‹ Vathek, with The episodes of Vathek (volume 2)Chapitre 7 sur 7 · Première Partie · texte numérisé non relu

Première Partie

appliquer à la plante de vos pieds; il vous soulagera.55

“Oh, vous savez à quoi vous en tenir,55 lui dis-je en la regardant d’un œil sombre, “car vous m’avez bien l’air de rien ignorer.”

Homaïouna ne fit pas semblant de s’apercevoir de ma mauvaise humeur. Elle appliqua son baume, et mes douleurs s’apaisèrent. Ce service me raccommoda un peu avec elle, je l’embrassai en passant, et courus à l’armoire. J’en tournai la clef en tremblant d’avidité; je m’attendais à être ébloui par l’éclat de l’or et des pierreries que j’y supposais. Mais, au lieu de ce trésor, je n’y trouvai qu’une très petite boîte de fer dans laquelle était une bague de plomb et un morceau de parchemin bien plié et cacheté. A cette vue je demeurai confondu; l’idée de tout ce qu’il m’avait coûté d’obtenir ce que je ne regardais que comme de pures fadaises me causa un saisissement de cœur qui m’ôtait la respiration.

“Ne vous découragez pas sitôt,” me dit ma femme, “et surtout ne vous repentez pas de l’action pieuse que vous avez faite. Lisez.”

Je fis ce qu’Homaïouna me conseillait, mais non sans rougir de ce qu’elle avait pénétré dans ma pensée, et je lus tout haut ces mots écrits en beaux caractères: “Prends cette bague, elle te rendra invisible en la mettant au petit doigt de ta main gauche; par ce moyen tu regagneras le royaume de tes ancêtres, et régneras comme le meilleur, ou le plus scélérat, de tous les rois.”

A ces derniers mots Homaïouna s’écria d’une voix si forte et si perçante que la chambre où nous étions en fut ébranlée: “O Allah! Allah! ne laisse pas le choix de cette alternative à l’époux que tu m’as donné ! Force-le au bien, et laisse-moi pour toujours dans la condition d’une simple mortelle; je consens

Histoire du Prince Barkiarokh

à ne jamais revoir mon heureuse patrie, à passer mes jours dans l’exil où je suis, pourvu que mon cher Barkiarokh devienne le bon roi que cet écrit annonce.”

A ces paroles, aux rayons qui sortaient des yeux d’Homaïouna, à sa figure toute lumineuse, je tombai à ses pieds la face contre terre, et, après quelques moments de silence, m’écriai à mon tour: “O vous, que je n’ose envisager, daignez conduire mes pas dans la route qui m’est offerte, et puisse votre généreux souhait être accompli ! ”

“Le suprçme décret du Ciel le sera,” me dit-elle, en me relevant d’un air doux et attendri. “Cependant, écoute de toutes tes oreilles; et puissent mes paroles se graver sur la tablette de ton cœur. Je ne te cacherai rien de ce qui me regarde, ni de ce que tu as à faire; et puis je me soumettrai à mon sort.” Ce disant, elle soupira profondément et commença son récit de la manière suivante.

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