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essuyer, en voulant rendre service à la nation qui Ta si bien accueilli. On ne saurait nier qu*il a été vilainement outragé en face de TEuropo par un tas de canaille économique (sic). M. de Sartine, qui a la librairie, ne se sentil pas coupable de lèse-amitié, et d'avoir manqué à ce que la décence publique demande, même chez une nation où Ton veut encourager la liberté de la presse? Il ne demande pas à être vengé ! Il demande un honneur qui lui est bien dû. Mme d*Epinay connaît M. de Sarline; elle connaît H. Tabbé Terray ; M. le chancelier Maupeou est son ami : qu'elle fasse donc tout ce que Tamitié lui dictera. Et puis il lui faudrait d'autres applaudissements que ceux de Fréron. « Fréron! Quel nom! Quel témoignage I >»

Le succès, en effet, était assez long à se .décider. Le public, je parle du grand public, restait réfractaire, ou, ce qui est plus grave, indifférent. La première édition ne s'enlevait pas chez le libraire, que Galiani accuse sans cesse, conti*e lequel il récrimine avec aigreur, comme si les libraires étaient responsables de la froideur du public. Bien mieux que Venchanteur Merlin, comme on l'appelait en riant, ce fut une magicienne, une fée, qui lui ouvrit les avenues du succès. Au lieu d'en appeler à M. de Maupeou ou à M. Terray, ainsi que le demandait naïvement l'auteur, Mme d^Ëpinay finit par créer en sa faveur, dans un monde d'élite, une popularité légèrement factice, qui ne pénétra pas aussi loin qu'on pourrait le croire à distance. Grimm, Diderot, prirent la tète de cette conspiration des salons. On connaît le fameux Sermon philosophique que Grimm prononça le jour de l'an 1770, « dans la grande synagogue de la rue Royale, chez le baron d'Holbach, butte Saint-Roch ». Quelques passages donneront la note de cette véhémente apologie, sous celte forme plaisante que Galiani avait mise à la

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mode : « Mes frères, le ciel nous a suscité un sauveur chez l'étranger. Je vous apporte vofre sauveur dans ira poche, je vous le donne pour vos étrennes. Pardonnemoi, ô cher et lumineux Napolitain, de l'avoir qualifié d'étranger dans ce lieu saint, dont les murs retentissent encore de tes sermons pleins de génie et de verve, de vues neuves et de gaieté!... S'il nous était ordonné, mes frères, de faire au public l'éloge de ces Entretiens d'un seul trait, on lui ferait remarquer que, sur une matière si épuisée, si fastidieusement rebattue pendant dix-huit années consécutives, l'auteur a trouvé le secret de faire un ouvrage absolument neuf, rempli de vues d'une étendue immense et dont aucun de nos myopes économiques ne se serait jamais douté. Il était sûr, par la simple inspection du titre de son livre, de faire enfuir les lecteurs les plus intrépides, et d'exciter 'des bâillements d'un bout de Paris à l'autre. Mais, ô prodige inattendu! dés qu'on a ouvert ce livre, on est ensorcelé et on ne peut plus le quitter. Depuis Tinstant qu'il est devenu public, tout le monde se l'arrache. » De son côté, sous la même inspiration, Diderot écrivait : « Eh bien, monsieur, vous avez donc quelque peine à croire qu'un étranger qui n'a fait en France qu'un séjour assez court ait pu se rendre maître de notre langue au point d'écrire avec cette facilité, cette force, cette élégance et surtout ce ton de plaisanterie naturelle? Mais cet étranger a vécu dans la meilleure compagnie; c'est l'abbé Galiani, et cet abbé n'est point du tout un homme ordinaire. Ceux qui l'ont connu vous diront tous que ses Dialogues sont calqués sur sa conversation. » Et, après de nombreux détails destinés à faire connaître Galiani à la portion très nombreuse du public qui ne le connaît pas, d'après les notes personnelles fournies par l'auteur, il ajoute : a Je connais peu d'hommes qui aient autant lu, plus réfléchi et acquis

une plus ample provision de connaissances. Je Tai talé par les côtés qui me sont familiers et je ne l'ai trouvé en défaut sur aucun. Sa pénétration est telle qu'il n'y a point de matière ingrate ou usée pour lui. Il a le talent de voir dans les sujets les plus connus toujours quelque face qu'on n'avait point observée, de lier et d'éclaircir les plus disparates par des rapprochemenls singuliers, et de trancher les difficultés les plus sérieuses par des apologues originaux dont les esprits superficiels ne sentent pas toute la portée. »

Voltaire lui-même prêta sa plume souveraine à la fortune de l'ouvrage. Dans l'article Blé de l'Encyclopédie, que nous avons déjà cité, voici ce qu'il écrit d'un ton plaisant et sérieux à la fois : « M. l'abbé Galiani trouve le secret de faire, même en français, des dialogues aussi amusants que nos meilleurs romans, et aussi instructifs que nos meilleurs livres sérieux. Si cet ouvrage ne fît pas diminuer le pain, il donna beaucoup de plaisir à la nation, ce qui vaut beaucoup mieux pour elle. Les partisans de l'exportation illimitée lui répondirent vertement. Le résultat fut que les lecteurs ne surent plus où ils en étaient. La plupart se mirent à lire des romans en attendant les trois ou quatre années abondantes de suite, qui les mettront en état de juger. Les dames ne surent pas distinguer davantage les froments du seigle; les habitués de paroisse continuèrent de croire que ce grain doit mourir et pourrir en terre pour germer. » Ces derniers mots montrent bien que Voltaire n'est pas dupe, au delà de ce qu'il convient, de l'infaillibilité économique du petit abbé, tout en constatant le succès des Dialogues et même en y aidant.

Galiani ne se trompa guère. Au ton plaintif et irrité do ses lettres, à ses préoccupations perpétuelles de toute critique ou de toute controverse, à cette démangeaison de

coirimenlairiis, d'explications de loule sorte qu'il ajoute à ses Dialogues , à ce souci perpétuel d'une seconde édition toujours annoncée et suspendue, on voit bien que, tout en jouissant des louanges qu'il reçoit de divers côtés, il n'est pas content; il sent ce qui manque à sa gloire, la spontanéité et l'unanimité du public, il n'en prend pas ^5on parti franchement, il ne peut se consoler de ce succès qui reste au-dessous de son attente. En vain essayait-il de se faire illusion de temps en temps en se persuadant que des hommes d'État s'inspiraient de ses idées : a Savezvous, écrivait-il en 1774*, que je reçois des Compliments de toutes parts, d'Italie, d'Allemagne, etc., sur ce qu'on cioit que M. Turgot a tiré de mon livre tous les principes de son édit, et de ce qu'il en a adopté le système en entier, d'encourager la circulation intérieure, et de ne s'occuper que de cela? Dites ce que je vous mande, et qui est très vrai, à Morellet, et voyez-le expirer de chagrin. » 11 ignorait alors le jugement sévère que Turgot avait porté sur lui, au moment de la publication des Dialogues, Ce grand honnête homme, maladroit à manier les intérêts et les vanités, mais passionné pour le bien public, ne pouvait s'accommoder de cette prudence exagérée du Napolitain, « si ennemie de l'enthousiasme, si fort d'accord avec tous les Ne quid nimis et avec tous les gens . qui jouissent du présent et qui sont fort aises qu'on laisse aller le monde comme il va, parce qu'il va fort bien pour eux, gens qui, ayant leur lit bien fait, ne veulent pas qu'on le remue ». On n'a rien dit de plus juste.

Ce que Turgot condamne, c'est moins la solution moyenne, très légitime en soi, adoptée par Galiani dans cette question spéciale, que le tour d'esprit et le tempé-

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