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L'ÂBBÉ GALIANI ExN EXIL. ^
plume de bataille; il s4nquiète, il envoie toute sorte de bonnes paroles qu'il désire qu'on lui répète : a C'est un homme, di(-il, qui a le cœur dans la tête, et la tête dans le cœur. Il raisonne par passion et agit par principe. Cela fait que je Taime de tout mon cœur, quoique je raisonne différemment et qu'il m'aime aussi à la folie, quoiqu'il me croie Machiavellino, Au reste, je crois que son cœur, qui est le plus vertueux et le plus beau du monde, entraînera sa tête, et qu'il finira par ne pas répondre et par m'aimer davantage. » Pour un peu il sacrifierait ses idées, il les atténuerait au moins autant que possible, dans l'espoir de désarmer le pesant dialecticien, qui, selon lui, s'apprête à s'escrimer contre des fantômes. Jusqu'où ne pousse-t-il pas les concessions? Malgré toute sorte de gentillesses épistolaires à l'adresse de l'abbé Morellet, celui-ci était lancé et ne pouvait plus s'arrêter : ces grosses machines de guerre, une fois en mouvement, vont jusqu'au bout. L'autre abbé se fâche et déjà récrimine : « Pannrge a donc écorché son doigt (dans la précipitation avec laquelle il écrivait) en attendant de m'écorcher moi tout vif, et les oreilles des auditeurs peut-être. Mais pourquoi me réfute-t-il si je n'ai pas encore achevé de parler?... Le dernier dialogue n'est pas fini. Il y manque le plus important de mon système. L'abbé devrait m'écouter jusqu'au bout*. » Une singulière aventure, qu'il faut rappeler comme un signe des mœurs littéraires du temps, vient délivrer provisoirement Galiani de cette alarme. Une des industries de Morellet, dont on retrouverait aisément l'analogue parmi nos contemporains, consistait à fabriquer sur commande des brochures et des pamphlets pour le Compte de Tadministration, qui faisait ainsi défendre ses
l. 3 février 1770.
idées, attaquer ses adversaires, sonder Topinion publique, exactement comme cela se fait encore, à ce que Ton nous assure. C*est ainsi que ce journaliste officieux avait écrit un Mémoire sur la situation actuelle de la Compagnie des Indes, commandé par H. dlnvaux, contrôleur général, mémoire dont Galiani parlait comme d'un véritable (( coup de massue )). C*est aussi par Tordre du même contrôleur, partisan déclaré des économistes, que Morellet avait entrepris la réfutation des Dialogues, dans le temps même qu'ils étaient arrêtés par la censure. On ne se piquait pas de générosité alors, pas plus qu aujour- * d'hui. Mais voilà d'Invaux renversé, Terray au pouvoir, Galiani exulte de joie : « 11 appartenait à cet abbé, qui en vaut mille autres, s'écrie-t-il, de me laver de cette vermine d'abbés qui ne mord pas, mais qui me démange parfois ^ » La réfutation de Morellet, commencée sous d'autres auspices, fut imprimée ; mais, par un étrange renversement de fortune, ce fut elle qui, à son tour, fut interdite, tandis que le permis de circuler était accordé aux Dialogues, et ce ne fut que quatre ans après, en 1774, qu'elle put paraître, tardivement et après la bataille gagnée.
L'ouvrage espéré arrive à Naples. « J'ai enfin, écrit Galiani, reçu un exemplaire du livre qui fait tant de bruit à Paris, et que j'ai lu avec la plus grande avidité, ne me souvenant presque plus de ce qu'il contenait. Foi de connaisseur, c'est un bon livre. S'il a plu à l'abbé Raynal et à notre cher Shoenberg, je suis content. Pour Mme du Deffand, je suis bien sûr qu'elle ne l'a pas lu. Pour Duclos (qui avait critiqué le livre), son avis indique toujours quel est l'avis contraire du reste de l'univers. Ainsi tout va bien*. » Mme d'Épinay lui transmet cependant, à mesure qu'elles se produisent, les objections,