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Archives Nationales. Z

2. Dictionnaire historique, topographique et militaire de tous les environs de Paris, par M. P. St-A... (Saint-Albin), 1816, p. 566.

Une gravure sur bois, non signée, de la collection G. Hartmann, montre l’intérieur du salon Ra gâche , barrière de Sèvres, où eut lieu, le 28 septembre 1845, le banquet des maîtres imprimeurs et des ouvriers typographes. En 1 835 ce cabaret jouissait d'une réputation locale considérable, et le patron, M. Ragache, dénommé le patriarche de la rue de Sèvres , avait « dans son magnifique salon » servi les repas de noces de tous les maraîchers de Vaugirard b

Parmi tous ces cabarets dont, évidemment, la banalité était la caractéristique courante, nous voudrions en citer un qui laissa de nombreux souvenirs dans le monde des arts du second Empire. Il s’agit de la maison des Bonvin.

Le chef de la lignée, le père Bonvin, était garde champêtre de Vaugirard. Il possédait une petite maison rustique au chemin du Moulin, dans laquelle il avait installé un cabaret à l'usage des carriers et maraîchers de la localité, et auprès d’un sentier que l’on avait dénommé dans le pays : le sentier Bonvin. Le garde champêtre était, en même temps, quelque peu amateur de géologie et recueillait, quand il en trouvait, des pierres curieuses ramassées dans les carrières, et dont il faisait l’ornement de son jardin. Plusieurs de ses découvertes seraient, paraît-il, déposées aujourd’hui au Muséum du Jardin des Plantes2?

Le père Bonvin. originaire de Lille, aurait été tour à tour domestique, perruquier, cultivateur, soldat, gendarme et garde champêtre. Il édifia lui-même sa maison sur un terrain donné par la commune, et avec des matériaux obtenus des entrepreneurs dont il était le comptable. Ce fut là qu’il éleva ses quatre

1. Réponse au pamphlet de la Société Pauvels, Brunton et Cie (Usine à ga%). Paris, i835. Imp. Lottin, 8 p., p. 6.

2. Archives de la Seine. Collection Lazare, t. V,XVe arr.,!» 1212 (Notes de M. Maublanc).

enfants, dont François, le plus célèbre, né à Vaugirard le 22 novembre 1817 et décédé le 19 décembre 1887, qui fut le bon peintre si réputé pour ses intérieurs de maisons populaires et de couvents. La notoriété artistique du cabaret date surtout de Léon Bonvin, le plus jeune des enfants, qui, marié en 1861, en devint le tenancier.

Ce dernier, doué d’un véritable tempérament d’artiste, s’était spécialisé dans des aquarelles représentant des natures mortes, fleurs et fruits, et des paysages et intérieurs empruntés à la région qu’il habitait. Ces oeuvres, devenues extrêmement rares en France, étaient achetées à très bas prix au moment où il les exécutait, et envoyées en Amérique.

L’une de ces aquarelles représente l’intérieur de son cabaret, avec Mme Bonvin, vue de face, dans le costume de la paysanne qu’elle était, emplissant une bouteille à son comptoir.

Il était aussi musicien et possédait un harmonium sur lequel il berçait sa mélancolique tristesse aux jours de désespérance. Quelques jeunes artistes d’alors connaissaient bien le chemin de cette banlieue parisienne et se réunissaient, de temps en temps, sous la tonnelle du cabaretier, leur ami. O11 y voyait le graveur Bracquemond, l’imprimeur Jules Claye, Henri Monnier, Mlle Agar, les acteurs Bressant, Gil Perez, Thiron, les graveurs sur bois Prunaire et Yon; les peintres Villain, Yan Dargent et tant d’autres.

Le graveur Prunaire que nous citons, dont les oeuvres font toujours autorité, a exécuté une petite gravure, 12x9, de ce cabaret, d’après l’aquarelle de Léon Bonvin, datée de i863. La maison, formée de deux bâtiments des plus modestes et d’inégale hauteur, se trouve au bord d’un chemin de campagne sillonné d’ornières. Autour et en bordure de ce chemin, est un jardin d’aspect minable et hirsute, séparé de la route par

une haie. A gauche se dresse un haut mur, duquel débordent les branches dénudées d’un arbre.

Un jour, le 3o janvier 1 866, le cabaretier, fatigué, dit-on, de la monotonie de sa vie, laissa au logis sa femme et ses trois enfants et alla se pendre dans la forêt voisine, auprès de l’étang de Villebon. On le retrouva au pied de l’arbre, le poids de son corps ayant arraché la branche. « C’est le seul délit qu’il ait commis en sa vie », écrivait son frère à un rédacteur de Y Evénement h

Mais où était exactement située la maison Bonvin? M.Alf. Prunaire, que nous citons encore une fois, veut bien nous donner l’indication suivante, qui peut servir à l’identification : En 1862, lediteur d’estampes, Cadort, donnait ainsi à un acheteur américain l’adresse de Léon Bonvin : « chemin du Moulin, rue des Vignes, deuxième rue à gauche après l’église Saint-Lambert ».

La deuxième rue à gauche après l'église Saint-Lambert en venant de Paris, car l’acheteur venait certainement de Paris, était, en effet, la rue des Vignes, aujourd'hui rue Dombasle. Le marchand voulait sans doute dire à son client qu’une fois engagé dans la dite rue, il rencontrerait le chemin du Moulin, actuellement rue de Dantzig, où il trouverait le logis de l’artiste. La maison était donc située, très vraisemblablement, aux alentours de l’intersection des deux voies à présent dénommées Dombasle et Dantzig.

Il a été question, dans un précédent chapitre, des nombreux établissements religieux de Paris, venus à Vaugirard pour s’y créer des maisons de repos dans la paix des champs et y pro-

1. M. Philippe Burty a écrit, en 1866, dans la Nouvelle Revue, dirigée par Mme Adam, une notice touchante, pleine d’émotion et de documents, sur Léon Bonvin. On trouvera aussi un article intéressant, sur le même sujet, dans la Petite Revue du 10 févr.- 12 mai 1866, p. 8.

curer à leur personnel le délassement indispensable aux travaux de l’esprit. En dehorsde ces maisons de campagne d’une nature particulière, il ne semble pas que la localité ait été recherchée, dans le même but, par des grandesfamilles de noblesse soucieuses d’y trouver une villégiature aux portes de la capitale. Nous avons pourtant trouvé, au cours de nos recherches, quelques habitations notoires, dont la mention mérite d’être rapportée.

Dans le Mémoire de l’abbé de Langle, daté de 1734, relatif au procès intenté par Saint-Etienne-du-Mont, il est question du château Frileux comme de l'une des plus anciennes habitations du pays. Il avait été occupé au commencement du dix-septième siècle par le sieur Fauché, décédé le 3 mai 1 635 et inhumé au cimetière de Vaugirard. Après Fauché on y trouve Claude Heriot et sa femme, Simonne Colo, qui l’augmentent et le font enclore de murs. Cette dernière y meurt à l’âge de 82 ans et est inhumée dans l’église Saint-Lambert, le i3 mars 1717. Le domaine passe ensuite au sieur Hérault, procureur au Parlement, par sentence et adjudication du 5 mai 1727. En 1734, les possesseurs du château Frileux payaient un cens de 1.210 livres. La propriété fut morcelée et se vendit à diverses personnes, dont les religieuses de l’Enfant-Jésus ; il n’en resta que le nom, qui devint un lieu dit, souvent suivi d’un autre sur lequel nous n’avons rien trouvé : Le château Frileux ou la Maison Fondue.

Au dix-septième siècle, Vincent Cahix: « chef de panneterie de la maison de Mademoiselle, hile de Monseigneur le duc d’Orléans, frère unique du Roy », habite une vaste maison sise Grande-Rue de Vaugirard, composée de deux corps d’hôtel, grange, cour et jardin1.

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