Ce philosophe, soi-disant spiritualistc, croit à l'âme
mais il a pour ce mot des définitions diverses et toutes personnelles. L'âme, pour lui, c'est tantôt « la substance psychique », qu'il assimile très explicitement à la substance nerveuse du système cérébro-spinal. Tantôt il la caractérise ainsi: <«... Les hémisphères, organes de la sensibilité perçue [sensibilité perçue l] du moi et de la volonté [le mot opposé à la vo/on/^ÎJ, l'unité de Thomme, Fàme... l'unité de l'homme, dis-je, ou l'âme, c'est synonyme. »
Et plus loin : « Ce qu'on appelle la simplicité de Pâme n'est que la convergence parfaite des parties très nombreuses et admirablement hiérarchisées de notre système ner-
veux affectif et de notre système nerveux représentatif individuellement unis. » Ainsi, les différentes parties du système nerveux portent en elles les diverses facultés psychiques matériellement isolées, et du rapprochement de ces parties anatomiques résulte le rapprochement de ces parties psychiques, et cette réunion, c'est l'âme, le moi ! Et c'est ainsi que M. Pidoux réfute l'accusation de matérialisme...
Profitant de l'ambiguïté des expressions pour équivoquer sur les idées les plus distinctes, Téminent rapporteur confond à plaisir, et funité physiologique de l'organisme ou ensemble systématique des organes, et l'unité morale de rêtre humain, c'est-à-dire la centralisation de l'organisme vivant tout entier sous une direction psychique unique, sous la direction d'un moi capital ; et enfin, l'unité de rdme, absolument parlant, ou, en d'autres termes, l'inamissible et immuable identité de tou,te monade individuelle, son indivisibilité, son indestructibilité. Effaçant toute distinction entre ces trois unités précises, il en fait une unité confuse et hybride, une sorte de prolée qu'il revêt des formes les plus disparates et les plus bizarres.
« Mais cette unité », dit le Rapport, « ne doit pas être conçue comme sous le règne de l'animisme, où l'âme, substance simple et indivisible, était par conséquent la même sur tous les points du corps, c'est-à-dire où elle n'était, en somme, qu'un être de raison, une manière abstraite de concevoir les choses, etc. »
L'âme, substance simple et indivisible, est, par conséquent, sur tous les points du corps... Et être sur tous les points du corps, c'est être un être de raison, une pure abstraction !... Comprenne qui pourra.
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VARIÉTÉS PHILOSOPIKQLES
32. Le Rapport continue à s'expliquer comme il suit sur Funité, l'âme, Fesprit, le spiritualisme et le matérialisme : <c L'unité », y lit-on, « c'est la vie, c'est l'esprit en toutes choses ; et quand dans un être quelconque on voit Funilé ou Fesprit, sciemment ou à son insu on est spiritualiste. Or c'est cela que le matérialisme ne voit pas. »
Certes, si l'on veut bien admettre ces définitions de pure fantaisie, il est bien clair qu'on n'est plus en droit de dénier le bon renom de spiritualiste à M. Pidoux, et de lui infliger le stigmate de matérialiste. Mais, à ce compte, qui resterait donc en dehors du spiritualisme, et où trouver un seul confesseur du matérialisme ? car je ne sache pas que personne se pique de combattre Funité de Forganisme, cette unité que notre philosophe rapporteur désigne cette fois très directement en ces termes :
« Notre unité à nous est réelle », assure-t-il, « et, comme telle, elle suppose des parties diverses hiérarchisées ; c'est un organisme, un ensemble d'organes ou de fonctionnaires de plus en plus centralisés. »
Ainsi, Funité de M, Pidoux, « c'est un organisme, un ensemble d'organes de plus en plus centralisés ». Et comme, d'autre part, tout le monde admet sans hésitation aucune l'existence d'organismes, et d'organismes tels que l'éminent rapporteur les définit, c'est-à-dire comme des ensembles d'organes de plus en plus centralisés, il en résulte que tout le monde admet, que tout le monde u voit >» Vunité de M. Pidoux. Or, d'après ce môme philosophe, « Funité,c'est Fesprit » ; et « quand dans un être quelconque on voit Funité ou Fesprit, on est spiritualiste ». Donc nous sommes tous spiritualistes ; donc, à moins d'être
LA MÉTAPHYSIQUE DANS LES SCIENCES
fou à lier, nul ne peut plus se dire matérialiste. Et voilà encore comment M. Pidoux réussit à établir sa thèse...
33. Ne poussons pas plus loin cette analyse critique, ce serait sans utilité. M. Pidoux est sorti du spiritualisme avec l'ambition louable de s'élever aune conception plus haute, et il n'a réussi qu'à se précipiter dans le néant de la philosophie. Plaignons ce philosophe sans lui rien retirer de notre respect ; et, forcé de déclarer que son œuvre récente est audessous de lui, au-dessous de sa renommée et de son mérite, exprimons un vœu : c'est que le vieil athlète rentre bientôt en lice pour prendre sa revanche ; il est assez jeune d'esprit pour cela.
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