‹ Various Periodicals: La Minerve françaiseChapitre 2 sur 12 · NOUVELLES LITTERAIRES · texte numérisé non relu

NOUVELLES LITTERAIRES

JEssai sur la vie, les écrits et les opinions de M. de Maies herbes , par le comte Boissy-d'Anglas (i).

( Second article. )

Il était réservé , à l'épnque ou nous vivons, d'entendre des Français contester publiquement les faits qui honorent le plus leur patrie, et de voir des enfans désavouer l'éloge que l'on fait de leur père.

En élevant à la gloire de M. de Malesherbes un monument que sa mémoire attend encore de la reconnaissance nationale, M. Boissy-d'Anglas pouvait- il présumer,*]u'un petit-fils de ce grand homme réclamerait au nom de sa famille et au sien , contre l'hommage touchant et pur qu'un des plus dignes appréciateurs du génie et de la vertu s'est pfiipressé de leur rendre dans la personne de M. de Malesherbes-

(i) A Paris, chez ïreuttel et Wurtz , rue de Bourbon , n°. 17 ; et mênae maison de coraincrce, à Strasbourg; à Londres, Joba Square-

T IV. 3o

Ce serait (U'pendant se ine'prendre avec inlention sur le but et l'objet de la lettre que M. de Rosaïubo a l'ait insérer dans ccilaincs feuilles publiques , que de la croire spécialement dirigée contre lé noble pair, auteur de l'ouvrage dont je m'occupe. Il est impossible de supposer quel'araertumedes reproches qu'adresse M. de Rosamboaux écrivains coupables d'avoir loué son aïeul , s'étende à son honorable collègue , et qu'il ne sépare pas , dans son étrange colère, M. Boissy-d'Anglas, des insolens panégyristes dont il repousse les louanges avec tant d'indignation.

Pour moi, j'avoue, avec trop d'orgueil peut-être, qu'après avoir lu le préambule qui précédait la lettre que M. de Rosauil)o a fait insérer dans le journal détrédité de la faction étrangère, je me suis dit à moi-même , dans les termes de l'avare : « Celte affaire vous regarde , maître Anselme ; et c'est à vous à faire à vos dépens les poursuites dont il 6*^agit. »

Je dois reconnaître , en effet , que j'ai tous les torts dont on accuse les plus passionnés admirateurs de M. de Maiesherbes : je vois en lui le modèle des philosophes , l'ami de ia liberté , le plus courageux défenseur des droits du peuple , et le plus ferme soutien du trône : je vois en lui l'ennemi déclaré de cette double aristocratie nobiliaire et sacerdotale , dont le système politique fut une conspiration permanente contre l'indépendance nationale et contre l'autorité monarchique; je vois enfin, dans M. de Malesherbes, le premier Français qui ait senti , ou du moins qui ait osé dire que les progrès des lumières et le salut de la monarchie exigeaient un nouveau pacte social , oli le peuple trouvât la mesure de ses devoirs , et le prince les limites de ses droits.

Cette idée que je m'étais faite de M. de Malesherbes, sur le bruit de son nom , l'ouvrage de M. Boissy-d'Anglas l'a pleinement confirmée ; peut-être est-il permis à ceux qui ont cru voir dans cette doctrine politique une des cau-^îes de la révolution dont ils ont eu plus pai;liculièreir.eiit U

souffrir, de se persuader à cux-mêiues, cl de chercher a persuader aux autres tjue M. de Malesherbes , sur la fin de sa vie, avait abjuré ses principes et renié ses opinion* avantinême qu'une funeste expérience l'eût averti de l'abus coupable que l'on pouvait en faire. Tel est , du moins ^ l'objet de la lettre de M. de Rosambo j il afllriue qu'on ft tiré une conséquence forcée de quelques idées de reforme qae son aïeul avait entrevues , et dont il avait reconnu l'erreur. M. de Malesherbes s'était chargé lui-même de repousser d'avance l'attaque qui devait être dirigée contre tes principes et contre son caractère j pour connaître le fojid de son âme et de sa pensée , il suflit de jeter les yeux «ur !a lettre qu'il écrivit le 22 novembre 1791 , à M. Boissyd'Analas , et dont ce dernier fait mention dans ses Ef

sais («)•

Dans cette lettre, « M. de Malesherbes expose, dans toute leur franchise, ses opinions contre la double aristocratie de la noblesse et du clergé ; ses efforts pour empêcher que les nobles et les prêtres ne fussent admis comme ordres aux états généraux: ce qui (disait-il) devait causer la perte de l'état. » £t il ajoute : « Après le compte que je viens d« vous rendre de ma vie passée , il ne me reste qu'à être lit même tant que je vivrai. »

Jusqu'à ce moment on ne niera pas , du moins -, que M. de Malesherbes n'eût une pleine confiance dans des principes à la profession desquels il attachait la gloire de sa vie passée , et l'espérance des jours qui lui restaient à vivre- Maintenant dira-t-on <îue les symptômes d<; la révolutioa l'éclairèrent sur ce qu'on ne craint pas d'appeler ses erreurs? Je répondrai que les états généraux étaient assem- ^\és depuis dix mois lorsque cette lettre fut écrite , et que dès lors la révolution «tait assez avancée pour qu'un esprit aussi juste et aussi étendu que celui de M. de Malesherbes y pût faire la part de la justice et celle des faction?; pour

(i) Seconde partie , pnge 118.

qu'il pi'it voir, en gémissant, à quels excès dépIorabltTî pouvaient être poussées les passions populaires, et de quels crimes la licence pouvait se rendre coupable sous le nom et sous le masque de la liberté. Mais le sentiment des maux dont il était témoin , et de ceux qu'il prévoyait , contrista son âme généreuse , sans altérer en rien sa religion politique , fondée sur des bases inébranlables , l'amour de la patrie , les besoins du peuple , et l'intérêt du monarque.

Si l'on veut entendre par ce mot rt^volufion ce qu'il signifie en effet, im changement dans l'ordre de choses établi, il est également certain que M. de Malesherbes a vouîu la révolution , et qu'il n'a jamais cessé de la vouloir.

« L'édifice gothique de la monarchie s'écroule, disait-il au roi, ayant l'ouverture des états généraux; ne le prenez que pour une ruine.... Que resle-t-il en France? une nation et un monarque qui peuvent traiter ensemble, car ils ont un intérêt, une affection commune. Qu'un roi, niacé à la fin du dix -huitième sièc'e ne convoque pas les états généraux du quatorzième ; qu'il propose, à une assemblée véritablement nationale, une constitution appropriée à l'état des lumières , à l'esprit du siècle, aux droits et aux besoins mutuels du prince et des sujets: concevez-là, cette constitution ; prcnez-y votre place : c'est ainsi que vous maîtriserez un grand événement , en l'accomplissant vous-mêine »

Sans doute la révolution toute entière est dans ce peu de mots ; et ce peu de mots , si remarquables , se trouvaient dans un mémoire de M. de Malesherbes, cité par M. Lacretelle aîné, dans ses Fragmens jwli tiques et litltraires (i). « J'ai lu plusieurs fois cet écrit • je l'ai vu cora- » poser , dit-il , et j'accompagnais M. de Malesherbes dr >> Verneuil à Versailles le jour oii il alla remettre ce mé-

(i) Fragmens politiques cl littéraires , par Laaretelle aîné. Chez Foulon et compagnie, libraires-éditeurs, rue îles Francs- Bourgeois- Saint-Michel , rx\ 3.

» moire nu roi : je ne connais plu» ( ajoute notre honora- >• ble collègue), que M. de la Luzerne, évêque de Langres, » et nsvcu de l'auteur du mémoire, qui puisse en avoir » connaissance. »

Ceux qui apprécient le caractère et rirrrprocltable sincérité de M. Lacrelelle, ne révoqueront pas en doute l'existence d'un écrit qui n'offrirait, d'ailleurs, à ceux qui ont lu VE<;sni de M. Hoissy-d'Anglas , qu'une preuve surabondante de rinallérabic attachement de M. de Maleshcrbrs aux principes d'une sage liberté. Il a constamment défendu sa cause, il a proclamé son triomphe au milieu des cours et des factions; et, comme Socrale, en buvant la ciguë, il a rendu hommage aux grandes vérités dont il mourait martyr. Voilà ce qu'il importe de savoir, ce qu'il importe de dire, surtout dans un temps oli , sous le faux prétexte de l'interût du monarque, une faction insolente s'efforce de rétablir cette golhique aristocratie que M. de Maleslierbes n'a jamais cessé de combattre, parce qu'il voyait en elle l'ennemi du trône et le fléau du peuple.

Cette digression, oii il s'agissait de venger la mémoire de M. de Malesherbes d'une attaque domestique , ne m'a point éloigné de mon sujet : j'y rentre, en continuant l'examen de l'excellent ouvrage de M. Ijoissy - d'Anglas. C'est un morceau de littérature achevé que celui oii le noble pair rend compte de la récejition de M. de Malesherbes à l'académie française au commencement de 1775. « Ce fut, dit-il, un véritable triomphe national décerné tout à la fois au vrai talent, au vrai courage et à la plus haute vertu civique.... Pour la première fois, peut-être, le choix de l'académie ne trouva point de contradicteurs , et fut approuvé par la France entière, avec un assentiment unanime et un enthousiasme universel. » Quand on sut que M. de Malesherbes se mettait sur Içs rangs ^ tous les autres candidats se

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retirèrent; il fut élu san» cooipetileurs , et recueillit tous )«s suffrages. Celte déférence unaniine honore presque autant les hotumes de lettres qui en donnèreat l'eiieiup!e, que celui qui en fut l'objet.

M. Boissy - d'Anglas fait beaucoup d'honneur à l'époque ou nous vivons , lorsqu'il suppose qu'on ne serait pas moins juste aujourd'hui. Lorsque l'académie française appela dans son sein l'illustre JMalesherbes , *lle comptait, au milieu d'elle, des Voltaire, des BufTon y, des Thornas , des Condillac, des Saint - Lambert , elc ; elle prenait conseil de l'opinion publique , et non pas d'un miuistre , sur te choix qu'elle devait faire j au noiubre des membres dont elle se composait , les deux tiers n'étaient point étrangers à toute espèce d'illustration littéraire : fière de sa noble indépendance , l'académie ne voyait siéger au milieu d'elle que ceux à qui ses libres suffrages avaient conféré cet honneur; elle ne connaissait point d'académicien par ordonnance^ et le petit nombre d'hommes de cour qui jouissaient de celte distinction, s'en étaient rendus dignes par l'honorable patronage qu'ils exerçaient envers les gens de lettres qui les associaient à leur gloire. Certes , l'auteur de V Essai sur la vie de M. de Malesherbes a de véritables droits au fauteuil académique : émule par les vertus et les talens du grand homme dont il fut l'élève, il a pris un rang distingué entre les orateurs qui ont fait revivre parmi nous celte éloquencepolitique des temps anciens. Les discours que M. Boissyd'Anglas a prononcés depuis vingt ans à la tribune natiojoale, ne sont pas seulement de bonnes ou de grandes actions, ce sont aussi de véritables titres lilléraires ; je xi'aurais cependant pas engagé M. Boissy-d'Anglas a se mettre sur les rangs pour entrer à l'académie avant qu'it ne fût rentré à la chambre des pairs.

M. de Malesherbes n'était point encore ministre, lorsqu'il fut couronné de la palme académique avec une sorte-

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<t acclamation y comme il le dil lui-même, cl ion triomplie acquit lin nouveau degré de splendeur du leaips ou il l'obtiut et des hommes qui le lui décernèrent.

Daos son discour» de réception , oij il célèbre l'accord des sciences et do la philosophie, M. de Malcsheibes parlait ainsi de son plus illustre confrère, du chanlrc de Henri, que la sottise et le fanaùsme tenaient exilé sur le ment Jura.

" Songeons , disait-il , que le plus beau génie de votre A siècle aurait cru sa gloire imparfaite, s'il n'eût em- » ployé à secourir les malheureux , l'ascendant qu'jl w a pris sur le public... Je sais que ce n'est pas à moi à » louer 1» talent de cet homme universel , en présence àp. >• ce même public accoutumé à lui prodiguer ses accla- • malions, et devant vous, messieurs , à qui seuls il appar- » tient de décerner les palmes du génie; mais il m'est » permis de remercier, au nom de l'humanité, ce géné- » reux défenseur de plusieurs familles infortunées, celui » qui, du fond de sa retraite, sait mettre les innocens »> sous la protection de la nation entière j et je dois ob- » server, à la gloire de mon siècle , que les poètes immori> tels qui ont illustré la cour d'Auguste et celle de » Louis XIV, n'ont pas eu cette gloire, de joindre aux titres » littéraires le titre sacré de protecteurs des opprimés. » Cet éloge de Voltaire , dans la bouche de M. de Malesherbes, ne compense-t-il pas, avec quelque avantage, les satires , les injures que d'obscurs blasphémateurs prodiguent depuis dix ans à l'homme prodigieux qui semble avoir reculé les bornes de l'esprit humain.

Le plus sage des magistrats succéda a» plus décrié des courtisans dans la place de ministre de la maison du roi fet des proyinces; il n'y resta que le temps nécessaire pour préparer le bien qu'il avait médité, de concert avec M. Turgot, son digne collègue.

Ces deux grands ministres furent renversés par le Nestar

dtt hommes de cour. Des caractères de celle trempe ne pouvaient convenir à M. de Maurepas , à ce vieillard frivole , sans principes et sans vertus, qui n'eut d'autre talent que celui de se maintenir en faveur à la cour d'un roi honnête homme, auprès duquel le recommandaient sa vieillesse «t l'ancienneté de ses services.

M. Boissy-d'Anglas, après nous avoir peint M. de Maleshcrbes dans la reliaile , oii pendant douze ans il oublia, au sein de l'étude , les cliagrins du ministre et !e cérémonial des cours, le ramène sur ce brillant théâU'e à l'époque oii commençait à gronder, dans le lointain , l'orage qui devait bientôt éclater sur la France. «> Le parlement avait refusé d'enregistrer les divers édits bursaux 3])prouvcs par les notables; un lit de justice , tenu à Versailles, força l'euregistrement qu'on refusait; M. de Malesherbes s'éleva fortement au conseil du roi contre cette mesure, et ne craignit pas de s'exprimer en ces termes, dans un des mémoires les plus importans qu'il ail publiés.

« Les dépenses occasionées par la bonté du roi étant » payées du produit des inipèts levés sur le peuple, la « nation est en droit de demander au roi de mettre des 11 bornes à sa bienfaisance. >>

Pendant son dernier ministère, M. de Malesherbes ne tarda pas à se convaincre de l'inutilité de ses efforts pour arracher la France et le roi à des maux que le gouvrrnemen't semblait prendre à tâche de rendre chaque jour plus inévitables : il sollicita vivement, et finit par obtenir la faveur de se retirer et de mettre un terme à sa carrière ministérielle; mais il avait encore du bien à faire, puisqu'il lui restait quelques jours à vivre : « Le dernier soupir d'un pareil homme, ajoute son noble historien , pouvait-il s'exhaler vers le ciel , sans ajouter encore à son illustration. S> C'est à iM. Boissy-d'Anglas qu'il appartient de peindre, avec toute l'éloquence de l'esprit et du cœur, le dévoue- TDent héroïque dont M. de Malesherbes a laissé l'immortel

exemple; flans ce t;il)U'.iu touchant ol sublime, \c peintre est diqncdn modèlf... l.e vtMi(raI)le (liffuseur tlo Louis xvr, en coiisouiiiiaiit un généreux sacriiice, a Icgué sa mémoire à sa véritable famille, la patrie et la postérité. Elles ont accepté ce grand héritage, dont l'ouvrage de M. Hoissyd'Auglas nous .i fait connaître toute la valeur.

Après avoir lu cet essai sur la vie et les écrits de M. de jMalesherbes, on s'étonne qu'un aussi grand citoyen n'ait encore reçu aucun témoignage public de la reconnaissance nationale; on se demande [lour .[ui l'académie réserve ses éloges (i)? de quelle renomuiée le gouvernement prétend conserverie souvenir ? quelles images doivent décorer nos places publiques.^ Ne craignons pas de le dire, la France méritera le reproche d'ingratitude aussi long-temps que la statue de M. de Malesherbes ne s'élèvera pas sur la place du palais oîi siègent les députés de la nation ; ce projet de monuiuent est un vœu national , et notre collègue M. Aignan ne réclame que l'honneur de l'avoir émis le premier dans sa brochure sur V Etat des protestons.

SUR LA Vi: NDÉE.

Après les agitations et les longs malheurs d'une révolution dout les excès peuvent être également attribués aux écarts d'une liberté inquiète el mal établie , à l'opiniâtreté des résistances injustes et maladroites , et à l'intervention de l'étranger, la nation consolée, et peut-être éblouie par

l'éclat de ses succès , mais rassasiée de gloire et de triom- > }

(i) M. de Laplace avait propose l'année dernière ce beau sujet pour le prix d'éloquence que décerne l'académie française^ et l'académie du Card l'avait mis aii concours et l'y a muintemi pcîT.lan!' plusieurs années.

phes , aspirait au repos , et faisait des vœux pour la p^ix , lorsque le conquérant conduisit l'année à de nouveaux combats. Celle fois la victoire nous devint fatale , et l'i^rmée entraînée dans des contrées lointaines , se couvrit ^c lauriers stériles. Les rigueurs du climat et de la saison, et plus encore l'impossibililc des approvisionnemcns , l'obligèrent à la retraite : elle fut pénible et; désastreuse. Bientôt nos pertes excilèrent l'audace de nos ennemis , et amenèrent la défection de nas alliés. Les princes du continent se liguèrent ; ils appelèrent les peuples aux armes , en leur promettant la liberté; et l'or de la puissance insulaire vint déterminer les faibles et cimenter la coalition. Enfin, l'Eu* rope armée nous enleva la victoire et nous rendit à nousinômes , et au gouvernement de nos anciens princes.

Alors une voix 56 fit entendre parmi nous : elle s'éleva au-dessus des passions , des petits intérêts et des partis; elle invoqua Vunion , Voubli , la paix. Elle fut écoulée avec transport, et tous les cœurs vraiment français répondirent à cet appel de l'humanité. Comment le génie de la discorde parvint- il à changer ces heureuses dispositions ? Et par quelles suggestions perfides vient-il encore réveiller les haines, les ressentimens et les préventions? N'est -il pas temps de repousser ces hypocrites et éternelles déclamations contre le passé, qui tendent à troubler le présent , sans utilité pour l'avenir?

Si le silence pouvait effacer de la mémoire des hommes les maux dont ils ont été les témoins et les victimes, il faudrait s'imposer l'obligation de ne jamais parler des scènes afïligeanles et cruelles qui désolèrent l'intérieur de la France pendant la Jurée du drame terrible qui étonna l'Europe et lui révéla la faiblesse , l'insuffisance et la caducité de ses institutions) mais le silence le plus absolu'ne peut anéantir les faits, et il n'est pas en notre pouvoir de les oublier : Si tam in nostrâ potestate csset ohliiùsci quant tacere ( Tac. Agric.) D'ailleurs , la malveillance s'efforce de les dénaturer, de les déplacer, de les isoler au gré des p^s-

«ions qu'elle veut flatler ou exaspérer. Il pcul donc être permis de dire la vérité tout eiilière , et d'tssnyer de la mettre à l'abri des erreurs et des fraudes polilifiues de l'esprit de parti.

C'est dans ce dessein que je ine sui> décidé à parler de la guerre de la Vendée , l'un dei plus déplorables et des plus funestes événetueiis de la révolution , et sur lequel on cherche constamment à propager les idées les plus fausses et les plus nuibibies au retour de l'union et de la paix.

On sait (jue la Vendée olTrit pendant plusieurs années le spectacle d'un champ de bataille , oii des Français et des frères s'égorgèrent , sans pitié, au nom de ce qu'il y a de plus sacré parmi les hommes , et se livrèrent réciproquement à tous les excès de la rage et du fanatisme. Personne n'ignore aujourd'hui qu'au milieu des combats et des crimes qui inondèrent ce pays de larmes et de sang , on vit quelquefois briller de part et d'autre des traits de courage et d'héroïsme dignes d'un temps moins malheureux. Il ne s'agit donc pas de présenter un tableau des batailles et des actions particulières ou des Français tombaient incessamment sous les coups des Français ; mais de donner tout simplement un aperçu moril et politique sur les causes, la durée , le but et les suites de celte guerre.

Beaucoup d'ouvrages ont été publiés sur la Vendée : Histoires , Mémoires particuliers , Romans , Elégies , etc- Mais il semble que les écrivains qui entreprennent de nous retracer ces triste? épisodes de nos dissensions civiles aient renoncé à toute impartialité. Il en est que leur âge et leur position préservèrent des atteintes et des maux de la guerre^ et qui y furent tout-à-fait étrangers. Ils ont sans doute e'crit de confiance et sur les notes qui leur forent fournies j quelques-uns devinrent les éditeurs complaisans de Mémoires que le malheur et les senlimens les plus chers rendirent séduisans pour leur jeunesse et leur inexpérience. Ils adoptèrent sans examen les documens qui leur étaient donnés , ou s'abandonnèrent aux inspirations d'une imagi--

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nation prévenue ; ils y ajoutèrent tîes fictions propres â agrandir les héros qu'ils avaient choisis; cl , semblables aux panégyristes , i!§ firent tout concourir à l'honneur du saint qu'ils voulaient célébrer, et créèrent souvent les intentions , les faits et les résultats. En exaltant l'orgueil et les prétentions d'un parti , ils attaquèrent tous ceux qui avaient été forcés de !e combattre , et préparaient ainsi le réveil des souvenirs airiers qui rallunièrent dans la suite les haines mal éteintes et toutes leurs fureurs.

Cependant, lorsque ces écrits commencèrent à pantître, les étincelles qu'ils jeîèrent dans la société n'y produisirent ni incendie , ni explosion j on ne songea pas tnême à y répondre. La France marchait de triomphes en triomphes; les passions étaient amorties, et la Vendée n'existait plus! En discutant les éloges donnés aux Vendéens, on aurait craint de troubler la cendre des morts, et l'on se tut sur les nombreuses erreurs de leurs historiens.

Le 3i mars, en réconciliant la France avec l'Europe, semblait devoir consolider la paix inférieure, et prévenir désormais toute espèce de dissidence ; mais , par une fatalité inconcevable , les jours qui suivirent la restauration virent renaître toutes les passions , et leur emportement prit uue nouvelle intensité. Ce n'est point ici le lieu d'examiner quelles furent les causes diverses qui produisirent les divisions, les craintes et les inquiétudes dont la France fut alors agitée; ni de rechercher quelle influence elles purent avoir sur les événemens de i8i5, et sur les calamités qui en devinrent la funeste conséquence. On se propose seulement d'indiquer comment les ennemis du repos et da bonheur de notre patrie s'attachèrent à ressusciter le parti vendéen , et tentèrent de lui donner une importance qu'il n'avait jamais eue , même aux jours de ses succès. L'exagération des énergumènes qui entreprirent d'exhumer ce parti, fut portée jusqu'au délire; ils proclamèrent les Vendéens reslaurateitrs du trône , et voulurent que la France s'honorât d'être devenue toute vendéenne.

rUANÇAlSE. /jl^

il e.s( naturel de supposer que ceux des anciens chou do la Vendée qui avaient survécu , virent avec joie le retour des princes au nom desquels ils avaient combattu ; mais ces chefs , et leurs partisans , avaient-ils contribué aux événemens de i8i4 ? I-<ps avaient-ils prévus, préparés, dirigés? .. . Hélas! ils n'y pouvaient rii-n , et ils y sont bien étrangers. Il était donc au moins déplacé de leur persuader qu'on dut leur en rendre grâce j et il est encore douteux que les avantages qu'on s'eflorçait de leur attribuer, eussent été obtenus par l'Europe coalisée, si l'opinion nationale fatiguée n'eût abandonné l'homme qui s'obstinait à repousser la paix.

In coup d'ccil rapide sur les faits antérieurs , fera connaître si l'admiration que l'on voulait inspirer pour les Vendéens , pouvait être justifiée par quelques services réels rendus à la patrie on au monarque.

On a prétendu que l'origine de la guerre de la \ enuée remontait aux premiers jours de la révolution , et que le feu sacré de l'amour pour le roi et pour le trône avnit été conservé et entretenu dans ce pays par une fidélité éminemment dévouée et presque exclusive : celle assertion est hyperbolique ; et , d'abord aux premiers jours de la révolution, en 1789, l'amour pour le roi était le sentiment unanime de tous les Français : il n'était le privilège spécial ni d'une province , ni d'unte classe particulière. La Vendée n'avait donc nul motif de se constituer en état de guerre pour défendre le Irône, que personne ne songeait à attaquer.

Si l'on porte sa pensée sur les aberrations et les écarts qui suivirent le premier élan vers la liberté , on ne voit pas que la Vendée ait rien fait ou rien tenté pour conjurer l'orage : il est bien vrai qu'à différentes époques des insurrections partielles se manifestèrent sur divers points de ce département ; mais ces mouvemens ne pouvaient avoir ai;cun but politique : plusieurs eurent pour cause ou pour prétexte la circulation des grains , et tous les attroupe-

mens se dissipaient à la première apparition de (juelque détachement de garde i>al/ionalc.

Lorsqu'en 1791 ? Louis xV[ voulut se rendre à Verdun, ou Longwi, quelques émigrés , dél>arqués dans la baie de Bnurgneuf , excitèrent l'atlenlion des autorités : une force armée peu nombreuse, commandée par le général Dumouricz , fit disparaître jusqu'aux traces des rassemblemea» annoncés.

En l'jcf^ 1 le trône fut menacé, attaqué, renversé} Louis XVI et sa famille furent prisonniers ; la convention 5e réunit: bientôt , excédant ses pouvoirs, elle osa juger le roi, et prononça contre lui la peine capitale. Enfin elle fit exécuter son épouvantable arrêt; et cependant on Ti'aperçutpas dans la Vendée le moindre signe d'opposition ou même d'un intérêt particulier. Plusieurs départemens essayèrent de prévenir la catastrophe j ils firent des adresses ,des remontrances , et offrirent une force armée : les Vendéens demeurèrent muets et immobiles I Avaient-ils donc une arrière-pensée? et peut-on supposer qu'ils eussent dès lors adopté la maxime, dont on leur fit depuis un cri de guerre au milieu de la paix .• /^^/Ve le roi, quand mêmel Cela n'est pas vraisemblable.

L'insurrection de 1793 éclata le 10 mars, à l'occasion de la levée de 3oo -mille hommes ordonnée par la convention. Presque tous les chefs furent contraints par les pavsans à se mettre à leur tête. Plusieurs de ces chefs montrèrent des lalens militaires , de l'intrépidité , et un beau caractère : ils furent secondés par le courage de quelqaes-uns de leurs soldats , et par le fanatisme de la multitude ; mais on ne vit dans aucun 'd'eux ce génie propre à décider l'opinion et à changer la face des états ; et s'ils eurent quelque plan, quelques vues politiques , ce fut sans doute lorsqu'ils eurent obtenu des avantages momentanés et imprévus.

Les circonstances semblaient alors leur offrir des chances favorables La chute du trône ; le jugement de Louis xvi ,

les divisions et les querelles de la convention avaient jeté l'inquiétude et la consternation dans les esprits : les Fran* yais auraient pu se rallier et opposer une digue au torrent dévastateur qui menaçait de tout engloutir. Un chef dont le nom eût commandé le respect et la confiance , en excluant toute idée d'alliance et de concours avec l'étranger > eût peut-être transformé les bandes éparses et divisées de la Vendée , en armée formidable ! mais ce chef ne parut point. L'insurrection ne présenta qu'une résistance locale à une loi dictée par la nécessité , et l'on ne vit , dans les Vendéens , que des auxiliaires de la ligue de Pilnilz. Alors les âmes généreuses se précipitèrent vei-s nos frontières , pour défendre le territoire et l'indépendance national» contre l'invasion de rétran£;er.

La terreur et les proscriptions semblaient devoir donner des partisans aux Vendéens ; mais l'inhumanité qu'ils avaient montrée dès le commencement de la guerre, leur enleva cette ressource, et les massacres de Macbecoul ajT* prirent ce que l'on devait attendre d'une foule de furieux indisciplinés, qui s'annonçaient par un cri de guerre imposant et respectable, mais qui se conduisaient comme des Cannibales. Les historiens de la Vendée ont eu la complaisance ou la faiblesse de taire cette vérité.

Hélas î les excès et les crimes commis , dans ce maUieureux pays , par l'ordre ou sous l'autorité des commissaires de la convention , ne sont que trop vrais • et les novades , kîS fusillades du tigre du Cantal, iront effrayer encore l'imagination de nos derniers neveux ^ mais , on doit le dire avec franchise , les deux partis disputèrent souvent de cruauté et les \endcens en avaient pris l'affreuse initia^ tive. Les sanglans chapelets de Machecoul précédèrent de plusieurs mois les hdtecaix à soupapes de Carrier.

Il faut écarter les détails déchirans de ces scènes atroces , et les couvrir pour jamais d'un voile funèbre ; mais de leur simple rapprochement , jaillit un éclair terrible qui lai^i*

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apercevoir des deux côtés et dans toute leur horreur , Ici fureurs du fanatisme et de l'esj)rit de parti.

Les sicaires de Carrier , enivrés des plus révoltantes débauches , exécutaient ses ordres destructeurs dans l'ombre de la nuit , et s'excitaient au carnage en vociférant le chant guerrier qui avait accompagné nos premières victoires sur l'étranger • et les massacres de Machecoul avaient été exécutés sous Ips auspices et l'influence de quelques ministres d'un dieu de paix et de miséricorde au chant des cantiques sacrés et à la lumière du soleij I

Les .bandes vendéennes , déshonorées par ces actes de férocité , furent réduites à se recruter de vagabonds, de mauvais sujets et de quelques déserteurs.

On aurait pu terminer celle guerre prompteraent , soit par la force des armes , soit par une amnistie franche et loyale accordée dès le principe; luaison prit de fausses mesures • on employa des moyens insuffisans ou mal combinés j on aguerrit les insurgés par des combats fréquens et par une alternative prolongée de succès et de revers : des rigueurs inutiles les irritèrent j la réconciliation parut impossible. Quelques-uns des hommes , qui s'étaient emparés du pouvoir , prétendirent que la Vendée était un cancer politique , qu'il fallait entretenir et alimenter j et ce cancer dévora une partie de la population locale et des armées entières.

La pacification tardive de l'an 3 n'inspira pas cette confiance sans laquelle tous les traités sont incertains. Les commissaires de la convention ne mirent, dans leurs rapports et dans leurs conférences avec les chefs , ni la fermeté , ni la dignité nécessaires, et leur faiblesse rendit les Vendéens vains et orgueilleux. Bientôt' la paix fut violée et l'expédition do Quiberon ralluma la guerre. Cependant la suspension d'armes avait calmé les haines : des hommes qui s'estimaient regrettèrent de s'être combattus , et les préventions s'affaiblirent. Le comraandoncnt de l'armée

FRAiNÇAISE. /jCii

républicaine do l'Ouest fut confié à des généraux bahik-s ^ distingués p.ir leurs taleris , et connus par leurs vertus : les chefs vendéens se divisèrent , et ceux qui voulurent continuer la guerre furent abandonnés Le volcan de la Vendée s'éteignit ; il ne resta dans les déparlemens de TOuest que quelques bandes qui infestèrent les routes, et dont les exploits se réduisirent à inquiéter de paisibles hameaux, et à tourmenter les voyageurs. Telles étaient la situation des choses et la disposition des esprits à la fin de l'an y et au coniinonce/nenl de l'an 8 (179g), que, lorsqu'on voulnt tenter une nouvelle insurrection, après les désastres de l'armée d'Italie, plusieurs des anciens chefs refusèrent d'y prendre part , et les rassemblemens furent commandés par de nouveaux venus : le mouvement fut même à peu près nul du côté de la Vendée.

Le j8 brumaire mit un terme aux discordes intérieures : le nouveau gouvernement dissipa les factions , soumit tous les partis , et s'occupa de cicatriser les plaie^ de la Vendée. Les Vendéens se montrèrent reconnaissans , et demeurèrent tranquilles. On ne les vit point prendre part aux tentatives dirigées contre le premier consul j et , lorsque Napoléon, appuyé sur la victoire, voulut perpétuer son pouvoir et le rendre héréditaire dans sa famille , la Vendée ne réclama point. Elle reconnut , comme toutes les autres parties de la France , le consulat à vie et le gouvernement impérial. C'est même dans l'intervalle des deux s éiiatu s -consultes que l'on commença à y lever la conscription , dont jusqu'alors les doparteniens de l'Ouest avaient clé dispensés. Les levées s'y firent ensuite aussi facilement que dans toute la France.

Enfin, lorsqu'on 1808, Napoléon traversa quelques-uns de ces départemens, plusieurs des anciens chefs de la Vendée briguèrent l'honneur d'être officiers et sous-officiers dans la garde qui lui fut offerte, et quelques-uns saisirent celte occasion de demander du service. Napoléon fut reçu dans la ville qui portait son nom avec les transports de l'allé- T. IV. 3i

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gresse et de Vadmiralion : on ajouta, aux honneurs qui lui furent rendus, l'cmpresseinent et les soins delà servitude; et cependant il sortait alors du château de Marach , où il avait consommé la spoliation et le rapt des princes de l'Espagne : il est vrai qu'aucune puissance du continent ne réclama contre cet acte, que les hommes du jour ne lui ont reproché qu'après ses revers. La Vendée imita le silence des rois!

Au surplus, elle continua de fournir son contingenta toutes les levées , et celle de la garde d'honneur, en i8i3, fut faite dans ce département sans résistance et sans opposition.

Elle n'existait donc plus , celte Vendée , lors de la restauration ^ et il fallut des cfforls incroyables pour ranimer un parti vaincu , soumis et consolé par de nombreux bienfaits et par une protection spéciale. La résurrection de ce parti était toul-à-fait inutile ^elle ne pouvait rien ajouter à la force de l'opinion, et il n'était que trop évident qu'elle exciterait de nouvelles discordes : mais on s'obstinait à déchaîner toutes les passions , et l'on y réussit Quelques mouvemens avaient eu lieu , dans les premiers jours de 1814, pour s'opposer aux levées des gardes nationales; on mit tout en œuvre pour les prolonger après le 3i mars. Des menaces, des bravades excitèrent l'inquiétude dans les villes , et notamment à Nantes, oii les propos et l'attitude hostiles des Vendéens parurent d'autant plus extraordinaires , que cette ville avait reçu avec joie, et même avec enthousiasme , la nouvelle du retour des Bourboiis. Pour apaiser le désordre , qu'on nomma excès de zèle, les autorités caressèrent les mutins , et les protégèrent ouvertement contre le mécontentement que leur présence causait dans les villes , oii ils afïectaicnt de se montrer dans le costume de l'ancienne insurrection : on leur promit des récompenses, des distinctions, etc.

Bientôt on proposa d'élever un monument aux victimes de Quiberonl.... Déférer ces honneurs, et celte espèce de

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ttiltc aux mânes des Français qui allaquèl-ent notre territoire, c'était insulter au courage et au dévouement de ceux (jui le défendirent ; c'était un acte d'accusation contre eux. Comment concilier ce projet avec les éloges que l'on affectait de donner à l'armée? et comment espérer qu'il serait encore permis d'honorer les braves qui combattirent au-delà du Rhin , des Alpes et des Pyrénées, si l'on attachait le blâme et la défaveur à ceux qui défendirent la cause nationale aux bords de l'Océan? Le monument ne fut point élevé; mais le coup avait été porté, l'injure avait été îcntie î

Les émigrés qui périrent à Quiberon, après le combat j laissèrent des regrets même à leurs vainqueurs. Ils furent, dit-on , abandonnés et sacrifiés par ceux qui les avaient débarqués.... Quoi qu'il en soit, l'abus de la victoire ne peut être imputé à l'armée. Plusieurs corps, et notamment la légion nantaise , ouvrirent leurs rangs, et y reçurent des émigrés pour les sauver du carnage.

Au milieu des élémens de discorde que le nouveau parti vendéen mettait en fermentation j les campagnes reçurent une organisation militaire : les commandans , ou capitaines de pai-oisse , exercèrent une autorité supérieure à celle des maires. Ces capitaines recevaient des instructions particu^ lières et des ordres secrets. En sorte que le pa.ys était gou* verné et administré par deux pouvoirs; l'un ostensible et reconnu ; l'autre confidentiel et occulte , et ce dernier était le plus puissant et le seul redouté.

Dans cette situation inquiète et agitée , les préfets s'oo* cupaient, avec une commission spéciale, de distribuer des décorations et des récompenses aux insurgés, lorsque le rapport de M. le chancelier apprit à la France le débarqiiement de l'homme de l'île d'Elbe. A cette nouvelle, oa croit que la Vendée va marcher toute entière pour s'opposer à l'invasion; mais non, elle n'offrit rien de plus remarquable que les autres départemens, du moins pour les levées qui devaient se porter en ayant, San» doute, les hom-

mes influens voulurent y réserver la population pour une insurrection locale , plus conforme au caractère et aux inclinations des Labitans, et qui donnerait aux chefs de l'importance, du pouvoir, des grades et les moyens d'agir selon les circonstances, sans les obliger à quitter leurs manoirs.

Dès que l'on eut des nouvelles du 20 mars, les levée» cessèrent ou prirent une autre direction; les volontaire» mis en route rentrèrent dans leurs foyers.

Une partie de la \endée prit les armes; mais tous les mouvemens de la rive gauche de la Loire et l'espèce de guerre entreprise dans ce pays avec les secours de l'étranger, ne produisirent et ne pouvaient produire que des déchiremens iuutiles. Ce n'était pas là que la question pouvait être décidée.

Cependant, après le départ du lieutenant général de S. M. dans l'Ouest, les Vendéens montrèrent des incertitudes et les chefs n'eurent pas toujours à se louer du zèle et de l'attachement de leurs soldats. Enfin, ces chefs avaient aussi reconnu le gouvernement établi et avaient traité avec lui avant la bataille de IVaterloo.

Au milieu de la stupeur générale , en présence de l'armée des alliés et lorsqu'on désarmait les gardes nationales de plusieurs grandes villos, la Vendée conserva un état militaire; elle reçut des armes de l'étranger et il lui en fut délivré de nos arsenaux ; des amas et des dépôts de munitions furent placés sur divers points; les revues et les exercices s'y continuèrent et y entretinrent un esprit inquiet et turbulent contraire aux lois et à la volonté qui régit îa France. Pour calmer les élans déplacés de ce zèle plus qu'indiscret, le gouvernement employa successivement plusieurs mesures presque toujours éludées. A l'approche de la session des chambres en 181 y, un de nos princes visita plusieurs des départemens de l'Ouest; il s'y fit précé- -cler de ce mot sacré de ralliement : oubli eX. union. H recueillit des bénédictions et put connaîire le voeu de tous

les amis de l'ordre cl de la paix ; mais le génie de la discorde s'empressa d'atténuer les effets de celle missioa pa»ternelle. Certains journaux publièrent, avec une sorte de jaclance, l'hommage fait par des ofliciers prussiens au fils d'un chef de la Vendée. Quelques hoiniaes, aveuglés par la passion, craignirent sans doute que 1^ parti opposé aux inslitulions conslilulionnelles ne s'alarmât des paroles de paix portées par le prince, et l'on se hâla de ra&surer le parti et de flatter ses prétentions par cette petite ovation décernée au très-jeune pair. Certes, ce n'est point en célébrant des distributions de couronnes à un parti que l'on peut efïacer les traces de la guerre civile et faire oublier le passé.

II est aujourd'hui permis d'espérer que la Vendée cessera d'avoir une direction et des principes différcns de ceux de la France entière, et qu'on parviendra à détruire jusqu'aux germes des divisons intestines. Il est temps d'y rendre le cultivateur à ses travaux. Le bruit des armes exalte les esprits et fait naître le désir des combats. La dissipation, inséparable des exercices militaires, nuit au retour de l'ordre civil et aux charmes des plaisirs de famille. Enfin, celle partie de la France n'a nul besoin de garder une attitude guerrière quand tout est en repos, et l'on pourrait , avec raison, demander aux promoteurs de tous ces niouvemens belliqueux :

Pourquoi tout ce fracas, ces armes , ce bagage ?

Au lieu de multiplier les revues et les marchés militaires dans la Vendée, il faut y répandre l'instruction et apprendre aux habifans des campagnes que les lois sont pour tous et ne souffrent pas d'exception ; que toutes les parties de la France doivent y être également soumises et qu'on les trompe en cherchant à leur persuader, par des confidences perfides et mensongères, que la charte n'est qu'une concession transitoire. Il faut leur faire entendre et leur répéter ces paroles d'un ministre de S. M.

« La charte est. notre patrimoine à tous j nous en som- 1» mes en pleine possession : tous ceux que les lois appellc- » ront, ou appellent à exercer des droits politiques ont M juré cle s'y conformer ; elle est la règle (Je tous les fonc-^ M tionnaires, comme la boussole de la monarchie, et ce « bienfait doit devenir l'héritage de nos successeurs. »

Les Vendéens seront désabusés des rêveries dont on les berce : ils comprendront que l'état hostile et l'esprit de di^ vision que l'on voudrait encore maintenir parmi eux, ne peuvent ni troubler ni affaiblir l'harmonie des sentimcns qui animent le reste de la France.

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