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CHAPITRE PREMIER

LA RÉGION DE VAUGIRARD AUX TEMPS PREHISTORIQUES. — LES VOIES ROMAINES. — LA SEIGNEURIE DE SAINT-GERMAIN-DES- PRÉS ET SES POSSESSIONS A VAUGIRARD. — VALBOITRON, VAL GÉRARD, VAUGIRARD. — LA MAISON DE CAMPAGNE DE L’ABBAYE. — SA MAISON SEIGNEURIALE. — LE MOULIN DE VAUGIRARD. — LA LIGUE ET LA FRONDE. — LA DIME DES GRAINS ET DU VIN.

La présence de l’homme préhistorique dans la plaine de Vaugirard s’est clairement révélée à la suite de fouilles opérées dans la rue du Hameau, petite voie située sur le XVe arrondissement, auprès des fortifications, entre le boulevard Victor et la rue de la Croix-Nivert.

Au mois de février 1903, M. Émile Rivière, sous-directeur de laboratoire au Collège de France, en suivant l’exploitation d’une sablière ouverte à cet endroit, faisait, en effet, les constatations suivantes : « Arrivés à la couche quaternaire de leur chantier, les ouvriers trouvèrent une hache moustérienne, quelques silex taillés, un bois de cervidé, et une coquille de Pectunculus percée d’un trou au niveau de sa charnière, pour être portée suspendue comme bijou ou amulette1. »

1. La sablière Monmaut, rue Lecourbe, 35i, avait déjà été très productive en trou-

Pour les temps gallo-romains, les gravatiers de la rue du Hameau furent plus heureux encore. Ils mirent au jour une véritable nécropole, contenant plusieurs fosses ou sépultures à incinération, dans lesquelles se rencontraient des poteries romaines noires et rouges, des morceaux de tegula, des vases funéraires remplis d’ossements humains craquelés et brûlés, mêlés à des matières charbonneuses. Dans l’espace de plusieurs mois, cinq poches et cinq fosses étaient ainsi ouvertes, permettant une importante moisson d’objets de cette époque. Parmi ceux-ci furent relevés, fait très rare paraît-il, des os d’animaux gravés de chiffres romains; une coupe en terre rouge, dite samienne, avec sa marque de potier : PVGNIM; une meule romaine en pierre meulière percée d’un trou; un poids de bateau ou de filet en pierre, avec son ouverture de suspension ; un bronze romain à l’effigie de l’empereur Adrien : HADRIANVS, qui régnait au deuxième siècle ( 1 1 2- 1 38) .

A l’occasion de ce bronze M. Rivière disait : « Il nous permet, sinon de daterexactement la nécropole du Hameau, tout au moins de dire qu'elle n’est pas antérieure au deuxième siècle. »

Dans la terre arable, enfin, on trouva des poteries à flammules rouges, du treizième siècle ; des lampes en grès, du quatorzième; et des poteries vernissées, du quinzième. Puis, un certain nombre de monnaies des règnes de Louis XIII, Louis XIV et Louis XV1.

On connaît la coutume romaine qui consistait à établir les

vailles de cette époque. D’autre part, lors de la construction du chemin de fer de Ceinture, en opérant des travaux de terrassement près de la rue du Hameau et de la rue Desnouettes, plusieurs tombes gallo-romaines avaient été retrouvées.

i. Communication de M. Emile Rivière à la Commission du Vieux Paris. Procèsverbal du 12 novembre 1903, p. 242, et tirage à part: Découverte d'une nécropole gallo-romaine à Paris. On trouvera dans le Paris Souterrain, de M. Gérards, une vue en phototypie (9 X 7, cliché E. Vallet) de la sablière de la rue du Hameau, p. 240.

champs de sépultures au bord des grands chemins. Or, la rue du Hameau est fort rapprochée de la rue de Vaugirard, qui passe, aux yeux de certains archéologues, pour être la voie romaine allant de Lutèce à Chartres : Aulricum, Carnatum civitas. Les tombeaux retrouvés par M. Rivière seraient donc une preuve de plus en faveur de l’identification de cet antique chemin.

Cette voie romaine n’était d’ailleurs pas la seule à sillonner la région qui nous occupe, et les archéologues en désignent deux autres qui, de nos jours, seraient remplacées approximativement par les rues de Grenelle et de Sèvres. Voies secondaires : Viæ vicinales ou viæ agrariœ , destinées à relier Lutèce aux petites villes, ou conduisant dans les champs et dans les villages.

La voie d’Issy, ou de Grenelle, d’après le plan qu’en donne M. Ch. Magne, partait du palais des Thermes, suivait le tracé actuel de la rue de l’Ecole-de-Médecine et une ligne parallèle au boulevard Saint-Germain, passait devant le temple d’Isis,que remplace topographiquement l’église Saint- Germain-des-Prés, prenait une direction qui est aujourd’hui celle de la rue de Grenelle, et s’enfonçait dans la plaine de ce nom.

La voie de Sèvres, ou de Meudon, commençait — vers le point qui est aujourd’hui le Val de Grâce — au chemin de Lutèce à Genabum (Orléans), qui est actuellement le tracé de la rue Saint-Jacques. Elle traversait l’emplacement occupé maintenant par le jardin du Luxembourg et, à son arrivée rue de Rennes, franchissait, selon M. Magne, la voie romaine de Vaugirard, et continuait son itinéraire dans la direction de la rue Lecourbe. Elle suivait donc, ou elle côtoyait la rue de Sèvres, que prolonge la rue Lecourbe dans le XVe arron-

dissement, s’incorporant sans doute le plus souvent avec elle, et allant jusqu’aux villages de Sèvres et de Meudon, après avoir traversé celui de Vaugirard.

M. Magne nous apprend que, au mois de mai 1897, des travaux opérés à l’angle de la rue du Yal-de-Gràce et de la rue Nicole, ont mis au jour un tronçon de cette voie. Il a pu constater que, sur ce point, la route mesurait 8 m. 5o de largeur. Après avoir enlevé une couche de terre végétale de 2 m. 3o d’épaisseur, les ouvriers découvrirent les dalles qui la pavaient, taillées dans un grès très dur, et mesurant en moyenne o m. 70 de longueur, 0 m. q5 de largeur, eto m. 3o d’épaisseur. Elles étaient posées sur un lit de béton très bien établi, mesurant o m. 3o de hauteur, et formé de petits cailloux siliceux noyés dans un mortier de chaux et de sable de rivière. Le sol naturel était argileux et sablonneux. Il est probable, sans qu'on puisse pourtant le certifier, que la nature et le mode de construction de cette voie romaine se comportaient semblablement sur toute sa longueur, et par conséquent dans la traversée de Vaugirard.

La voie de Vaugirard, selon la même source, avait son point de départ au chemin de Montrouge, aujourd’hui boulevard Saint-Michel, vers l’endroit où aboutit maintenant la rue Monsieur-le-Prince. Elle suivait immédiatement le tracé de la rue actuelle de Vaugirard qu’elle ne quittait plus, poursuivant sa route au milieu des campagnes et traversant le village de ce nom, parallèlement à la voie de Sèvres, qu’elle avait elle-même coupée au point où passe aujourd’hui la rue de Rennes1.

En ce qui concerne ce que l'on a appelé la bataille de Lutèce,

1. Les Voies romaines de l'antique Lutèce sur la rive gauche, par M. Charles Magne, pp. 5 1 , 52, 54.

que se livrèrent, en l’an 62 avant Jésus-Christ, les légions romaines de Labienus et les hordes gauloises de Camulogène, le sujet est trop vaste pour que nous puissions l’aborder ici. Nous ne pouvons qu’adopter les conclusions de M. Camille Jullian, dans son Histoire de la Gaule , et celles de M. de Pachetère, dans Paris à l'époque gallo-romaine , à savoir que la rencontre eut bien lieu dans la plaine de Grenelle1.

En dépit, cependant, de cette lointaine antiquité, on ne trouve guère avant le milieu du sixième siècle les noms des occupants de cette plaine, sans doute fertile et verdoyante en raison de la rivière qui la baignait. Ces premiers occupants connus sont les moines de l'abbaye de Saint-Germain-des- Prés, possesseurs du fief d’Issy, comprenant le territoire de Vaugirard, qui leur avait été cédé en 558 par saint Germain, évêque de Paris, qui le tenait en don de Childebert2.

Il est essentiel de rappeler que le diplôme de Childebert Ier, daté de 558, fondant l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés et lui donnant une partie du domaine royal d’Issy, depuis le pont de Paris jusqu’au ru ou ruisseau de Sèvres (dépression de la route de Sèvres), a étédéclaré apocryphe par MM. J. Quicherat et H. Cocheris, qui reconnurent que l’écriture datait de la fin du dixième siècle. Toutefois, indiquent MM. Berty et Tisserand, il est certain que les religieux possédaient au sixième siècle des territoires sensiblement identiques, comme topographie, à ceux mentionnés dans le document faux3.

Au treizième siècle, apparaît le vocable de Valboitron dans des lettres du mois de mai 1284, scellées d’un cachet de cire

1. Histoire de la Gaule, par M. Camille Jullian, t. III. Et Paris à l'époque galloromaine, par M. de Pachetère, t. I, appendice,

a. Le Calendrier historique de l'Eglise de Paris, par Lefèvre, 1747.

3. Topographie historique du Vieux Paris. Région du bourg Saint-Germain, par feu A. Berty et L.-M. Tisserand, pp. 2 et 337.

à fleurs de lis avec écu meublé d’un lévrier, et en vertu desquelles Amauri Veitrion d’Issy consent, comme seigneur féodal, que moyennant la somme de douze livres, payée par les dits religieux, ceux-ci possèdent en mainmorte une maison près Valboitron, acquise de Raoul de Saint-Denis, qui l’avait achetée du dit Amauri et de défunt Ferri, son frère*.

Valboitron ou Vauboitron est donc, au treizième siècle, le nom de cette agglomération qui sera un jour Vaugirard. L’étymologie de ces deux vocables n’a pas été jusqu’ici démontrée, soit qu’elle découle du mot Bostar, signifiant, dans le poème d’Abbon : étable à vaches, et dérivant de Vallis Bostroniæ ou Val lis Bostaroniæ, ainsi que l'indique l’abbé Lebœuf1 2; soit qu’elle vienne plus simplement, selon l’avis de Fernand Bournon, d’une vallée possédée par un personnage dénommé Boitron ?

Au mois de décembre 1249, par acte passé devant l’official de l’archidiacre de Paris, Pierre de Samuseau et Agnès, sa femme, donnent en aumône à l’abbaye de Saint-Germain-des- Prés quatre arpents et demi de vigne dans la plaine, près Vaugirard, et cinq arpents de vigne à Surênes, le tout dans la seigneurie de la dite abbaye3.

On peut inférer de ce document qu’à cette époque les religieux de Saint-Germain étaient seigneurs du lieu.

Une seconde mention du même fait se trouve encore dans une autre pièce d’archives, qui se traduit de la façon suivante :

Thierry de Samois (Tierricus Samoysio) et Agnès, sa femme, ont donné en aumône perpétuelle à l’abbé et au couvent de Saint-Germain, quatre arpents et

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