tribunal de l'histoire : je leur dirai qu'ils ont fait nombre avec les méchants ; qu'ils sont coupables de tout le mal qu'ils n'ont point empêché; qu'ils sont coupables de tous les pièges que leur a tendus la perfidie et de tous les faux pas de leur conscience, parce qu'avec toute leur bonne foi deux passions les ont dirigés constamment dans leurs démarches, les ont décidés dans leurs mesures et leur ont dicté leurs motions : l'une est la peur, et l'autre lavanite*. » Pour retrouver des traits pareils, il faut aller jusqu'au JoMma/ de Paris où écrivit un peu plus tard André Chénier, faisant déjà pressentir les ïambes qu'il devait tracer d'une main fiévreuse, sous la dictée d'un cœur « gros de haine, affamé de justice », une heure avant de paraître devant Fouquier-Tinville. C'est la même indépendance, le même courage hautain, mais non pourtant le même accent. La source de ces sentiments, était plus pure et plus haute chez André Chénier. C'est le mépris qui domine chez Rivarol ; dans l'âme de Chénier, c'est une colère émue et magnifique.
Après les événements d'octobre, le désastre de Versailles, le retour du roi et de la famille royale à Paris, dont on nous trace une peinture d'une réalité saisissante, le Journal s'arrête brusquement ; mais, avant que Rivarol dépose cette fière plume de journaliste, il signale à Versailles, pendant ces funestes journées, la défection de toutes les idées, grandes ou petites* : « Qu'on nous dise après cela que les cours sont des foyers de dissimulation, de politique et de machiavélisme! » La cour de France a déployé, selon lui, une profondeur d'ineptie, d'impré-