CHAPITRE XII
L’iNCENDIE DES BARRIÈRES EN 1789. — LA VENTE ET LA LOCA- TION DES PAVILLONS DES ENTRÉES. — SITUATION DE CES PA- VILLONS EN 179I. — LEUR ÉRECTION EN MONUMENTS PUBLICS. — LA SUPPRESSION DES DROITS D’ENTRÉE. — DESCRIPTION DES BARRIÈRES DU MAINE, DES FOURNEAUX, DE VAUGIRARD, DE SÈVRES, DES PAILLASSONS, DE L’ÉCOLE MILITAIRE, DE GRENELLE, LE LA CUNETTE. — ICONOGRAPHIE GÉNÉRALE DES BARRIÈRES.
On connaît l’incendie des barrières, par le peuple, le 11 juillet 1789. Les bureaux construits par Le Doux, entre Paris et Vaugirard, souffrirent beaucoup de cette échautîourée, et nous en trouvons la relation dans un rapport conservé aux Archives Nationales, établi par l’architecte Antoine, le 3 février 1790. Un autre document, appartenant à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris , datant de l’année 1791, relate également cet incident, barrière par barrière. Nous les reproduisons ici à la suite l’un de l’autre et pour chaque bâtiment :
Le bureau de la Chaussée du Maine a eu le bas de ses escaliers, les portes et croisées et quelques menuiseries extérieures incendiés ou détruits; on les a réparés et le service de ce bureau est en activité. Les logements ont été aussi remis en état. — Ces bâtiments n’ont pas été très maltraités parle feu, mais dégradés d’autre manière. Les portes, fenêtres, cheminées, chambranles ont été brisés à
coups de marteaux et de haches ; le hangar seul, dans la cour du bâtiment gauche en sortant de Paris, a été complètement brûlé. Tout est remis en état.
Le bureau de l’angle des Fourneaux (Poste d’observation) a été brûlé et est réparé. C’est un bureau de peu d'importance — Pavillon d’observation angle des Fourneaux. Fut maltraité par le feu ; les portes, croisées et escaliers sont brûlés ; on a tout réparé.
Le bureau de la barrière des Fourneaux, près Vaugirard, a été peu endommagé et est réparé. — A été peu endommagé par l’incendie et réparé depuis.
Le bureau de Vaugirard. Pas de mention de l’incendie.
Le bureau de Sèvres. Pas de mention de l’incendie.
Le bureau des Paillassons a été brûlé entièrement. L’escalier, les cloisons de distribution et la plus part des portes et croisées ont été la proye des flammes. Mais tout est réparé. — A été très maltraité par l’incendie de juillet 1789: entièrement réparé.
Le bureau de la barrière de l’École Militaire a été très maltraité par le feu; il est composé de deux bâtiments dont les escaliers, les portes, croisées et boiseries ont été brûlés ou brisés. Les portes des cours, les hangards de charpente, enfin tout ce qui était combustible a été détruit. On a réparé les objets pressants pour le service et les logemens, mais il reste encore bien des réparations à faire aux accessoires de ce bureau. — Ces bureaux ont été détruits et ravagés, ainsi qu’un grand hangard dans la cour du bâtiment à gauche en sortant de Paris. Tout est réparé aujourd’hui.
Le bureau de la barrière de Grenelle est composé de deux bâtimens qui ont été peu dégradés; les portes et quelques croisées ont été brûlées ou brisées, on les a réparées. — Les deux bâtimens ont été très maltraités par l’incendie de 1789, mais ont été des premiers réparés.
Le bureau du bord de la rivière a été bien maltraité. L’escalier et le toit ont été entièrement brûlés; les portes et croisées, ainsi que plusieurs cloisons de distribution. On a réparé une partie du rez-de-chaussée pour mettre les employés à portée de faire le service de la barrière, et une pièce pour le corps de garde des chasseurs. Legrand dégât est encore à réparer. — Lacunette a été fortement attaquée par le feu; l’escalier fut brûlé ainsi que les charpentes du comble ; les cloisons et planchers également détruits, ainsi que les portes et croisées. Mais tout a été réparé depuis.
Le montant des dégâts causés par cet incendie s’éleva, pour tous les bureaux entourant Paris, à la somme de 688.320 livres. Dans cette somme, ajoute le mémoire d’Antoine, n’est pas comprise l’indemnité que les habitants des bureaux incendiés pouvaient réclamer: « pour meubles et effets détruits par le feu ou brisés par les brigands ».
L'état dressé par cet architecte indique que le montant total de la construction de l’enceinte des Fermiers Généraux, y compris la réparation des bureaux après l’incendie de juillet 178g, montera à la somme de 1 5.824.320 livres h
Nous devons ajouter qu’au mois de février 1791 une panique éclata parmi le personnel des barrières, sur le bruit répandu par les fraudeurs qu’ils allaient renouveler les incendies de 1789. On trouvera aux Archives Nationales la déclaration formulée à ce sujet, le 22 de ce mois, par un contrôleur de la barrière de l’Ecole2.
En 1789, l’administration de la clôture de Paris se divisait en deux sections; la première était chargée de la construction des bâtiments ; la seconde, de l’acquisition des terrains. A cette époque, l’intégralité des travaux était confiée à l’architecte Antoine 3.
M. de La Rué était chargé de l’achat des terrains, secondé, depuis lemoisdejuin 1787, par M.de Chevery, ancien souschef de l’administration des Domaines, aux appointements de 5.ooo livres. M.de La Rué n’était pas appointé et recevait des gratifications. Celle qu’il eut pour 1789 était de 6.000 livres. Le Ministre des Finances et le Directeur Général du Trésor Royal fixèrent à 100.000 livres par mois les fonds qui devaient être fournis pour la continuation des travaux, indépendamment d’une somme de 40.000 livres par mois que recevait le sieur Chéradame pour le terrassement. Les entrepreneurs s’étaient engagés à terminer tous les murs pour le Ier octobre de cette année; les bureaux non terminés
1. Archives Nationales. Q1 iioi et Bibliothèque Historique de la Ville. Manuscrit n° 28.3oo.