LES DEUX CELLULES DU CENTRE NERVEUX
de cellules moirices à l'instar de la classe des fibres motrices. Or, si cette nouvelle distinction est rigoureusement vraie, elle implique, pi^emièrement, que la sensation et la volition ont chacune leur siège cérébral distinct, et, consécutivement, que le moi peut être scindé, et que ses éléments intrinsèques peuvent être séparés par un intervalle matériel et par une cloison.
Au premier abord, il parait difficile de se soustraire à .cette conclusion à laquelle cependant l'intelligence répugne d'une manière invincible ; mais, en y regardant de près, on finit pas s'apercevoir que cette contradiction eulre le témoignage de l'intuition et celui de l'observation est purement factice. Elle gît en effet tout entière dans l'ambiguïté d'une expression que les physiologistes, faute d'avoir consulté la psychologie, n'ont jamais bien entendue, et dont, qui plus est, ils n'ont jamais compris la nécessité de se former une idée précise.
En effet, le mot sensitif a une valeur bien différente suivant qu'on l'applique à un conducteur nerveux ou au principe percepteur ayant son siège dans un centre nerveux, et c'est cette différence qu'on a méconnue. Dans le premier cas, il désigne simplement l'aptitude d'un organe à transmettre au sensorium les excitations externes; dans le second, il indique la présence du pouvoir intime, du pouvoir tout subjectif de sentir. Dès lors, opposer une catégorie de cellules sensilives à une catégorie de cellules voiitives, c'est dire que le sentiment réside exclusivement dans les unes, et que la volonté, séparée du sentiment, réside exclusivement dans les autres.
Or tels étant le sens et la portée d'une pareille désignation distinctive, je dis que cette désignation est fausse, c'est-à-dire non conforme à la distinction réelle qu'elle a pour but d'exprimer. Non, il n'y a pas de cellules centrales
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VARIÉTÉS PHILOSOPIIIQIES
purement sensitives, il n'y en a pas davantage de purement volitives : toutes sont des points d'aflerence et d'efférence, toutes sont siège de sensation et de volilion mo- Irice tout à la fois ; il est facile de le démontrer.
Sans doute, s'il faut en croire les dissections microscopiques de M. Jacubowitch et de quelques autres, le tube afférent se termine ceniralemcnt dans une cellule, et c'est une autre cellule ccnirale qui sert de point de dépari au tube efférent ; mais un détail capital vient compléter cette disposition et Téclairer : un troisième tube unit entre elles les deux cellules. Or, il est évident que ce tube commissural joue le rôle de tube efférent oif moteur par rapporta la cellule dite sensitive. et celui de tube afférent ou sensitif par rapport à la cellule dite motrice ; car c'est par lui que les sensations excitées dans la première réagissent sur la seconde pour y déterminer les actes de volition. Chacune des deux cellules est donc à la fois active et passive, réceptive et émissive, c'est-à-dire sensitive et volitive : mais, également pourvues toutes deux de ces deux modes d'énergie, chacune n'entre en relation avec la périphérie que par un seul : Tune, par la sensibilité, c'est ce qui la fait appeler sensitive ; l'autre, par la volonté ou motricité, c'est ce qui Ta fait appeler motrice.
La figure schématique suivante complétera ma démonstration.
En résumé,la différence naturelle quiafaitdislinguerles cellules centrales du système nerveux de la vie animale en cellules delà sensibilité et cellules de la volonté, est une différence tout extrinsèque, portant, non pas sur la nature des propriétés psychiques de ces centres nerveux divers, mais sur les connexions physiologiques qu'ils ont avec le monde extérieur par ces propriélés.