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CHAPITRE XIX

Etats-Unis.

La prospérité des provinces de l'Union fait des progrès rapides. Cette ancienne colonie, devenue métropole et rivale des plus riches métropoles, prédestinée à l'héritage du vieux continent , ne connaît plus d'obstacles qu'elle ne puisse franchir, de but qu'elle ne puisse atteindre. L'agriculture agrandit son territoire , la liberté augmente sa population, l'industrie ouvre toutes les mers à son commerce. C'est le pays du monde où les doctrines sont le mieux réprésentées par des intérêts, ou l'on parle le moins de liberté , et oii il existe le plus de garanties. Ailleurs les hommes peuvent être déçus par des mots ; ici les paroles ont peu de valeur : aussi l'éloquence s'y montre avec une rare simplicité, plus jalouse de se faire entendre que de se faire admirer. Le discours de M. Mooroë est un aperçu

concis el rapide de la politique des états de l'Union j quelques parties ne sont qu'indiquées , aucune n'est omise. L'état prospère des finances américaines est vraiment désespérant pour ces cabinets d'Europe qui ne savent qu'inventer des impôts , que créer des emprunts. Le système financier de l'Amérique repose sur une maxime bien simple : Liberté et protection pour l'industrie de tous les citoyens, économie et surveillance pour toutes les dépenses du gouvernement. Aussi , voyez sa dette presque entièrement éteinte j voyez son gouvernement ne demandant ni taxes ni crédit : comparez et jugez.

Parmi les puissances de l'Europe , il en est deux qui se trouvent en relation directe avec les États-Unis, l'Angleterre et l'Espagne. La première va renouveler son traité de commerce j il paraît que les conventions ne seront plus particulières , et qu'elles embrasseront tous les rapports commerciaux : elles décideront même les questions si long-temps débattues de la presse , des pêcheries et des frontières. La seconde se présente avec moins d'avantage : M. Monroë déclare que l'île Atnélia n'a point été prise sur les Espagnols, mais sur des flibustiers, qui n'étaient reconnus ni par l'Espagne , ni par Venezuela, ni par Ruenos- Ayres. Il ajoute, pour les Florides, que les États-Unis sont disposés à remettre Pensacola et le fort Saint-Marc, dès que le cabinet de Madrid enverra des forces suiïi'^antcs pour contenir les Indiens. La condition est prudentej mais pour ceux qui connaissent l'état du cabinet de Madrid , offrir ainsi n'est-ce pas refuser. Le président s'occupe ensuite de l'Amérique ; il annonce que l'état des Illinois est ajouté à la confédération ; que les Indiens ont été pacifiés, les uns par des traités , les autres par la force des armes , et que ceux qui avaient refusé do se soumettre par lit persuasion, étaient dans l'impossibilité de continuer leur résistance. Le passage le plus intéressant de ce discours avait pour objet l'Amérique du Sud ; M. Monroë promet de

communiquer au congrès les observations qui lui ont été remises par les commissaires envoyés <lans les républiques méridionales. La guerre entre l'Espagne et Us patriotes ne lui paraît pas près de finir. Le cabinet de Malrid avait informé les Etats-Unis que la querelle de la métropole et des colonies serait décidée au congrès européen ; mais elle sollicitait drs forres , et on lui a recommandé les moyens de conciliation; elle voulait des armées , et on lui a donné des conseils. Ainsi l'Espagne va se trouver aux prises avec se» colonies; seule, dénuée de secours étrangers , abandonnée à ses ressources nationales , elle va présenter au monde le spectacle de tout ce que peut ou de tout ce que ne peut pas le pouvoir absolu dans le dix-neuvième siècle. La guerre des colonies serait déjà terminée , si des rivalités d'hommes ou de provinces n'empêchaient une fusion générale, si chaque état n'avait pas levé sa bannière particulière , si tous les patriotes du Sud s'étaient rangés sous les drapeaux de la même liberté.

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