CHAPITRE XI
VAUGIRARD DANS LA GÉNÉRALITÉ DE PARIS ET SOUS LA RÉVOLUTION. — LES ÉTATS-GÉNÉRAUX. — LA MILICE DE LA GARDE NATIO- NALE ET LA MUNICIPALITÉ. — ADMINISTRATION NOUVELLE. — LA PATRIE EN DANGER. — LA JUSTICE DE PAIX DE VAUGIRARD EN I79O. — LES BARRIÈRES DE PARIS EN 1708. — FORMATION DE L’ENCEINTE DES FERMIERS GÉNÉRAUX. — LES PRÉTENTIONS DES PROPRIÉTAIRES DE TERRAINS. — ÉTAT DEVANCEMENT DES PAVILLONS DE LE DOUX.
Dans l’ancienne France, c’est-à-dire avant la Révolution, le village de Vaugirard se classait dans le Gouvernement de l’Ile-de-France, dépendant de la Généralité et Election de Paris. A cette époque, la généralité était une région territoriale placée sous l'autorité administrative d’un intendant.
La Généralité de Paris était située entre celle d'Amiens, qui la confinait au nord; celles de Soissons, Châlons et Dijon, à l’orient ; celle de Moulins, au sud ; d’Orléans et de Rouen, à l’occident. Elle avait 65 lieues dans sa plus grande longueur, depuis l’extrémité de l’Election de Vezelay jusqu’à celle de Beauvais; et 36 lieues dans sa plus grande largeur, depuis les confins de l’Election de Dreux, jusqu’à celle de Coulommiers.
Elle renfermait les diocèses de Paris, Beauvais, Meaux, Sens et Senlis, pour la plus grande partie. On y comptait aussi plusieurs paroisses des diocèses de Rouen, Chartres, Langres, Auxerre et Autun. Elle comprenait le Gouvernement de l’Ile-de-France et partie de celui de la Champagne, et était formée de 22 Elections: Paris, Meaux, Coulommiers, Rozoy, Senlis, Compiègne, Beauvais, Pontoise, Mantes, Montfort, Dreux, Sens, Melun, Etampes, Nemours, Montereau, Provins, Nogent, Joigny, Saint-Florentin, Tonnerre, Vezelay.
En 1709, le village de Vaugirard possédait 522 habitants1, et constituait une paroisse du diocèse de Paris.
Il faisait aussi partie, au début de 1789, de cette agglomération de municipalités, villages et bourgs qui entouraient immédiatement Paris, et dont les territoires touchaient et tenaient à ceux des faubourgs de la Ville. Cette réunion de communes était indiquée dans les registres du Châtelet sous le vocable de Banlieue de Paris , et elle était soumise à un régime spécial en tant que fiscalité, police et service militaire2.
U Almanach Royal de 1789 en donne la liste suivante, sous le titre ci-dessus :
Vaugirard ; Issy; Le moulin des Chartreux et la première maison de Clamard; Vanves (Venvres) ; Mont-Rouge; Châtillon ; Baigneux ( Bagneux ), jusqu’au ruisseau du Bourg-la-Reine ; Gcntilly ; L’Hôtel de Saint-Martin ; La Villette; La Chapelle (de Saint-Denis) ; Aubervilliers, jusqu’au ruisseau de la Cour Neuve; Saint-Ouen ; Saint-Denis, jusqu’au Gris ; La Maison de Seine; Montmartre; Cli— chy-la-Garenne ; Arcueil et Cachant, jusqu’à la rue de Lay, dont il y a quatre ou cinq maisons au dit village de Lay qui en sont; Villeneuve ( Villejuive ); La Saussaye, jusqu’au chemin du Moulin-à-vent; Ivry ; Le Pont de Charenton ; Saint- Mandé ; Villiers-la-Garenne ; Le port de Nully ( Neuilly ); Le Roule; Menus ( Menus-lès-Saint-Cloud ) ; Boulogne, jusqu’au pont de Saint-Cloud et jusqu'à la Croix du dit pont (il faut observer que Menus et Boulogne , c'est le même endroit); Conflans ; Charonne; Baignollet (Bagnollet) ; Romainville, jusqu’au
1. Description de la Généralité de Paris, par Philippe Her.mandez, 1709.
2. Les Elections et les cahiers de Paris en :78g, par Ch.-L. Chassin, t. IV, p. 187.
grand chemin de Noisy-le-Sec ; Pantin et le Pré-Saint-Gervais ; Patrouville (Paferville ) dit Belleville; Les Ostes Saint-Merry; L’Hôtel de Savy, dit Auteuil; Passy ; Challcau (Chaillot); La Ville-l’Évêque ; Vitry, jusqu’à la fontaine; La Pissotte, jusqu’à la planche du ruisseau; Montreuil, jusqu’à la première rue, venant à Paris du côté du Bois de Vincennes l.
Avant l’état nouveau créé par la Révolution française, les villes, bourgs et villag-es du ressort de la Prévôté et Vicomté de Paris étaient, suivant leur importance, administrés par des maires, échevins, consuls et autres officiers municipaux, dirigeant la commune avec des greffiers, syndics et fabriciens.
On sait que, de la réunion de l'Assemblée des Notables, en 1787, sortit une espèce de remaniement administratif des municipalités, à la tête desquelles fut placé un syndic essentiellement communal.
A l’occasion de la convocation des É tats-Généraux, les habitants composant le Tiers-Etat deVaugirard, nés français ou nationalisés, âgés de vingt-cinq ans, domiciliés et payant l’impôt, furent invités par une ordonnance du Prévôt de Paris, Bernard de Boulainvilliers, datée du 4 avril 178g, à se réunir au lieu accoutumé, à l'effet de procéder à la rédaction du cahier des doléances, plaintes et remontrances à faire au roi ; de présenter les moyens de subvenir aux besoins de l’Etat; et de tout ce qui pouvait intéresser la prospérité du Royaume, Ils devaient aussi nommer des députés, chargés de porter les dits cahiers à l’assemblée préliminaire des Etats-Généraux.
Cette réunion eut lieu le i3 avril suivant, et l’assemblée rédigea le cahier ci-après :
Les habitants de Vaugirard, assemblés en la forme accoutumée, en vertu de l’ordonnance de M. le Prévôt de Paris, du 4 du présent mois, et en exécution de l’assignation à eux donnée, en la personne du syndic municipal du dit lieu,
1, Almanach Royal de 178g, p. 417; de rjgo, p. 409,
chargent leurs députés en l'Assemblée générale de la prévôté de Paris de demander :
Art. icr. — Que la dette royale, contractée en vertu d'édits légalement et librement enregistrés, sera consolidée et convertie en dette nationale;
Art. 2. — Qu’à cet effet, il sera établi tel impôt que les États Généraux jugeront indispensable, toutefois après avoir fait toutes les modérations de pensions, d’appointements et de suppressions de places compatibles avec le bien public;
Art. 3. — Que l’impôt soit également'réparti sur tous'les citoyens sans distinction ;
Art. 4. — Que les capitaineries soient supprimées;
Art. 5. — Attendu que la cure de Vaugirard est suffisamment dotée, et que les religieux de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, gros décimateurs du territoire du dit lieu, ne rendent aucun service ni spirituel ni temporel;
Que le produit de la dîme soit employé en établissement de charité pour le soulagement des pauvres de la dite paroisse;
Attendu le grand nombre des justiciables, de la nécessité de maintenir une bonne police;
Qu’il soit ordonné :
i° Que les religieux de Saint-Germain et de Sainte-Geneviève de Paris, propiiétaires de la justice du dit lieu, seront tenus d’avoir prévôt et procureur fiscal résidant dans l’étendue de leurs justices ;
20 Qu’ils ne pourront nommer aux dits offices des personnes exerçant des états mécaniques, ni aucun autre attaché à leur service quelconque;
3° Qu’ils seront tenus d’appointer les dits officiers de gages raisonnables et suffisants, pour qu’ils puissent faire leurs charges avec le désintéressement convenable ;
40 Qu’ils ne pourront les destituer à leur volonté;
5° Qu’il soit fait justice à la banlieue sur toutes les vexations fiscales consignées dans le mémoire rédigé par M. Darigrand, avocat, dont un exemplaire sera joint au présent cahier ;
6° Que les aides soient supprimées.
Art. 6. — Que le sel soit rendu ^marchand.
Art. 7. — Enfin et principalement qu’il soit pourvu à la liberté des personnes et à la sûreté des propriétés.
Fait le i3 avril 1789.
Signé: Jourdainne, Noblot, Fondary, Leclers, Hamel, Viala, Jaquet, Manroy, Saintard, Hérard, Maréchal, Marchand, Desmerveilles, Lecomte, Langlet, Duchottoy, Guffier, Dupir, Bontemps, Boucherot, Philippe, Masson, Gontier, Doré, Burat (Ne varietur ) *.
On a vu que les habitants de Vaugirard avaient annexé à