VARIÉTÉS
t^ETT^ES SUR PARIS,
Paris, le 6 janvier 1819.
Un calme profond a succédé à des jours d'orages, les fonds publics remontent rapidement , et la confiance se rétablit. Supposons que la faction ennemie l'eût emporté , quel autre spectacle offrirait notre pays! Le sentiment qu'elle avait de sa faiblesse l'eut , en dépit d'elle-même, rendue cruelle et violente, la résistance mène droit à la terreur. Aussi la seule idée que cette faction pouvait obtenir un triomphe d'un moment, avait jeté la stupeur dans Paris. La rente se décréditait avec une alarmante rapidité; nul doute qu'elle ne fut tombée à cinquante francs , et que cent maisons de banque et de commerce n'eussent été entraînées par cette catastrophe. Quel terrible contre-coup pour la France et pour l'Europe î Ce n'est pas tout encore ; on
rRANÇAISK. 4G7
he parlait que Je coups d'ctal , de prison et d'exil j déjà il était question de cent hommes ; bientôt chaquedeparlcment aurait eu son contingent : car , c'est ainsi que toutes les proscriptions commencent. Les premières en appellent de secondes. Elles ne s'arrêtent que quand les proscripteurs sont eux-mêmes proscrits.
Toutes les lettres qui arrivent des diverses parties de la France , ne parlent que des projets de vengeance et de persécution qu'affichaient les hommes de i8i5; déjà ils se croyaient revenus aux beaux temps des suspects et des cours prévôtales ; une vive agitation se faisait remarquer dans les départeraens naguère si paisibles : mais lorsque l'heureux résultat de la crise sera connu , le calme et la confiance renaîtront de toutes parts , et la France s'attachera plus que jamais aux institutions qui peuvent seules assurer fion bonheur.
E-^pérons que ces jours d'alarmes ne renaîtront plus. Le corps politique est trop faible pour résister à des crises qui se renouvellent sans cesse. Si , après l'ordonnance du 5 septembre^ le dernier ministère n'eût pas reculé devant son ouvrage, il eût évité à la France les secousses qui viennent de l'agiter. Comment l'ordre pourrait-il régner dans un pays oii les agens qui exécutent sont les ennemis secrets du pouvoir qui commande. Il est aussi impossible à un ministère de suivre un système avec des fonctionnaires indociles ou rebelles, qu'à un général de suivre un plan de campagne avec des lieutenans qui contrarieraient ses mouvemens, ou qui donneraient le mot d'ordre à l'ennemi.Telle fut précisément la situation des derniers ministres. Si quelque chose étonne , c'est qu'ils aient pu tenir si long-temps le timon de l'état. Comment, je le demaude, le parti qui était si merveilleusement organisé aurait-il renoncé au pouvoir , quand il avait partout des agens prêts à le soutenir ? Occupant tous les degrés de l'autorité, pouvait-il ne pas songer à s'élever de plus en plus? Maître des hauteurs , il était tout simple qu'il voulût s'eua-
parer da corps de la place. Sans doute le ministère actuel ne fera pas la même faute. Il s'appuiera , non-seulement sur des institutions, mais sur des hommes qui aient la volonté de marcher aveC elles, et qui ne reculent pas quand il avance. Il nous doit des garanties contre le retour du péril auquel nous venons d'échapper; la France les attend avec impalioTK.o. Je sais, qu'à peine investi du pouvoir, il a besoin de quelque temps pour préparer ses mesures; mais il jje doit pas moins éviter le tâtonnement que la précipitation. Qu'il se défie également de la faihlesse et do la violence ; qu'il montre de la fermeté; elle lui est indispensable pour maintenir l'ordre et pour se maintenir lui-même.
On annonce des chaagemens notables dans le personnel de l'administration. Les nouveaux ministres ont pu aisément connaître leurs amis et leurs ennemis. Pendant huit jours on a cru au triomphe de leurs adversaires, et on n'a pas caché ses senlimens. On parle de défections subites de la part d'hommes, qui, la veille encore, protestaient d'un éternel dévouement; mais ils reviennent au«si vite qu'ils s'étaient éloignés: ils sont habitués à ce genre de manœuvres; le comédien le plus leste n'exécute pas des changeinens à vue avec une si incroyable rapidité. 11 en est d'autres qui ont été plus habiles; tout le temps que les choses leur ont paru douteuses , ils n'ont négligé aucun candidat ministériel ; ils ne se sont .séparés de personne, afin de pouvoir être, dans tous les cas, les amis de quelqu'un ; seulement ils allaient en plein jour chez celui qui paraissait en faveur, et ils n'allaient que le soir chez celui qu'on croyait en disgrâce. Les grands changemens politiques font toujours faire de nouvelles découvertes dans le cœur humain. On raconte , à ce sujet, une multitude de traits fart piquans ; celui-ci n'est pas le moins curieux. Un préfet , informé par ses amis do ce qui se passait dans la capitale, et croyant certain le triomphe de son parti, écrivait à un ministre pour le féliciter de la victoire qu'il avait remportée sur son adversaire, et il s'exprimait sur celuirci de la manière la plus incon-
venanlo. Par un singulier hasard , c'est la première lettre qu'ait ouverte le nouveau ininislre de l'intérieur. 11 y aura certainement plus d'une méprise do ce genre, et le ministre des affaires étrangères pourra bien recevoir des depêches qui ne seront (Mis moins curieuses.
Je ne saurais vous donner une idée plus exacte de la situation de Paris dans ces derniers jours, qu'en vous di'sant que les tribunaux eux-mêmes se sont ressentis de l'aigitalion publique. Le 26 décembre, précisément à l'époque "oii les hommes monarchiques croyaient leur triomphe assuré, un premier président, assis sur son siège, dit auk juges , avant de faire appeler le rôle des causes : Eh bien , messieurs , oii en sommes-nous , quels sont les ministres ? Ces paroles ont été entendues par tous les spectateurs. Il fallait que le sévère magistrat fût bien préoccupé de la révolution qui s'opérait dans le ministère, pour oubliera ce point la dignité de ses fonctions ; il est vrai que darrs quelques coteries on en faisait un garde des sceaux. Ce motif seul a pu troubler ses esprits au point de lui faire oublier une ordonnance royale du mois de décembre i32o, qui défend aux juges et conseillers tenant l'audience de se demander et raconter nouvelles et esbaltemens. Cette ordonnance n'est rapportée par aucune loi , et n'est nullement contraire à la charte; d'ailleurs elle dateflu quatorzième siècle, et doit être une imposante autorité pour les hommes monarchiques.
Les écrivains du dernier ministère sont ceux qui devraient éprouver le plus d'embarras; défenseurs de toutes les fausses mesures qui ont amené sa chute , ils ont prôné les lois d'exception et les emprunts, les cours prévôtales et les épurations ; il* ont applaudi à cette jurisprudence qui mettait les écrivains de la capitale à la discrétion de loos les tribunaux correctionnels de la France; ils cherchaient à élever un mur d'ainlin entre les Français exilés et la France, ils défendaient les vices du jury actuel, les entraves de la presse et tous les envahissemens de l'arbitroire. M»
devraient avoir aujourd'hui quelque honte; mais il y a toujours des ministres , et ils sont satisfaits : ils savent que le pouvoir, quel qu'il soit, tend à s'agrandir ; ils Ini aplaniront les voies. Ils ne risquent rien d'écrire contre la liberté de la presse; les dépositaires de l'autorité en veulent toujours le moins possible. S'il fallait même se rétracter, s'il était nécessaire de louer ce qu'on a flétri, de flétrir ce qu'on a loué , on s'y prêterait de bosne grâce. 11 est des hommes que la nature de leur caractère et de leur talent rend esclaves de quiconque gouverne; ce sont des ministé*» riels inamovibles. La seule chose qu'ils redoutent, c'est que l'autorité soit assez juste pour se passer de prôneurs ; ils désirent qu'elle fasse des fautes pour qu'elle ait besoin d'eux.
Le premier projet que doit présenter le nouveau ministère est,dit-on, relatif à une nouvelle organisation du jury, et à son application aux délits de la presse. Les écrivains ministériels ont beau jeter les hauts cris contre cette mesure, la France la réclame, et la France l'obtiendra. Mais, diront-ils , les coupables seront presque toujours acquittés ; il paraît que ces messieurs aiment beaucoup les condamnations : sûrs pour eux-mêmes de l'impunité , puisqu'ils écrivent toujours en faveur de ceux qui accusent, ils seraient enchantés de répondre à leurs ennemis par le cachot ou par l'exil. Telle est la polémique où ils brillent, tels sont les argumens où ils se complaisent. Les écrivains ultramonarchiques sont du moins plus conséquens; ils demandent depuis si long-temps la liberté de la presse , qu'au moment où ils se sont crus assurés de la victoire, ils n'ont pas eu l'impudeur de se prononcer contre; seulement ils ont commencé à insinuer qu'on devait la donner avec d'excessives précautions, qu'il fallait des lois répressives, des lois terribles. On conçoit aisément cette tactique ; assures du triomphe, ils n'avaient rien à redouter de ces lois terribles , elles ne pouvaient frapper que leurs adversaires, et certainement elles ne les eussent pas épargnés.
ta terreur eût même été telle, que personne ne se fût avisé d'ccrire, et c'est alors que la presse eût «té entièrement libre au profit de l'oligarchie et au bénince de la contre-révolution Ou ne nous eut peut-être pas même refusé le jury, mais on nous l'aurait donné spécial , c'est-à-dire qu'on l'aurais pris dans tous les ennemis des lumière^ el des intérêts nouveaux; et que, sous des formes libérales, nous eussions été condamnés par de véritables commissions. Kn un mot, on aurait choisi pour jurés ceux qu'on voulait pour électeurs , o*esl-à-dirc que les hommes monarchiques auraient exercé le monopole de la puissance judiciaire et du système représentatif; qu'ils auraient dominé la chambres de pairs, la chambre des députés et les tribunaux; en un mot, qu'ils seraient devenus les maîtres absolus de nos fortunes et de nos droits, les arbitres souverains de nos destinées. Le moment était décisif pour eux; il ne faut donc pas s'étonner des efforts incroyables qu'ils viennent de faire contre la loi des élections. Une fois les trois premiers cinquièmes nommés, ils ont senti qu'il serait impossible de la rapporter, et que rien au monde ne pouvait nous faire rétrograder vers l'ancien régime; dès lors ils ont appelé à leur secours toutes les ressources de l'intrigue et de l'audace; ils ont invoqué toutes les olygarchies de l'Europe, et ils ont cherché à répandre l'effroi jusque autour du trône, en calomniant le peuple aux yeux du roi. Mais, en dépit de tous les efforts, la voix calme de l'opinion est arrivée jusqu'à lui; elle a pénétré à travers tous les obstacles, elle a renversé toutes les barrières; et le Jour oii la vérité est parvenue aux oreilles du monarque > la France a été assurée de son salut.
La minorité aristocratique n'a pas convaincu toutefois un journal anglais qu'on n'accusera certes pas de libéralisme. Le Times , dans un de ses derniers numéros du mois de décembre , fait , au sujet de notre système électoral , des réflexions qui me paraissent digues de vous être tranj-^ îoises./ r
« La loi ti'éleclion, dont l'initiative et la sanction sont l'œuvre refléchie de la sagesse dii roi , est proscrite, comme trop déwocralique ^ par l'ancienne noblesse de France, parce qu'elle n'y trouve pas des chances assez favorables pour elle ou pour ses protégés.
» La dcmocratie est la forme de gouvernement où la masse du peuple domine; une loi démocratique serait donc celle qui remettrait la puissance entre les mains do la multitude ; or, la France se compo';e de trente millions d'iiabitans , et il n'y en a que ceiu dix mille admis à concourir à la nomination des députés; très-certainement le nombre des privilégiés était plus grand avant la révolution.
» Les cent dix mille électeurs ne sont pris en France que parmi ceux qui sont âgés de trente ans, et qui paient trois cents francs de contributions ; la chambre des députés n'est composée que de deux cent cinquante- six députés. Le roi la dissout à volonté , et il a déjà usé de cette prérogative ; il faut , pour y entrer, avoir quarante ans , et payer mille francs d'impôt. Le roi nomme à son gré la chambre des pairs ; il l'augmente tant qu'il lui plaît : et voilà ce qu'on nomme un gouvernement dnnocraiiqiie-; et voilà ce qu'il faut renverser à l'instant même , à peine de guerre civile et de révolution imminente! N'est-ce pas se jouer effrontément de la France et de l'Europe , que d'afficher ces ridicules terreurs !
» Ne devrait-on pas , au contraire , se féliciter d'avoir au milieu des cris d'égalité qui retentissent de toutes parts , fait applaudir comme populaires des dispositions qui le sont si peu ; et on ne rougit pas de les attaquer avec un scandaleux acharnement , comme si on avait juré d'avertir le peuple qu'elles le privent de droits qu'il pourrait réclamer, k une aristocratie nobiliaire qui est éteinte par le •temps, et qui n'est plus possible en France , on a substitué avec une haute sagesse une sorte d'aristocratie électorale , qui repose sur la propriété et sur l'industrie , et qu'approuvent hautement ceux-là mêmes que leur fortune y resd
étrangers ; cl elle leur est iiidigneinenl dénoncée par ceux qui en jouissent !Kn véiité, on croit rêver lorsqu'on voit faire un si élrange abus de mots, et lorsqu'on est leuioiu d'un semblable délire.
» Et ce sont de prétendus hommes d'état qui proposent d'établir un premier degré d'élection à cinquante francs d'impôt, sous le prélexte absurde que, plus on descend vers les classes inférieures , plus on y trouve de goût pour les hautes, comme si l'histoire n'atteslait pas à chaque page, que les classes mitoyennes ont toujours été les plus faciles à gouverner. L'Amérique et l'Angleterre , les deux seuls pays qui jouissent d'un véritable gouvernement représentatif, n'oflfrent-elles pas des preuves victorieuses en faveur de l'élection directe. On reproche depuis long -temps aux Français leur manie d'innover ; qu'ils s'en tiennent donc une fois pour toutes aux institutions qu'ils doivent s'estimer heureux d'avoir obtenues.
» 11 y aurait beaucoup plus de franchise de la part de la minorité aristocratique de la France, à convenir qu'elle se sent repoussée par ses concitoyens, et que le souvenir des excès auxquels elle s'est livrée , lui défend d'aspirer à leurs suffrages ; oui , voilà le fond de ses pensées. Les anciens nobles, convaincus que le droit de gouverner seuls la Fi'àuce est leur propriété , rejetteront tout mode d'élection oii ils ne se choisiront pas entre eux pour régner sous le nom d'un roi qui ne serait que leur esclave couronné.
« Si, comme tout l'indique , c'est là le problème qu'ils eherchont à résoudre , ils n'ont, pour y parvenir, que le recours à la force ; mais c'est à eux que ce moyen extrême serait funeste , car aucune portion des Français ne consentirait à s'humilier sous le joug honteux dont ils les me-» ûacent. ••
Depuis la nomination du nouveau ministère , on est curieux de savoir l'altitude que prendra le côté droit. Se croyant assuré d'arriver au pouvoir, il ne parlait quç
d'institutions, de lois et de mesures monarchiques, patctf qu'il sentait la nécessité de balancer la force de l'opinion jtàr la force légale. Aujourd'hui que l'autorité lui échappe , essaiera-t-il de la fortifier? contribuera-t-il à rendre ses ennemis puissans? leur donnera-l-il des armes contre luimême? D'après son nouveau système d'attaque, la monarchie est dans un péril imminent, et la démocratie nous en* vahit de toutes parts. Tel est le cri d'alarme que ne cessent de répéter tous les échos du parti. Dans un ouvrage rempli dépensées fines et d'aperçus ingénieux, un auteur très-* connu vient de lui faire la plus sanglante réponse. Riea n'est plus curieux que le chapitre qui a pour titre t État positif de la royauté et de la liberté en France.
«< La royauté se compose, dit-il , i°. d une liste civile de trente-quatre millions , et d'un domaine privé qu'on estime à un revenu de cinq à six millions, de l'emploi d'uil budget qui monte à près d'un milliard , de la disposition d'une armée aetive qui se monte à deux cent quarante mille hommes , d'une armée possible de réserve qui se monte à un nombre égal, et de régimens étrangers qui, par cela même qu'ils sont étrangers, n'appartiennent qu'au souverain ;
11 2®. Du droit de faire la paix et la guerre , et tout traité de puissance à puissance j
i) 3°. De la faculté de choisir, entre vingt-six millions de Français , tous ceux qui sont capables d'être ministres , minisires d'état , sous-secrétaires d'état, conseillers d'état ^ directeurs généraux, préfets , sous-préfets ; dénommer, parmi les Français qui ont étudié les lois , les cinq ou six mille qui ont plus de lumières dans l'esprit , et le plus de crainte de Dieu dans le cœur, pour en faire des juges y de nommer enfin douze à treize cent mille employés de toute espèce, deslituables à volonté, même ceux qui ne sont pas payés, tels que les maires, les conseils d'arrondis-
sèment et de déparlemeut, les officiers de la garde nationale, etc. j
Il 4°. De faire des nobles k volonté, et des pairs dans la même proportion ;
n 5°. D'avoir une justice particulière qu'on appelle yi/j-tiee adniinistrath'e , et en vertu de laquelle les douze ou treize cent mille agens soldés de l'administration ne peuvent être traduits devant les tribunaux ordinaires sans l'autorisation de l'admitiislration.
» Après avoir établi le matériel de la royauté, continue l'auteur , il est curieux de rechercher quel est le matériel de la liberté; l'inventaire sera bien léger.
» La liberté, isolée de toute institution, se renferme dans une chambre de deux cent cinquante députés, chargés de défendre les intérêts d'une population de vingt-six millions d'individus. Ces députés sont élus sous l'influence ostensible des préfets , agens de la royauté, par des collèges dont le roi nomme les présidens; la discussion des droits des électeurs est soumise aux conseils de préfecture, nommés par le ministre de l'intérieur, avec faculté d'appel au conseil d'état qui est nommé par le roi. Tel est le matériel de la liberté j nous ne pouvons y faire entrer la liberté de la presse et la liberté individuelle , elles ont été mises dans le bagage de la police. »
Quel est donc, vont s'écrier les hommes monarchiques, l'écrivain ultra -libéral qui s'exprime avec cette irrévérence? — Cet ultra-libéral est M. Fiévée. — Le rédacteur du Conservateur? — Précisément : c'est de la quatorzième partie de sa correspondance politique que j'ai fidèlement extrait le^passage curieux que je viens de transcrire , et cependant le parti de M. Fiévée prétend que la démocratie nous envahit de foutes parts; mais voici un aveu bien plus remarquable, et dont il faut se hâter de prendre acte :
« La France entière, ajoute M. Fiévée, ne sachant à quoi attribuer le 20 mars , s'imagina que la royauté était trop faible, que la liberté était trop forte; les éiecleurs
iy6 LA MINERVE
de l8i5 voulurent porter secours à la royauté; les dôpulés, fidèles à l'esprit qui les avait élus, ne pensèrent qu'aux, lutérêls de la royauté ■ les écrivains firetil de même , je ius entraîné comme les antres. »
^ oilà un aveu noble et loyal dont il faut savoir gré à M. Fici'ée; c'est une sorte d'amende honorable, de confession publique, dont il est le premier qui ait donné l'exemple. Son parti n'avait jusqu'alors désavoué aucune erreur et même aucun excès , lui pardonnera-t-il d'avoir pris celle généreuse initiative, et le Conservateur conserverat-ilM. Fié\'(ie?
Dans un autre ouvrage très-remarquable , intitulé' /« Politique^ qui se montre sous des cou'eurs enliorement indépendantes, et dont il a déjà paru deux livraisons, il n'y a certainement rien d'aussi libéral que dans l'écrit de M. Fiévée. Seulement le Politique attaque beaucoup plus vivement les prétentions de l'aucienne noblesse, qui , par le fait, occupe toujours, dit-il, le premier rang social , et a la plus grande part au gouvernement. Elle remplit exclusivement, dit-il , tous les emplois diplomatiques, et tous les intérêts de la nation française, au dehors , sont confiés à elle seule. Il me semble que l'auteur qui raiso)ine toujours juste tombe celle fois dans l'erreur, et qu'il prend ici le fait pour le droit. Ce n'est sans doute que par un effet du hasard que tous nos ambassadeurs appartiennent à l'ancienne noblesse, mais leur naissance n'est point une condition de leur choix. De quelques familles illustres qu'ils soient issus, ils ne. représenteraient pas le roi de France s'ils n'étaient pas Français dans le cœurj et l'horarae de la plus haute extraction qui se ferait dans l'étranger le calomniateur de la nation qu'il doit défendre , l'ennemi du gouvernement qu'il doit soutenir, ne pourrait même , à l'abri du nom le plus historique, échapper au mépris et à l'indignation de ses concitoyens.
Doisrje, à cette occasion, vous parler d'un bruit qu'oa a répandu depuis quelques jours ayec affectation. On «^
prétendu que M. le marquis Dessoles nn pouvait rester au départerunnt des alVaires étrangères parce qu'il n'était point noble, et qu'il succéderait dans le ministère de la guerre au uiaréchal Saint-CjT. M. le général Dessoles devait, selon la même version, être remplacé par M. le duc d'Alberg qui est assurément un homme de mérite, mais qiu est né dans le grand duché de Bade, et qui n'est naturalisé que depuis quelques années. Los amis de la patrie pensent qu'il n'est point encore assez Français pour occuper un poste de cette importance ; mais c'est ce dont paraissent fort peu s'inquiéter ceux qui pensent peut-être qr.e M. le maréchal Saint-Cyr l'est trop.
Je suis , etc. E.
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