‹ Various Periodicals: La Minerve françaiseChapitre 7 sur 12 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Espérances trompées.

Comme si les opinions n'étaient point libres, bien des gens se plaignent des doctrines aristocratiques professées par le CoTisen'ateur ; que feraient-ils donc s'ils étaient condamnés à lire le Ntw-Times ^ Conservateur !xr\^ak'\5 rédio'é par les hommes monarchiques de France. C'est au-delà de la Manche qu'ils publient les sentimens dont ils font un mvstère à Paris. Je ne sais par quelle fatalité ces hommes se trouvent plus à l'aise chez les étrangers que dans leur patrie : là rien ne les gêne, la charte les indigne, l'ordonnance du 5 septembre les met en fureur, la loi des élections leur arrache des cris aigus, et celle du recrutement les plonge dans un véritable désespoir. Ces mêmes hommes qui ont prodigué l'encens à Bonaparte pour avoir mis un terme à la révolution et fermé les portes de l'abîme, ne cessent aujourd'hui d'accuser la France d'être révolutionnaire, et le gouvernement défavoriser les principes et les hommes de la révolution; ils accusent toutes les institutions qui ne tournent point à leur profit exclusif; ils renar-

4ç)0 LA MINERVE

deat comme un mal public le bien dont ils n'ont que leur part, et ils se persuadent que l'on fait contre eux tout ce qu'on ne fait pas pour eux seuls.

Encore s'ils ne s'attaquaient qu'aux choses; mais ce que .le mensonge a de plus vil et la calomnie déplus hideux, ils l'inventent contre des hommes qu'on ne saurait noircir même avec des impostures. Leur fiel n'épargne ni ceux qui Jes attaquent, ni ceux qui les défendent. Je ne dirai rien des insultes qu'ils prodiguent au ministère. Mes exemples seront ]>ris ailleurs, et n'eu seront pas moins saillans. Le iVew-7'tï}ies fait un éloge pompeux et mérité de la tragédie de Bélisaire, et cependant il n'est point d'injure qu'il n'adresse à M. de Jouy. Cet article littéraire se métamorphose en libelle politique : Voilà, s'écrie le rédacteur en le terminant voilà le résultat de la misérable politique de l'ordonnance du 5 septembre I Tant que la chambre royaliste siégea , tous les écrivainsgardèrent entièrement le silence : il n'y eutalors ni de Germanicus, ni de Minerve , ni de Bélisaire. Il n'y a qu'un seul remède; qu'on établisse en France un gouvernement royaliste et qu'il se conduise comme en i8i5 eten i8i6, avec douceur, modération et bienveillance, mais ].ourtant avec assez de fermeté pour imposer silence à des séditieux.

Que les hommes sages pèsent ces paroles je croirais ea diminuer la force si j'ajoutais un seul mot.

Je passe au second exemple , je crois en avoir promis deux. Le Times observe que l'adresse de la chambre des pairs, dont M. de Fontanes a rédigé le projet, fait allusion à une modification de la loi des élections ; il ajoute que plusieurs membres voulaient donnera cet ouvrage le titre de Adresse rojalisle et religieuse. A ce propos lo New-Times tait celte remarque : « Les pairs rédacteurs de cette adresse ëlaienl tous des royalistes distingués, à l'exception de M. de Fontanes, qui cependant ne professe point une opinion contraire et que son genre de talent rendait très-propre à participer à un travail semblable. >» Je ne counais ni le

royalisme de M. de Fontanes , ni son pe'nie pour les adresses; luais la première partie de robservatioii du New-'jTimes ne serait-elle point une injure, et la seconde ne serait-elle pas une épigramme?

Si l'on doit ajouter quelque foi à une anecdote rapportée par le Star, les hommes monarchiquts , pendant la durée de nos querelles ministérielles, pensaient déjà ressaisir leur proie. Un individu allait acheter à Paris un hôtel coi,sidérable; cet hôtel fut autrefois une propriété nationale. Tandis qu'on était en marché , l'acquéreur fut engagea ne point le conclure. Un ultra-royaliste lui donna l'avis que sous peu de jours les ventes faites par la nation durant la révolution seraient annulées , et que tous les biens seraient rendus aux anciens propriétaires. Ces espérances étaient fondées sur les opinions de quelques hommes qu'on élevait déjà à la tête du gouvernement. Sans doute ces rêveries ne pouvaient se réaliser; mais l'acquéreur s'épouvanta , et le marché fut rompu.

«%%' %% VW\%%% V

Page 1