LE MAMMOUTH
C'était une clairière parmi des hêtres, des chênes et des ormes. Il y poussait des carex, de l'ivraie mêlés à des renoncules, de floconneux séneçons, des orties dioïques. Sous les gladioles de l'herbe, par les feuilles, les fleurs, les tiges, les racines, allait le monde des insectes, ébauche matérielle du monde idéen de l'homme, pratiquant les physiques et les chimies, les industries de l'outil et de l'acide, créant la tarière, le foret, la scie, la spatule, la filière, le creusement à la pelle, la perforation aux caustiques, les galeries de
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mine, l'habitation sociale, la cloche à plongeur, le glaive et l'armure, la lumière, la soie, l'étoffe, la cire, le sucre, le miel...
L'aube les trouvait au travail. La grosse mouche magdalé-néenne voletait à angles nets dans les premiers rayons, la guêpe visitait des corolles, d'énormes piérides ballottaient sur des ailes veloutées, les nuées des moustiques revenaient du fleuve prendre abri sous les feuilles, les légions de la fourmi emportaient des pucerons, des étamines, des graines, tous les débris des minuscules batailles vitales, la cicindèle à l'affût dans son puits guettait une proie, le nécrophore aux finsliserés pâles cherchait la charogne où déposer ses œufs, la vrillette heurtait du front l'écorce des ormes, îe grillon s'endormait las d'avoir tant vibré, les forfîcules dressaient leurs pinces au fond des corolles, et, pareil au tigre, le carabe agile bondissait sur ie scarabée.
L'homme croulé, la forêt parut inquiète. La
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zbne circonscrite par les ouïes, les vues, les odorats aigus des fureteurs de souches ou de ramées tout autour du Roi bipède commença dt décroître petit à petit : des nez pointus, de fins cornets d'oreilles, des perles noires d'yeux saillants, de longues moustaches antennes, scrutèrent les essences émanées de l'homme, connurent sa faiblesse. Des rats vinrent, afiriandés par les courroies enduites de moelle ; puis ce furent les têtes curieuses de loirs et d'écureuils que guettait le grand lynx quaternaire, à la fourche des hautes branches.
Du temps coula. Le soleil trempa la clairière. Le ruissellement de la vie grandit avec les rayons, les mouches plus nombreuses à tracer l'énigme de leur vol, les bourdons, les abeilles plus rapides et plus sonores, la chasse des oiseaux activée sous les branches.
Cependant, déçue de sa course nocturne, toute affamée, une nyène boitait par les haillers. Sa narine perçut l'odeur ae l'humain
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parmi celle du cuir et de la graisse. Elle s'approcha ; les rats s'enfuirent, et la mangeuse de cadavres, sans sortir du couvert, sut que l'homme n'était pas mort. Un espoir pourtant la fit se tapir à l'ombre dans un demi sommeil.
Les longs fils soyeux de la lumière tombaient toujours plus droits à travers les trous de la ramée, l'ombre atteignit son minimum puis se remit à grandir. Vamireh dormait toujours, guetté par l'hyène. Les oiseaux s'alanguissaient, les grands arbres restaient sans voix, la fourmi ébranlait les glaives de l'herbe, le frelon courbait en s'y accrochant la hampe grêle des fleurettes, les mouches susurraient éperdument et des hardes de chevreuils brisaient des branches à la prestesse de leur course.
Vers les deux heures après-midi, des cnacals eurent vent de la fétidité de l'hyène, et rallièrent la portion de bois où elle se trou-
vait. A leur tour ils s'embusquèrent dans les fourrés, et leur trouble glouton, leurs cris sinistres ouvrirent à des corbeaux la perspective d'une large curée. Ils vinrent, nombreux et croassant, leur vol noir une minute obscurcit la clairière, puis ils élirent un hêtre pour y percher. A quatre mille mètres d'altitude, trois vautours connurent l'émoi du corbeau et churent vertigineusement sur un arbre proche.
Ces convoitises cernaient Vamireh étendu, méfiantes les unes des autres, les nocturnes appelant les ténèbres, les diurnes craignant la fin du jour. Une hésitation les tint d'abord cois et s'observant; puis les chacals reculèrent inquiets de l'hyène, une panique dispersa un moment les vautours. Rien ne prévalut contre les corbeaux, massés par centaines, la cisaille de leur bec prête à toute agression.
Ils ouvrirent la fête; graves et comiques sur les branches de leur hêtre, ils préludèrent
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à une sorte de danse, s'avançant vers l'extrémité des perchoirs jusqu'à ce que l'un d'entre eux tombât : celui-là voletait une minute, croassait furieusement et venait se remettre à la file. Les cris et le jeu effarèrent les nocturnes et quand, en nuée, avec du vacarme de grêle en forêt, les vociférateurs descendirent sur l'homme, l'hyène détala, l'alarme se mit dans les chacals... Eux, cependant, marchèrent, l'air myope, sagace et grotesque, leurs terribles mandibules comme un gros nez au bout de la tête, tout le corps moiré de noir bleu. A deux mètres de Vamireh, du doute; ils cessèrent de croasser, et les plus vieux tinrent un conciliabule en accents bas, gargouilleurs, alternés de danses. Mais un mouvement du Pzànn décida la déroute : les oiseaux regagnèrent les branches.
Un arrêt : on entendit rire l'hyène et pleurer les chacals; puis, dans le silence refait, l'aile des vautours claqua lourdement, les trois
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rapaces tombèrent sur le sol. Leurs cous chauves émergeaient, très fermes, d'un beau collier de fourrure blanche, la tête longue, de cendre pâle, semblait quelque tète de mammifère bénin, chameau, kanguroo, antilope.
Longtemps, ils restèrent comme des veilleurs immobiles, les coudes de l'humeras en épaules hautes et pointues, le col paraissant jaillir de la poitrine, les ailes formant manteaux, garnies d'une belle frange claire de pennes bâtardes. De forte race, l'envergure de leur vol allait à huit pieds; leurs serres puissantes, avides à fouiller les chairs mortes, tenaillaient des proies animées aux heures de famine... Pesèrent-ils l'agonie de l'Homme, le reliquat d'énergie des muscles souverains, la bondissante poitrine, la nuque d'unis ? Ils ne bougeaient point, mais les canins faméliques, las d'attendre, se prirent à ramper par les halliers : alors les oiseaux ramèrent sur place avec fracas : les chacals épouvantés s'arrêtèrent, et
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le plus vieux vautour marcha vers la tête blonde de Vamireh.
La chevelure débordée sur la face couvrait à demi les yeux, la grande moustache fauve frémissait au dur ahan fébrile, une sorte de rire provocateur levait la lèvre parmi la mansuétude résignée des plis de la bouche. L'épaule mi-nue semblait de pierre polie; les câbles tordus des triceps contaient le poème des fibres en faisceaux, par milliers attelés au même travail; la fourrure du spelaea cachait le torse où bondissait le cœur en tumulte.
La Forêt* faisait, plus silencieuse, son travail de cité colosse. La vie repue, sous toutes ses formes, dormassait aux tanières, aux nids et jusqu'aux galeries de l'insecte. Les corbeaux, intéressés à l'action du vautour, menaient un train discret, les chacals fermaient en bâillant des yeux éblouis, l'hyène creusait la terre de ses pattes de devant : des bruits faibles venaient, de petits cris, de petits chants, la chute
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des fruits mûrs, comme les déclanchements diffus de l'horloge des choses.
Cependant le grand rapace, par un interstice de la chevelure, regardait la paupière mi-close du Pzânn où la sclérotique apparaissait. Crever l'œil, c'est l'instinct de l'oiseau de proie ; le vautour s'y décida. Une approche lente le mit à portée. Ses compagnons, alors, vinrent aussi et l'un d'eux posa sa griffe sur l'épaule nue.
La main de Vamireh, dans l'inconscience,
se porta au point menacé, s'abattit sur l'aile de l'oiseau ; la bête riposta d'un coup de bec au poignet. La blessure éveilla des facultés défensives chez l'homme : comme en un cauchemar, ses poings d'athlète trouvèrent le cou du vautour, tandis que son visage se cachait dans l'herbe... Deux minutes les serres crochues s'acharnèrent sur la peau du spelaea, puis l'asphyxie vint, et la mort sans que les doigts de Vamireh lâchassent prise. Déjà les vastes
rames des survivants frappaient l'air, leurs corps s'élevaient jusqu'à la cime des arbres, hésitaient une seconde, puis, par une large ouverture, s'évadaient vers le ciel.
Le grand nomade, après l'action, retombé dans sa léthargie, eut toute l'apparence d'un cadavre, et les corbeaux déléguèrent dix d'entre eux pour s'éclairer. Les autres suivirent une conférence où des gargouillades répondaient à des sons creux, avec des reprises en commun. Les dix surent tôt que la grosse proie restait dangereuse, mais la charogne du vautour les tentant, ils l'explorèrent. L'homme tenait cette charogne dans sa main crispée. Avec des minuties circonspectes, inspirées parleur forte tête de passereau, ils tournèrent l'animal et attaquèrent le col chauve : une brèche s'y fît, les terribles cisailles l'approfondirent et bieutôt la tête seule du rapace restait dans la main de Vamireh. Alors, s' attelant, ils traînèrent leur prise à plusieurs coudées.
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Les chacals crurent le moment favorable. Jappant et hurlant, on les entendit venir, telle une averse sur des feuillages. Les dix corbeaux s'élevèrent avec des « croaa » furieux. Mais ceux d'en haut déjà tombaient par centaines sur les échines des carnassiers prompts à fuir devant l'agression imprévue. La troupe noire resta maîtresse du champ de bataille et commença de dévorer le vautour.
L'hyène avait cessé de fouir. La torsion plus âpre de ses entrailles la poussait à l'audace. Quoique superbe encore, la race décroissait, perdait de plus en plus l'offensive. On était loin du monstre de ce genre, du Machaerodus agresseur des prosboscidiens, aux canines en iarae double, longue d'une coudée. Peut-être, à des cavernes, la grande hyène traînait-elle encore des herbivores palpitants, mais celle-ci, hyène tachetée, malgré ses canines, ses molaires, — les plus solides de l'animalité contemporaine et capable de broyer le fémur de
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l'aurochs — s'en tenait à Ja chair morte de préférence, ou forçait la taupe, le campagnol, d'autres petits fouisseurs dans leurs galeries.
Lente, elle s'avança, basse d'arrière-train comme une bête qui rampe, la tête tendue flairant l'homme, plus inquiète à chaque seconde. A un bond de distance, elle calcula, fixa la gorge, rêvant le coup du chien et du loup : l'étranglement... Elle n'osa, toute nerveuse, grattant le sol.
Pendant qu'elle hésitait, la lutte reprenait entre les chacals et les corbeaux. Les canins firent une sortie et, cette fois, tandis que s'envolait l'adversaire, ils purent conquérir les reliques du vautour. Ce ne fut qu'une maigre curée ! Fins et souples, leurs yeux clignotants à la lumière, ils croquaient les os du volatile, précautionneusement. Mis en appétit, ils songèrent à la grande proie. L'hyène ne s'opposa point, même il parut que des deux parts on s'encourageait à l'audace. Les ricanements et
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les hurlements se croisèrent avec des courses, des bonds de côté, des exhibitions de canines, suggestifs.
Des branchages s'écartèrent rudement, du bois se brisa avec un fracas de tempête : il parut un mammouth au front bombé, haut de quinze pieds. La clairière lui plut, il y balança son grand corps, arrachant de sa trompe quelques herbes dans un caprice de colosse puéril, puis il se coucha, il vécut le demi sommeil des grandes bêtes, le rêve coula par sa tête, l'intarissable flux des formes et des mouvements que sa prunelle avait bu au long de ce jour.
L'hyène et les chacals, tapis aux profondeurs basses des végétations proches de la clairière, firent tout à coup un recul considérable : une bête molle, lourde et disloquée se dégageait lentement des fourrés, arrivait à la lumière, un ours. Le mammouth paisible le regarda venir. Le plantigrade s'arrêta, consultant le
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proboscidien. Éveillé dans sa bauge auprès du fleuve, le tapage des chacals l'avait attiré ; à présent il comptait sur l'homme étendu pour son repas du jour et il espérait la neutralité de l'éléphant, le sachant tout pacifique en dehors des périodes d'amour. D'abord le calcul parut juste, l'éléphant marcha comme pour s'éloigner : mais, parvenu à dix mètres de l'homme, son attention se fixa, sa trompe tourna dans la direction du corps, il se rapprocha, flaira, regarda. Alors il barrit d'une façon menaçante, présenta ses défenses au féroce. Celui-ci eut la colère épaisse, aveugle et obstinée de sa race. Il grogna, se mit debout, à l'abri d'un peuplier, et la mimique de ses pattes griffues, le rictus de sa lèvre dirent sa soif de représailles. La trompo levée en demi cercle, les défenses rasant le soi, tout son corps gigantesque arc-bouté puissamment, l'éléphant attendit...
C'étaient deux puissantes bêtes. L'ours avait
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ses bras velus armés de griffes colosses, ses canines, sa mâchoire musculeuse. Il pouvait, debout, saisir et étouffer. Sa peau épaisse, flottante, ne le gênait point con.tre les fauves, léopard et lion môme, son poids le servait et ses gestes lents avaient des précisions terribles.
Mais la force du mammouth restait incomparable. Son petit œil, au rebours de celui de l'ours, voyait parfaitement, sa trompe merveilleuse dépassait en adresse et en muscle le bras de l'Anthropoïde, ses défenses tournées en cercle, longues de dix coudées, trouaient, projetaient comme les cornes de l'aurochs. Tout son corps, sur les quatre colonnes des jambes, sous la fourrure rousse laineuse et la grande crinière noire médiane, apparaissait souple et facile à virer. Par les forêts, les savanes, aux défilés des monts, partout il était le victorieux seigneur herbivore, reliquat des colosses à trompe du tertiaire : Dinothérium, Elephas meridionalis, Elephas anticus. A trois,
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l'hippopotame, le rhinocéros et lui, ils représentaient la fleur de l'ère tapirienne, la faune monstrueuse nourrie du gluten de la plante, le triomphe des grands squelettes et des muscles massifs, le triomphe de la paix armée, la cuirasse, la corne, les défenses, la trompe, opposées aux rages carnivores, aux prompts moteurs, aux canines et aux griffes d'acier.
En face du plantigrade myope, le proboscidien se lassa le premier de l'expectative. Dans ce crâne baigné des grandes ondes du sang, l'ivresse des fureurs va parfois à la folie. Il eut un barrissement effroyable et se lança. L'arbre sauva l'ours. Il eut le temps d'y grimper à belle hauteur. De l'épaule, l'autre ébranla le vaste tronc, et il fallut au plantigrade ses griffes de trois pouces enfoncées dans l'écorce pour ne pas être jeté bas. L'éléphant s'acharna, et, tout à coup, l'ours lui tombait sur le dos. Les crocs entrèrent à la nuque, les ongles s'enfoncèrent vers les pavil-
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Ions des oreilles. Mais le pachyderme se secoua comme une bête au sortir de l'eau tandis que sa trompe envoyait à l'ennemi le plus formidable soufflet; l'ours tomba, roulé en boule dans sa fourrure; saisi par la trompe, porté sur les défenses, il fut soulevé, lancé parmi le fouillis des lianes; puis, comme la grande bête revenait sur lui, il se releva, s'enfuit pesamment.
Miséricordieux, l'herbivore acceptait ce dénouement, déjà s'en allait lorsque l'ours reaccourut et, cette fois, se ruant à l'aveugle sur la trompe, il l'égratigna et la mordit cruellement. Un barrit de douleur, le mammouth plia le jarret, puis hocha la tête. Cela fit perdre l'équilibre au plantigrade qui chut entre les défenses. La trompe l'y maintint d'abord, puis l'ivoire immense fouilla les entrailles, puis encore les grosses colonnes des pieds broyèrent la cage thoracique et l'ours exhala sa vie dans un suprême grognement . Quelques secondes le
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mammouth s'acharna, en furie, ensuite il projeta le catKvre loin de la clairière. Et l'hyène, les chacals eurent à manger.
Sa vengeance satisfaite, le proboscidien revint vers l'homme. De nouveau il le flaira, et se postant à cinq coudées il barrit longuement. La femelle parut avec le rejeton, Tous trois s'installèrent autour de Vamireh.
La nuit était proche maintenant. La grosse mouche bleue préhistorique à son tour cherchait l'abri des feuilles, les némocères partaient en nuées vers les eaux, le grillon reprenait sa vibrante ariette, les fourmis traînaient les ultimes fétus aux greniers souterrains. La cicindèle-larve dormait au fond de son puits, les nécrophores s'acharnaient à enterrer un cadavre de mulot, la flûtée des oiseaux s'éteignait par les branches et les corbeaux s'étaient envolés. Les rayons diffus, plus rouges, plus sombres s'attardèrent aux frêles sommets des carex et des gramens, puis ils foncèrent encore,
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n'éclairant plus de-ci de-là que des paillettes claires ; mais une phosphorescence se dégageait encore de l'herbe etles mammouths graves cueillaient ces dernières luminosités d'une prunelle tranquille, tandis que montait sous bois la clameur sinistre des chacals, les ricanement» de l'hyène gorgés des chairs de l'ours gris.
Elle vint enfin, la grande ténèbre, elle épandit le manteau de son mystère sur la forêt et sur le fleuve, des lampyres brillèrent aux buissons, des phalènes aux ailes cotonneuses vaguèrent suivies par l'aveugle chauve-souris, la chouette soupira dans le creux des chênes, et l'on entendit la voix des fauves criant leurs meurtres triomphaux. Plus d'un léopard, plus d une bande de loups, renifla les effluves de l'homme étendu ; mais nul n'osa troubler la famille invincible du grand mammouth velu, au front bombé.
Jusque quatre heures après l'aube, ils persistèrent à veiller. Alors Vamireh sortit de sa
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longue torpeur, rafraîchi et fortifié comme d'un bain en rivière par les jours torrides. li se mit debout, il essaya ses bras et sa poitrine et, brusquement, perçut le départ des proboscidiens.
Ce départ se lia dans sa tête à l'aventure du matin précédent, il cria des paroles de bienvenue aux mammouths sans savoir tout ce qu'il leur devait. Il le sut un peu plus tard lorsqu'il découvrit le cadavre de l'ours aux os broyés, et son cœur s'émut gravement.