PAUVRE SUÈDE
A Monsieur le Directeur de /'Indépendance belge.
Bien que je n'aie pas l'avantage d'être en « correspondance particulière » avec votre très-honorable journal, permettez-moi.
monsieur le directeur , de vous adresser directement qiiehiiies mots respectueux, qui, du reste, ne sont réellement qu'un seul, mais énorme soupir, sorti du fond d'un cœur patriotique, dont la touchante mélancolie dans celte occurrence exceptionnelle vous paraîtra, je l'espère, parfaitement légitime.
Je suis, monsieur le directeur, tant soit peu journaliste, moi aussi ; journaliste politique, sérieux, grave, formidable parfois ; d'autres fois, feuilletoniste facile et non sans quelque prétention à la science. Si je suis, en outre, un peu homme de lettres, en prose ou en vers, en grand in-8'' et très-petit in-32 (format poche de gilet), je n'en parlerai pas ici; mon seul but est de vous dire que je me connais vraiment un tantinet en feuilleton; ajoutons, monsieur, que je suis Suédois.
Or, figurez-vous, s'il vous plaît, un moment les sentiments d'un honnête suédois, né à Stockholm même, « à l'ombre auguste de ces temples et de ce trône, » et se connaissant un peu eu feuilleton, après avoir lu (je l'ai lu trois fois!) ce feuilleton intitulé majestueusement le Supplice du jourmdiste Lindahl, inséré, à titre de « correspondance particulière de Stockholm, » dans le numéro 198 de votre très-estimé journal. Mettez-vous un instant à ma place et daignez du moins excuser mon audace de vous envoyer ces quelques lignes.
Je n'ai pas besoin de vous dire, monsieur, que la correspondance en (|ueslion, bien qu'elle m'ait assez vivement impressionné, ne m'a aucunement causé quelque chose comme celte indignation olympique — cœlestes irœ — qui pousse un individu à préparer ses pistolets el à aller tout droit à la recherche de sa victime, soit un « conseiller aulique. » Du tout. Le feuilleton, c'est incontestable, a ses libertés et ses privilèges à lui, un droit sacré de certaines petites extravagances, même aux dépens de la vérité historique, et, une fois habitué à ses franches allures, on aurait tort d'y regarder de trop près. Hnnc vminm, etc.; celte liberté, nous nous la demandons cl nous nous l'accordons récits
proquement. iMon Dieu! moi-même, si le public de mon pays (et heureusement je n'ai pas d'autre public) n'avait pas constamment eu la complaisance d'avoir égard à cette légitime licence poétique du genre feuilleton, j'aurais été moralement perdu mille fois, sinon écrasé sous les coups vigoureux d'un formidable sous-lieutenant; ceci est chose absolument certaine.
Ainsi, monsieur, ne croyez nullement que l'article de M. Gabriel Erleangen m'ait mis en une fureur, ou seulement en une extase, qui serait ici du plus mauvais goût; mais, franchem.enf, il n'a pas manqué toutefois d'exercer sur moi un effet trèssensible. Personne, je le répète, ne sait respecter plus que moi la liberté du feuilleton ; je l'aime, ce genre, même sous sonliabit un peu décolleté et avec la chevelure un peu dérangée, et je lui pardonne beaucoup d'écarts; mais toute liberté a pourtant ses limites, « en dehors desquelles le juste ne peut plus subsister, » et la forme y est comme toujours pour beaucoup. Une causerie spirituelle peut être très-comme il faut sans être mariée à la haute vérité, et ne me croyez pas, de grâce, assez pédant pour aller chercher, la lampe à la main, le fond des choses sur une conversation de salon! Le feuilleton n'est pas l'histoire; mais, justement parce qu'il ne l'est pas, il doit se bien garder d'en prendre l'air et les façons austères. Il me semble que ceci est arrivé dans le feuilleton que je critique et voilà ce qui me désole. L'article du conseilîei'' aulique est décidément un peu sorti de sa spécialité en se présentant comme une « correspondance particulière » de bonne foi, et en accusant les prétentions d'une certaine connaissance de faits; voilà où est le tort.
Mon langage vous assurera, j'espère, que je ne suis pas un Roland plus ou moins furieux; mais pardonnez, en présence de toutes les choses inadmissibles, contenues dans cette correspondance, sous la forme d'une chronique du jour, la simple exclamation d'un digne fils de son pays : Pauvre Suède!
Au fait, nous. Suédois, Dieu le sait, nous ne sommes pas dos
enfants gâtés, quant à la manière dont nous traitent les grandes littératures; au contraire, nous sommes sur ce point habitués depuis longtemps à beaucoup de choses. Je ne m'arrêterai pas à des bagatelles, telles que Torthographe , dans les livres et les journaux étrangers, des noms propres de nos plus ou moins respectables personnes et de nos localités historiques ; mais des sujets tirés de notre histoire sont souvent exploités , par des auteurs français par exemple, avec une légèreté, un abandon, un chic qui est le privilège du génie sans doute, mais qui n'est pas moins pour nous, Suédois, quelque chose d'excessivement curieux. Toutefois, tant que ces naïvetés et ces petites nonchalances se trouvent seulement chez les grands poètes, romanciers, auteurs dramatiques, nous ne les prenons pas trop à la rigueur, et nous sommes certainement bien loin d'en vouloir à cet aimable M. Scribe ou à cette admirable plume qui est pour le moment en train d'achever, dans la Revue des Deux Mondes, le roman de V Homme de neige, bien que les figures et les situations suédoises qui y sont entremêlées ne nous paraissent pas d'une ressemblance irréprochable.
Mais la chose se présente sous un aspect différent, chaque fois que ces inexactitudes et ces libres fantaisies se glissent dans nu ouvrage sérieux ou s'avancent vers nous avec le pas ferme et plein de gravité — oh ! monsieur ! — d'une correspondance particulière datée de tel lieu, de tel jour, de tel mois, à plus forte raison parafée d'un conseiller aulique.
Cette histoire mélodramatique de « M. Lindahl, le journaliste, » est-ce par hasard un roman? D'aucune manière. Tout le monde, en la lisant, se dira que c'est un petit bout de cause célèbre, de stricte actualité, un tableau suédois, peint d'après nature, par un homme qui, lui-même, a été pour quelque chose dans tout cela et qui a tracé son esquisse toute fraîche, « en revenant prestement de la prison, »► du héros du sombre drame. Je suis fâché de me trouver dans la nécessité d(! troubler pour vos lecteurs, monsieur, l'impression produite par cette merveilleuse mystification; mais
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(jiie fiiire? Ne faiidrail-il pas que j'eusse un cœur de granit de Daléearlie pour laisser faire sans réclamation leur tour d'Europe, que dis-je ! de Tuniveis, à des insertions « ruisselant d'ironisnie, » sur le compte de mon pauvre pays, telles que celle-ci, par exemple, que, chez nous, en Suède, on trouve des demoiselles àqées aujourd'hui de (' dix-huil ans » ^voir le commencement de l'article de M. Erleangen) dont « la mère a été emportée par la mort il y a vingt ans! » (voir le même article un peu plus loin!); ou bien cette autre, que la loi actuellement en vigueur en Suède est celle « des Douze taldes romaines; » ou encore cette troisième, cette cinquième ou vingtième, ma foi, je ne saurais pas en finir!
Sérieusement, mon cher directeur, permettez-moi de vous assurer que les choses ne se passent réellement pas en Suède (ni je pense ailleursi telles qu'elles sont mentionnées dans la correspondance du conseiller aulique. Le président du tribunal ne porte vraiment pas de « baguette blanche; » il est un homme très-respeclable sans cela ; le droit de grâce et de vie n'appartient chez nous à personne autre qu'au roi ; « la douzaine de spectateurs » de rigueur « exigée par la loi » pour être témoins de toute exécution, est aussi de pure fantaisie ; la loi, chez nous, n'a vraiment pas de ces idées romantiques. Bref, la Suède n'est pas un pays exceptionnel de merveilles physiologiques, d'usages orientaux, de législation théâtrale ; c'est, après tout, un pays comme un autre et passablement européen, d'aucuns disent même passablement gallomane et formé sur le moule français. Et observez, s'il vous plaît, que ce n'est pas tout à fait inutilement que la vapeur, cette merveilleuse force motrice en fait de fusion des mœurs et de généralisation même de la vie pubUque, a depuis vingt ans rapproché la patrie des « hommes de neige » de la grande métropole de la civiHsation moderne, si bien qu'elles ne sont plus, l'une de l'autre, qu'à une distance de trois ou quatre journées.
Ceci quant à la couleur locale de la narration du conseiller aulique ! Que dirai-je quant au fond môme de celte chronique cri-
iiiiiicllc? II existe, c'est vrai, à Stockholm, une petite feuille intitulée Faedcmeslandet, ilunt le (jéraut a été, jusqu'à présent, un certain M. Lindahl ; ce monsieur journaliste, cet écrivain distinijué, cet homme d'esprit d'une « verve ingénieuse, mais trop féconde, » à la manière de « Victor Hugo et Balzac, » cet élève des grands philosophes de l'université (bien entendu allemande) de Hall, permettez-moi de vous assurer que la littérature suédoise ne connaît pas du tout ce personnagc-Ià!
Permettez-moi d'ajouter que la chronique du jour ne le connaît que comme un pauvre "diable, qui a été dans le temps quelque chose comme un marchand de fourrages et loueur de rosses, mais qui, depuis, a été loué lui-même par quelques entrepreneurs de scandale pour porter la responsabilité légale du libertinage littéraire dudit journal. Je suis désolé d'être obhgé de faire descendre le héros de M. Gabriel Erleangen, du haut de ce piédestal romanesque, où une plume pleine de « verve ingénieuse » vient de le placer; mais j'espère que vous ne prendrez pas en mauvaise part la fierté assez naturelle d'un homme qui est un peu lui-même homme de lettres suédois, et que vous ne me repousserez pas quand je vous prie de bien vouloir croire que nous n'avons vraiment pas de ces camarades-lù. Nous ne sommes pas de grands seigneurs, mais nous sommes jaloux de notre pauvre petit honneur; chacun suivant sa condition.
Il est vrai encore qu'il existe dans la capitale suédoise une certaine mademoiselle Mendelsohn, qui a eu « dix-huit ans » il y a trente années, qui n'a pas été « une des beautés de la ville, » appartenant, du reste, à une famille juive (que devient la scène dramatique devant l'image de Jésus-Christ !). 11 est vrai encore que la Ceuille i\i[(i Fuederncslandei avait trouvé de son intérêt de renouveler un ancien bruit relativement à une allaire d'amour plus que fraternelle, (pii aurait eu lieu entre celte demoiselle et son frère (ce qui, dans tous les cas, n'est jias justement son père, ce vénérable patriarche de la correspondance auliquc) ; que ce monsieur sou
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frère s'est pourvu en calomnie contre M. Lindahl ; que celui-ci, en vertu de la lettre de la loi, a été condamné à la peine de mort, à laquelle peine il ne sera toutefois pas donné suite, du moins d'après toute probabilité, vu des circonstances fort atténuantes. Voilà le canevas ; jugez à présent, monsieur le directeur, de la manière irexécution de l'honorable M. Gabriel Erleangen, ce grand pseudonyme, dont le titre même de « conseiller aulique » — pour en linir une fois — n'existe pas dans cette pauvre Suède !
Pour ne pas imiter à mon tour une mascarade littéraire, peutêtre un peu hasardée en pareille circonstance, permettez-moi, monsieur le directeur, de signer d'un nom qui, du moins, n'est pas comme celui de M. Erleangen, tout à fait inconnu dans mon pays.
Le docteur Sturzen-Becker.
Héponac au docteur Sturzen-Bcckcr.
La Chapelle, près l'aris.
Monsieur,
Je m'appelle Jean î'alaiscau; et plus je lis des noms suédois, plus je suis content de porter un nom facile à retenir : « Choisis un joli nom, court, et qui plaise aux jeunes filles. Celui qui porte un nom court plaît à tout le monde, et tout le monde boit à sa santé un verre de bière, un verre de vin. » C'est un couplet de la chanson du tonnelier allemand. Ce nom de Palaiseau appartient à un village, fameux pour avoir donné le jour à une pie ; or, cette pie avait une servante, et la servante fut pendue haut et court,
parce que la pie avait volé un couvert d'argent. Ce crime est resté célèbre en France et dans le monde entier, d'abord à cause de la pie, et, plus tard, à cause de certain chef-d'œuvre appelé la Gazza Ladra , que vous avez traduit sans doute en bel et bon suédois.
Vous comprenez, monsieur, qu'avec une pareille histoire attachée au nom que je porte, il était bien difficile, à moins d'avoir un cœur de rocher, de ne pas être sympathique, non-seulement à tous les supplices injustes, mais à tous ces supplices cruels, impitoyables, à cette infernale imagination des lois anciennes, qu'un jurisconsulte appelait des contes en l'air : Antiquï juris fabulas. Je n'avais pas quinze ans, que déjà mon jeune cœur bondissait au seul récit de ces châtiments exagérés, qui démontrent plutôt la férocité du juge que la sainte magnanimité de la loi. Mou premier prix d'amplification au collège de Juilly, ce fut justement le récit du supplice du baron de Goertz, un ami de votre grand roi Charles XII, et je me rappelle encore le grand effet que je produisis, lorsque, dans un style ingénu, je montrai à toute l'école le baron de Goertz traîné au supplice à travers les rues de Stockholm. Je disais les flots de ce peuple ameuté contre cet infortuné ; je montrais, à qui le voulait voir, ce monticule funèbre, où de nombreux gibets étalaient les restes déchirés d'un tas de malfaiteurs. Bientôt le baron de Goertz arrivait au lieu du supplice, il était vêtu d'un habit en velours noir à brandebourgs; il délit luimême avec le plus grand soin les brandebourgs de ses vêtements funèbres; il ôta sa cravate, et mit sur sa tête vénérable un bonnet de nuit que son valet de chambre lui présentait. Puis, comnu) il cherchait des yeux l'échafaud, le bourreau lui montra un monceau de sable au pied d'une fosse... On ne lui fit môme pas l'iionnetir d'un échafaud. Ainsi, grâce à ma péroraison, toutes les classes du collège de Juilly ont frémi pendant liuil jours de la mort du baron de Goeriz, et l'on me regardait avec une certaine épouvanlr. «'omme si j'avais été en comnuiiiicalioii avec le bourreau.
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Une autre fois, mais, cette fois, il s'agissait d'une composition latine, je remportai gaillardement le premier prix de rhétorique, pour avoir raconté le supplice du comte de Bralié et du baron de Horn, chefs des bonnets suédois, égorgés par l'ordre des chapeaux suédois. Ainsi l'avait ordonné la haute cour de justice secrète. Vous l'entendez, secrète, et voilà, sans doute, ce qui aura induit en erreur M. Gabriel Erleangen. Cependant, je doublais ma rhétorique, lorsque M. Scribe fit représenter à l'Opéra la Mort de Gustave III, et, cette fois, notre professeur, qui aimait les beaux-arts, nous donna pour sujet de vers latins la mort d'Ankarstroëm. Ah! pour le coup, j'appelai à mon aide une indignation à la Juvénal. Je racontai les moindres détails de ce supplice affreux : la charrette, la place du faubourg du Nord, le condamné attaché au poteau et frappé de verges, comme meurtrier du xo\ [KongmKj s mordnar). l'uisonle laissa, pendant cinq heures, exposé à toutes les insultes d'un peuple féroce. Je dis aussi l'exposition du lendemain sur la place du Riddarholin, et comment les plaies de la veille furent déchirées et mises à jour de nouveau. Le surlendemain, la flagellation recommença sur la place de l'Opéra , mais plus violente encore, et, cette fuis, le misérable fit entendre un cri qui retentit dans tout Stockholm. Le quatrième jour, enfin, le bourreau trancha la main droite, et puis le corps fut coupé en quatre quartiers, et, comme dit la complainte que je traduis de mon mieux :
L'iiahit an bourreau.
Le corps au corbeau.
Les clieveux au vent, L'ànie au Tout-t*uissant.
Vous voyez, monsieur, que j'ai commencé de bonne heure à m'apitoyer sur'le sort des victimes. A toute exécution, je porte le deuil, et je ne suis pas de ces disciples de M. de Maistre qui regardent récbafaud comme un autel, le bourreau comme un sacrificateur et le supplicié connue une lioslie. " L'échafaud est un autel
dressé sur les places publiques, «disait M. de Maistre; triste autel, abominable autel! Voilà pourijuoi, lorsqu'il y a trois mois déjà, il fut imprimé, dans tous les journaux de l'Europe, que le journaliste suédois Liiidahl, pour avoir outraqé indignement mademoiselle Mendelsohn, était condamné a mourir sur l'échafaud par LA HACHE, aussitôt je sentis frémir en moi-même toutes les cordes sensibles de mon cœur, tant le supplice est incroyable, inouï, hors de nos mœurs, et de tout ce qui ressemble à la loi, à la justice, à réquité, à riuimanité.
Pourtant ceci était bien écrit, et très-sérieusement annoncé : l'échafaud, la hache, la peine de mort, pour un article de journal!
Alors, voyant cette exagération de la peine, et que le condamné élait un écrivain, un journaliste, exerçant plus ou moins glorieusement la même tâche que MM. Beskow, Hierta, Hydquistt, Lindgren, Johanson et Scheuty, ces vénérables journalistes de la Suède, remarquables à tous les titres de la modération, de la justice et de Turbanité : « Voilà, me dis-je à moi-même, une énorme affaire et qui produira, sans doute, un grand bruit dans le monde. Un journaliste égorgé par une loi sans nom ! Que diront les journaux de l'Europe, à commencer par les journaux de la Suède, VAftonhladet, le Stockholm Posten, le Granskaren, le Heinsdall, le Journalen et le Stockholm tidning. Que diront les célèbres journalistes M.Léopold, elM. Bellgren? Quelles paroles va faire entendre à la Diète le bon orateur et le bon écrivain M. Nordenfalke? En même temps que de cris, que de réclamations et de prières pour arracher ce malheureux Lindahl à la mort qui le menace. Oui, certes, les voix les plus écoutées de la France et de l'Angleterre, de la Belgique et de l'Allemagne, du Nord et du Midi de l'Europe et de l'Amérique, vont protester en faveur de ce malheureux. »» Hélas! monsieur, cette nouvelle funèbre n'a pas rencontré plus d'écho dans le monde (ju'un mélodrame de la Porte-Saint-Martin. Pas un des journahstes de l'Europe n'a entrepris le voyage de Stockholm,
pour s'assurer par ses yeux de la position de M. Lindahl, et moi seul peut-être, moi, Jean Palaiseau, je me demandais, chaque matin, ce qu'était devenu l'infortuné TéARCtem au Facdernesîandet? Ce n'est donc pas sans une profonde reconnaissance, au moment où je ne l'espérais plus, que j'ai lu le récit du conseiller aulique Gabriel Erleangen, un récit que vous auriez dû faire vous-mêm.e, vous, monsieur le docteur Sturzen-Becker, en votre qualité de journaliste politique, de journaliste sérieux, grave et formidable, à ce que vous dites. Peut-être, en ce récit, tel que l'a fait le conseiller Erleangen, auriez-vous manqué à quelques-unes des conditions de la vérité historique ; mais, en même temps, vous auriez eu l'honneur de forcer la formidable justice de votre pays à expliquer toute sa pensée, et à nous dire, enfin, si elle compte à tout jamais gouverner le journal par l'échafaud, par la hache et par le bourreau.
Quant à moi, je ne connais pas M. Gabriel Erleangen, mais je lui tiens un compte infini de sa bonne action. Par le drame qu'il a raconté dans le véritable accent d'une profonde pitié, il a réveillé la Suède endormie au chapitre des délits et des peines ; il a sollicité la lumière dans les sanglantes ténèbres de votre justice; il a forcé l'Europe à se rappeler qu'un malheureux écrivain subit, depuis trois mois, dans vos caciiots, un supplice plus grand que la mort; enfin, il a forcé le docteur Sturzen-Becker, docteur de la docte université d'Upsal et de Lund, où les professeurs sont payés en tonnes de grains, à venir s'expliquer lui-même, et à parler au nom de sa patrie... 0 pauvre Suède, en effet, si elle frappe à coups de hache les écrivains maladroits!
Certes, le docteur Sturzen-Becker plaisante agréablement le conseiller aulique Erleangen, sur l'âge de madame Mendelsohn la mère, morte avant la naissance de sa fille. Il dit aussi d'assez jolies choses sur ce titre un peu risqué de conseiller aulique, « 0 pauvre Suède, » encore une fois, qui n'a pas de conseiller aulique ! Mais ces plaisanteries étant acceptées, et dignes du feuilhloniste facile.
— c'est encore un titre que se donne le docteur d'Upsal et que je ne lui refuse pas, — il m'est impossible, à moi qui suis à peine un bachelier de T université d'Asnières, de laisser passer sans les contredire énergiquement (agréablement, je ne saurais, je ne suis pas si léger que le docteur) une seule de ses propositions. La première de ces propositions doctorales, c'est que la loi des Douze tables romaines nesi pas la loi en vigueur en Suède. A la bonne heure, et je suis tout à fait de l'avis du docteur. Cette loi des Douze tables, à en juger par ce qui nous en reste, est mille fois trop féroce pour avoir été conservée même dans le pays du roi Christiern, le Néron du Nord. Non, et, quand le conseiller aulique Gabriel Erlcangen, citait la loi des Douze tables, une loi qui chante horriblement, exhorrendi carminis, au dire de Tite-Live, évidemment le conseiller Erleangen cherchait à expliquer la loi suédoise. Il a donc cité, avec la meilleure intention du monde, cette loi de fer, afin d'y chercher une excuse à la condamnation de Lindahl, et le docteur Sturzen-Becker, loin d'en faire un crime à M. Erleangen, l'en devrait remercier. Non, quoi qu'en ait dit M. Erleangen, la loi romaine elle-même , en ces temps de barbarie , quand elle était la loi sans pitié, lex immanis, n'eût jamais livré à la hache le rédacteur du Faederneslandet. Elle haïssait la calomnie et la diffamation tout autant que M. de Chateaubriand, un des grands défenseurs de la liberté de la presse, mais elle n'a jamais appliqué la peine de mort aux diffamateurs. C'est du moins l'opinion de Tite-Live, de Denis d'Halycarnasse, de Leibnitz, d'Heineccius et de Vico. La loi des Douze tables, moins féroce, je le répète, que la loi suédoise, condamnait le calomniateur à être frappé de verges, s'il était un homme libre (fusiibus), à passer par les lanières [servilia verbera), s'il était un esclave. Ainsi parlent les Pandectes, ainsi parle Horace, le poëte d'Auguste {formidine fustis). Vous voyez, monsieur le docteur, qu'en fait (\c, science, vous en savez plus long qp.e Gabriel Erleangen, qui n'est pas un savant homme, il est vrai. 11 aura confondu la loi des Douze tables avec le re.^crit 77
de Tempereur Valeatinien, où il est ùiL que la calomnie est un crime capital, et encore, ce mot capital {capitalis pœna), au commentaire de très-bons auteurs , veut dire tout simplement que le calomniateur perd son droit d'élection. Donc, je ne me fais pas le garant de la science de Gabriel Erleangen, et très-volontiers je le ronvoie au collège... des Pandectes. Il aurait dû savoir aussi que déjà, du temps de Cicéron, la loi des Douze tables était abrogée, à ce point qu'on ne prenait même plus la peine de la lire (qiiam jam nemo discit).
Mais, en revanche, je prendrai, s'il vous plaît, contre la Suède entière, la défense de M. Gabriel Erleangen, lorsque, par l'exemple de M. Lindahl, condamné à mort, il s'applique à faire comprendre à l'Europe civilisée l'atrocité de la peine de mort appliquée aux écrivains qui ne sont que des écrivains. Moi qui vous parle, je cherche en vain, dans les temps les plus reculés et dans les pays les plus sauvages, même dans le droit norvégien, une peine comparable à la vôtre, et, sur ma parole, je ne la trouve pas. Le moyen âge disait, il est vrai, que celui qui manque pour une virgule est un vrai criminel ivirgula cadit, causa cadit). Le moyen âge, même aux blasphémateurs, n'appliquait pas la peine de mort. On perçait la langue et les lèvres du condamné, quelquefois on l'arrachait, voire on la coupait par ordonnance du roi saint Louis ; que la partie qui a péché soit punie, disait Cujas; mais ces ordonnances n'étaient pas toujours exécutées à la lettre. Dans les villes allemandes, et parmi les peuples du Nord, le calomniateur était amené devant le juge ; il se frappait sur la bouche, en disant : Bouche, tu as menti ! puis il payait une amende, et il sortait du tribunal en marchant à reculons. Dans la coutume de Normandie, une loi qui n'était pas tendre au pauvre monde , le calomniateur se pinçait le nez, et demandait p.irdon à l'homme qu'il avait calomnié :
En la qucrcUc je vieuly.
Car Ifl vice »>.v/ /jas (itly.
Voilà, monsieur le docteur, des lois humaines comparées à la loi suédoise; voilà des lois équitables et que vous feriez bien d'imiter. Elles proportionnent la loi au délit, elles ouvrent une porte au repentir. Charlemagne, en ses Capitulaires, commando que les calomniateurs se couperont la barbe et les cheveux les uns aux autres ; il ne leur fait pas même Thonneur de leur envoyer un bourreau pour cet office. Enfm, la Cour wehmique, une des grandes lois de TAllemagne, et la plus féroce à coup sûr , ordonnait d'arracher la langue au condamné par la nuque du cou ; c'était dur, mais à la rigueur on pouvait en réchapper.
La seconde objection du docteur Sturzen-Becker est encore plus incroyable que la première. Il s'agit du bâton que le président jette aux pieds du condamné. « Sérieusement, mon cher directeur, — ce sont les propres paroles du docteur Sturzen — permettez-moi de vous assurer que les choses ne se passent réellement pas en Suède, ni je pense ailleurs, telles qu'elles sont mentionnées dans la correspondance du conseiller auhque. » Eh bien, j'en suis fâché pour le docteur, mais ce bâton, ce rameau, cette baguette, se rencontrent précisément dans toutes les législations et chez tous les peuples de l'univers. Ainsi une branche d'écorce indique aux religieux de l'abbaye de Jumiéges que le duc de Normandie leur donne tous les bois d'alentour, ce qui compose un assez beau présent. Le duc de Bavière rend au duc Charles son duché en lui remettant un bâton. Le chevalier mal payé de son seigneur dépose sur son lit un bàlon dépouillé de son écorce. Qui faisait une promesse devant le juge, mettait la main sur le bâton, et cela s'appelait bcitonner le serment. Le bâton rompu, tel que l'indique M. Gabriel Erleangen , iiuliquc un homme qui se sépare de sa chose sans regret ; il indique aussi la rupture du lien juridique, et cela s'appelait, dans le latin des Francs Salions, exfiisticare (hors du bâton, hors la loi). Vous voyez donc, monsieur le docteur, que Gabriel Erleangen a raison contre vous. Aux obsèques des rois de France, le grand maître brise son bâton sur le cercueil du roi qui n'est plus. En Angleterre, rurorc
aujourd'hui, quand la chambre des lords est constituée en commission, Thuissier brise la baguette pour indiquer que la commission est dissoute. Baguette ou bâton, M. Becker les retrouverait dans toutes les mains préposées à la défense des sociétés. Ainsi nous avons la baguette du constable anglais et de Talcade espagnol, la verge noire des huissiers de nos cours royales. L'évoque et le berger portent le bâton ; chez les Bomains, le licteur portait des bâtons de hêtre devant le consul. Il y avait une espèce d'atîranchissement par le bâton, vindicta. Ah ! vous dites que le président du tribunal de Stockholm est trop respectable pour porter le bâton ; mais les maréchaux de France portent le bâton, et tous les rois, le sceptre. Encore aujourd'hui, en Hollande, les filles qui cherchent une condition, s'en vont dans la rue, un bâton à la main; c'est pourquoi ce merveilleux philosophe poëte appelé Luther se lamente sur la condition du petit peuple des filles qui cherchent leur vie un bâton à la main. C'est Luther aussi qui disait à l'évêque de Worms : « Nous demandons le droit de paille et de gazon, de branche et de fruit, de plume et d'encrier. Vous l'entendez, de plume et d'encrier, et voilà pourquoi, vous autres protestants suédois, vous condamnez à la hache et à l'échafaud le rédacteur du Faederneslandet, M. Lindahl.
J'arrive à la troisième et à la plus déplorable objection du docteur Sturzen-Becker. Même il serait impardonnable, si, véritablement, il y avait au fond des prisons de la Suède un écrivain quel qu'il fût, sous le coup d'une peine capitale, et qu'un écrivain quel qu'il soit, en parlât de cette abominable façon. En effet, ce condamné à mort, qui devrait du moins exciter toute la pitié d'un confrère, il n'est plus, dans la feuille du docteur Sturzen, que le gérant d' une petite feuille, un personnage inconnu, un pauvre diable qui a été quelque chose comme un marchand de fourrages et loueur de rosses, et autres urbanités que je ne veux pas répéter ici, mais qui seraient bien condamnables si elles étaient, en effet, déposées au seuil d'une prison, et sur les marches d'un échafaud. — « Sois sacré, sacer
esto, » disait la loi païenne — « le misérable est chose sainte, » ajoutaient les philosophes antiques. Ils appelaient le supplice une supplication, siippJicione. Même les fanatiques du moyen âge, ils avaient pitié du condamné, et cherchaient toutes sortes de formules encourageantes. Ils parlaient de le ravir à la terre, de le vouer aux oiseaux, de le confier aux nuages. Ils étaient moins furieux contre les voleurs de grand chemin que le docteur Sturzcn contre le rédacteur du Faederneslandet. Quoi donc! pas de pitié, parce que le docteur Lindahl aura été loueur de carrosses! Mais un des plus grands archevêques de la Suède, Théodore, archevêque de Lund, était un barbier avant d'être archevêque de Lund, primat de Danemark, évêque d'Odensée. Le docteur Sturzen, en sa quaUté de journaliste in-octavo et de journaliste in-32 (format poche de gilet, dit-il), il est, comme tous les journalistes de ce bas-monde, le fils d'un barbier, de ce barbier du roi Midas, qui disait aux roseaux du fleuve : // a des oreilles d'âne, le roi Midas.
Enfin, pour terminer encore plus mal qu'il n'a commencé, voici que, après avoir foulé à ses pieds un homme enchaîné, l'impitoyable docteur se retourne contre mademoiselle Mcndelsohn, la fille calomniée, et, pendant que M. Gabriel Erlcangen, dans un but d'oubli et de pardon, représentait mademoiselle Mcndelsohn sous les traits mêmes de la Clémence, aimable et forte, courageuse et charmante, avec tous les dons naturels qui disposent un noble cœur à l'indulgence, qui rendent probables et faciles tous les pardons, voici le Micromégas des journalistes suédois qui dit au monde attentif : (' Prenez garde! cette mademoiselle Meudclsohn a quarante-huit ans, elle n'est pas belle, et, qui pis est, elle est juive; enfin, ce n'est pas avec son père , c'est avec son frère que s'est passé le crime dont parlait M. Lindah!. » Voilà comme il s'explique, oubliant que plus il y a de vérités dans un écrit, plus l'écrit est un libelle. C'est l'opinion de lord Coke, de Dlackstone et de lord Mansfield, quand ils parlent de la calomnie ; un mot que M. le duc de Broglic regrettait dans la loi française, et que la loi belge a sagement conservé.
Ses deux paragraphes relatifs à M. Lindahl et à mademoiselle Mendelsohn, le docteur Sturzenles regrettera sans doute, soit qu'il ait voulu rire ou parler sérieusement. Il ajoute, il est vrai, qu'il ne sera pas donné suite à la peine de mort, vu les circonstances atténuantes. Mais qui dune le lui a dit? comment le sait-il"? qu'est-ce qu'il appelle, enfin, des circonstances atténuantes? A moins qu'il ne regarde comme atténuant les calomnies dont elle a été l'objet, l'âge de mademoiselle Mendelsohn, sa religion et son frère, remplaçant le vénérable vieillard dont parlait M. Gabriel Erleangen.
Véritablement, le docteur Sturzen ferait bien de faire inscrire, dans son cabinet, en lettres d'or, cette belle parole de M. de Bonald : (■ 11 est nécessaire que l'homme pense sa parole avant de parler sa pensée. »
En résumé, tout homme de bonne foi qui saura lire, après avoir lu le récit de M. Gabriel Erleangen et la réponse inattendue du docteur suédois, conviendra que le beau rôle de tout ceci appartient à M. Erleangen. Averti, par le bruit public, des cruautés d'une loi pénale incroyable au xixe siècle, et dont pas un homme ici-bas ne semblait s'inquiéter, M. Erleangen, le premier, a fait entendre une plainte écoutée ; il a proclamé les cruautés d'une loi inconnue; il a montré la ridicule fiction d'une peine impossible; il a rappelé le nom d'un condamné que tout le monde oubliait ; il a clierché à concilier le crime du calomniateur avec la pitié qu'on lui duit, la plainte de la victime avec les respects qu'elle mérite. Comme il voulait avant tout pénétrer dans les consciences endormies et les réveiller par sa parole, M. Erleangen a montré le drame où il était, et il a trouvé un dénoùment qui sauvait l'honneur du condamné, en même temps qu'il glorifiait la renommée inviolable de la victime. Il n'a pas cherché, dans cette cause, une circonstance atténuante, il n'en voulait pas; il reconnaissait le crime de l'écrivain, mais il aurait eu honte de le traîner dans les gémonies, accablé qu'il est encore en ce moment sous une sentence impla-
cable. Aussi bien la conscience publique a répondu à ce drame aux accents si sincères, et des larmes véritables ont coulé sur tant de malheurs accumulés dans les colonnes d'un journal.
Que fait cependant le docteur Sturzen-Beckcr, au nom de la malheureuse Suède? 11 se jette en cette mêlée où il* n'avait que faire, et le voilà, lorsqu'il devrait expliquer au moins cette loi féroce et nous dire enfin d'où elle vient, qui l'a faite , et pourquoi la malheureuse Suède y tient encore, ;;er fas et nefas, qui insulte à la fois au condamné et à sa victime, reprochant à celui-ci sa profession passée , à celle-là sa religion et son âge , et cherchant à expliquer, de la plus triste façon , comment il se fait que cet homme, cet écrivain, M. Lindahl, est, depuis tantôt trois mois, pour un article de journal, condamné à la peine de mort. M. le docteur Sturzen n'a donc pas vu qu'il allait en ceci sur les brisées des plus terribles criminalisles parmi les peuples teutoniques, lorsqu'ils appellent le proscrit tête de loup (wargr), viande aux oiseaux (volgelfrei) ; lorsqu'ils se vantent d'abandonner le malheureux sur les quatre routes du monde , aux quatre vents du ciel , le privant de toute chose, feu et fumée, arme et bien. 0 muse clémente, ô prière, fille de Jupiter, déesse boiteuse, allez, je vous prie, allez frapper à la porte du journal et du cœur de M. Sturzen-Becker, et réj)étez-lui le vieil adage allemand : Mogen und Sollen, afin qu'il éclaire un peu mieux qu'il ne l'a fait l'histoire et le procès du journaliste M. Lindahl.
Telle est, monsieur le docteur, la sincère prière de votre humble et respectueux serviteur.
Le bachelier Jean Falaise au.
LF.S JOLRNALISTi:S KT LES JOURNAUX
Les premiers journaux et les premiers journalistes. — La publicité à Rome. — Comment et par qui elle fut fondée. — Les lettres de Célius ù Cicéron. — Le journal de Clireslus. — Les sténograplies romains. — Les Arles des apôtres. — Les variétés, les faits divers et le feuilleton tlramalique, en ce temps-là 5
Le Journal rf'M» bourgeois de Paris. — La Chronique scandaleuse du roi Louis Xf. — Le journal de Louise de Savoie. — Le journal <le
TEstoile. — La Chronologie de Palma Cayet. — Règne du pamphlet. — Luther. — La dynastie des Estienne. — La satire Ménippée. — Le Mercure de France 1.5
L'histoire écrite par le Mercure. — Les Petites Affiches- — La Gazette de France. — Renaudot et son collaborateur anonyme. — Les spécialités du journalisme. — La Gazette en vers de Loret. — Mademoiselle de Longueville. — Couplets à la main. — Z,e Cjrf et itfiVawe 21
Le Journal des Savants. — M. de Sailo. — Le premier homme de paille. — >'aissance de la critique littéraire. — Genus irrilabile. — Le Journal de Trévoux et la Société de Jésus. — Le.'i Provinciales. — Pierre Bayle. — Le Mercure galant du sieur de Visé. — Madame de Sévigné. — Le duc de Saint-Simon. — Rollin 32
Le chocolat et le café considérés dans leurs rapports avec le journalisme. — Le Nouvelliste du Parnasse. — L'abbé Desfontaines. — Fréron et Voltaire. — Les journaux pendant la Révolution. — Le Vieux Cordelier. — Le Père Duchesne. — L'Ami du Peuple. — Linguet. — Olympe de Gouges. — Champcenetz 40
Napoléon I^r et les journaux. — Le Journal de l'Eînpire. — La presse menée tambour battant. — Sa renaissance sous la Restauralion. — Le quatrième pouvoir de TËtaf. — Les journaux et les journalistes d'aujourd'hui. — Ce qu'on les estime et ce qu'ils valent il