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Histoire de la Princesse Zulkais
avec horreur; je brûlais d’envie de demander ce que c’était au Grimpeur; mais son air renfrogné et pensif m’en imposa; il semblait s’avancer avec peine en écartant quelque chose que je ne voyais pas avec les mains. Bientôt je cessai de le voir lui-même; nous tournoyions dans une obscurité totale, et je fus . obligée de le tenir par sa robe pour ne pas le perdre dans cet affreux labyrinthe. Nous arrivâmes enfin dans un endroit où je commençai à respirer un air plus libre et plus frais. Un seul cierge, d’une grandeur énorme, planté dans un bloc de marbre, éclairait ce vaste lieu, et me découvrit cinq escaliers, dont les rampes de différents métaux se perdaient dans l’obscurité. Là nous nous arrêtâmes, et le vieillard rompit le silence en me disant: “Choisissez entre ces escaliers; un seul d’entre eux doit vous conduire au trésor d’Omoultakos; des autres, qui s’égarent dans l’édifice, vous ne reviendriez jamais. Vous n’y trouveriez que la faim, et les ossements de ceux qu’elle y a consumés.” Après ces mots il disparut, et j’entendis une porte se fermer entre lui et moi.
Jugez de ma terreur, ô vous qui avez entendu tourner sur ses gonds le portail d’ébène qui nous renferme à jamais dans ce lieu de souffrance ! J’ose le dire, ma situation était, s’il se peut, plus cruelle encore, car j’étais seule. Je tombai par terre au pied du bloc de marbre. Un sommeil semblable à celui qui finit notre existence matérielle s’empara de mes sens. Soudainement une voix claire, douce, insinuante comme celle de Kalilah, flatta mes oreilles: je crus en songe le voir sur un des escaliers, qui avait une rampe d’airain. Un guerrier majestueux, dont le front pâle était ceint d’un diadème, le tenait par la main. “Zulkaïs,” me dit-il d’un air affligé, “Allah proscrit notre amour, mais Eblis, que tu vois ici, le
et du Prince Kalilah
protège ; implore son secours, et suis la route qu’il te trace.”
Je me réveille avec un transport de courage, m’empare du flambeau, et, sans hésiter, commence à monter l’escalier à la rampe d’airain. Les degrés semblaient se multiplier sous mes pas, mais, ma résolution ne m’abandonnant point, je parvins enfin à une chambre carrée et immensément spacieuse, pavée d’un marbre couleur de chair, imitant parfaitement par ses veines les artères du corps humain. Les murailles de ce lieu d’effroi étaient cachées par des piles de tapis de mille espèces et couleurs, lesquels faisaient un mouvement lent, comme si des gens étouffés sous leur poids les avaient soulevés. Partout étaient rangés des coffres noirs, dont les cadenas moitié acier paraissaient être incrustés de sang....