Archives Nationales. Z
l’endroit où est en partie aujourd’hui, la place de la République. L’un de ces moulins était donc celui de Jullien Mané.
En 1810, d’après un rapport du Directeur des Contributions de la Seine, il existait quatorze moulins à vent sur le territoire de Vaugirard, tous situés les uns auprès des autres, certainement à l’endroit indiqué ci-dessus. Le produit de chacun était des plus minimes et ne s’élevait pas à plus de 3oo francs par année K
Dans X Almanach de Delacour , daté de i832, trois meuniers seulement sont indiqués, à l’endroit dit : « plaine de Vaugirard ». Ce sont les sieurs Châtelain, dont on trouve déjà le nom au dix-huitième siècle, Coquillard et Picard.
Le musée Carnavalet possède un plan, 40 X 22, manuscrit de 1804, représentant le moulin de Beurre transformé en propriété d’agrément, et appartenant à M. Cossin de Perseval, professeur d’arabe au Collège de France. Le même musée conserve également un dessin à la plume rehaussé d’encre, 47 x3i, signé: N. Michel, i885, représentant la démolition de la ferme, dite du Moulin de Beurre, pour le percement de la rue Bourgoin.
Il nous faut aussi citer, après les moulins à vent, une industrie qui fut jadis très prospère à Vaugirard, et qui contribua à lui donner une grande notoriété dans le domaine de la construction parisienne. Nous voulons parler de l’exploitation des carrières de pierre. Pour le commencement du seizième siècle, on trouve dans le Recueil des actes notariés , de M. Coyecque, des ouvertures de carrières et des marchés pour fournitures de pierres destinées à l’édification de monuments parisiens.
Nous lui empruntons le relevé suivant concernant le terroir de notre localité :
Août i5i7, marché entre Jean T roche, carrier, et Robin Dufour, laboureur, pour ouverture d’une bouche de carrière. Octobre 1 5 1 8, marché entre Jean Troche et Pierre Roger, pour fournitures de pierres de haults bans. Décembre i522, autorisation à la veuve de Jean Clic d’extraire de la pierre au clos de Saint-Germain-des-Prés à Vaugirard. En juin i528, Jean Troche vend aux Marguilliers de Saint-Jean-en-Grève, du haut liais , et du cliquant de Vaugirard. En janvier 1.527, Ie même Jean Troche fournit du haut liais, cliquant et moellons de Vaugirard pour l’édification d’un bâtiment neuf au collège de Montaigü. Mai i5a8, vente par Jean Lucas, à Brou, carrier, d’une pièce de terre tenant au chemin du Reposoir pour l’ouverture d’une carrière. Avril 1540, vente à Brou, par Jean Deschamps, du sous-sol de deux pièces de terre à exploiter en carrières, au lieu dit: Fonds de Marivault. En avril 1540, vente au même, du sous-sol d’une pièce de terre à exploiter, à la carrière des Fourneaux. En janvier 1641, Jean Alorge fournira la pierre nécessaire pour la construction des bâtiments du collège de Lisieux. En février 1545, Pierre Brou loue la moitié d’une carrière dont l’autre moitié a été concédée au « surnommé Barbedor », tenant à la ferme de Saint-Germaindes-Prés *.
Ce Banbedon ne serait-il pas le Boccadon , mort en 1649, et les pierres, peut-être destinées à l’Hôtel de Ville de Paris ?
On lit dans un document du 17 septembre 1601, relatif au marché à passer pour la fourniture de la pierre destinée au rétablissement des fontaines de Paris, qu’il entra du Cliquart
1 .Recueil d'actes notariés, par Ernest Coyecque, pp. g, 36, 72, 69, 188, i5o, 274, 277, 320, 321 , 573.
de Vaugirard dans la construction du pont Neuf, dont François Petit était entrepreneur1 2.
Par un acte du 18 mai 1641, Jean d’Hebutenne, maréchal des logis de Monseigneur de Metz, vend à Jean Bataille, maître paulmier à Paris, sur les fossés d’entre les portes de Bussy et de Nesles, la moitié du droit d’exploiter une carrière sise à Vaugirard, au lieu dit : les Coustures ~.
Ajoutons que ce furent les carrières de Vaugirard qui fournirent la pierre nécessaire à la construction de l'église Saint- Suîpice.
Nous en trouvons la mention dans un procès-verbal de la Prévôté d’Issy et de Vaugirard, du 25 novembre 1661, dressé à cause d’une dispute et batterie entre deux ouvriers. On y lit ceci :
Le nommé Charles Délaçasse, carrier, demeurant au dit Vaugirard, lequel nous a fait plainte que travaillant à la carrière appartenante à la fabrique Saint-Sulpicc estant fort pressé de mathériaux pour construire l’église... se prend de querelle avec un autre carrier, d’où injures et voies de fait 3.
Et voici que Saint-Simon nous apprend que le duc d’Orléans explorait les profondeurs des dites carrières, pour essayer d’y rencontrer le diable en personne :
Il n’oublioit rien, jusqu’aux plus folles lectures pour se persuader qu’il n’y a point de Dieu, et il croyoit le diable jusqu’à espérer de le voir et de l’entretenir. Il prenoit les conseils de beaucoup de gens obscurs pour y arriver, et surtout ceux de Mirepoix, mort en 1699, sous-lieutenant des mousquetaires noirs, frère ainé de M. de Mirepoix qui fut lieutenant général et chevalier de l’ordre. Ils passoient les nuits dans les carrières de Vanvres, et de Vaugirard à faire des invocations. M. le duc d’Orléans m’a avoué qu'il n’avoit jamais pu venir à bout de rien voir ni entendre, et se déprit enfin de cette folie4.
1. Registre des délibérations du Bureau de Ville , t. XII, par M. Paul Guérin, p. 486.